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Publié par Michel Garroté le 27 février 2013

Niels Bo Bojesen

Michel Garroté, réd en chef –- En France, notamment à gauche, à la gauche de la gauche et à la droite de la droite, la germanophobie est devenue le seul argument (bidon) contre la crise. Soixante-huit ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, une partie de la classe politique française, plutôt que de s’inspirer de l’Allemagne, préfère lui déclarer la guerre. Cette attitude irresponsable agace le peuple allemand qui en a un tout petit peu assez de passer à la caisse pour des gens qui lui crachent à la figure. Ursula Weidenfeld – professeur d’Université, journaliste, et, économiste proche du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble (CDU) – ne prend aucun détour : la France est le gros problème de l’Europe, déclare-t-elle dans un entretien avec l’hebdomadaire français Le Point (lien en bas de page).

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Le Point.fr : Comment les Allemands jugent-ils la situation économique de la France de François Hollande ?

Ursula Weidenfeld : La France est le gros problème de l’Europe. Sa situation économique inquiète bien davantage les Allemands que celle de la Grèce, car la France est la seconde puissance industrielle de la zone euro. Le chômage va-t-il continuer d’augmenter ? Le pays va-t-il sombrer dans la récession ? Les problèmes auxquels fait face la France sont-ils reconnus et pris en main par ses dirigeants politiques ? Et si des mesures sont décidées, combien de temps va-t-il falloir pour qu’elles soient mises en place et pour qu’elles portent leurs fruits et que l’économie retrouve la santé ? Voici les questions qui préoccupent les Allemands. Bien sûr, nos dirigeants se font du souci, mais ils se gardent bien de donner des conseils à leur partenaire privilégié. Chaque pays doit trouver les solutions qui lui conviennent.

Le Point.fr : Comment jugez-vous la politique de François Hollande ?

Ursula Weidenfeld : Sa plus grande erreur est d’avoir fait campagne en promettant aux Français qu’ils conserveraient leurs privilèges tout en sachant que cela ne serait pas possible. C’était une erreur par exemple de revenir sur la réforme des retraites, même si cela ne touche que peu de gens. Tous les pays européens retardent l’âge du départ à la retraite. C’est une mesure sur laquelle la France, pas plus que les autres, ne peut faire l’impasse. On a l’impression que François Hollande ne réalise pas les répercussions qu’a sa politique sur les entreprises. Il dit : nous ne supprimerons aucun des acquis sociaux. Du coup les salariés coûtent trop cher. Cette politique industrielle envoie des signaux désastreux à l’étranger. Il n’y a qu’à voir la lettre que le P-DG de Titan, le fabricant américain de pneus, a envoyée à Arnaud Montebourg. Le prix de la main-d’œuvre est trop élevé en France.

Le Point.fr : Est-ce là un argument dissuasif pour une entreprise allemande ?

Ursula Weidenfeld : Pas pour les entreprises qui sont déjà implantées en France. Mais un nouvel investisseur va peser le pour et le contre. La France bénéficie certes d’une excellente infrastructure et d’un approvisionnement énergétique sûr et bien meilleur marché qu’en Allemagne. Mais si je vais m’installer en Irlande ou en Pologne, les coûts de fabrication seront moins élevés, la main-d’œuvre moins chère, plus flexible et de surcroît elle parlera anglais – ce qui est rarement le cas en France.

Le Point.fr : Et l’impôt sur la fortune ?

Ursula Weidenfeld : Cet impôt montre bien comment les entrepreneurs sont traités en France. Beaucoup d’investisseurs en ont assez et disent : pas avec nous ! Et cela ne veut pas seulement dire qu’ils partent en Belgique ou en Russie. Cela signifie surtout – et c’est grave de conséquences – qu’ils renoncent à investir en France.

Le Point.fr : L’Allemagne, elle, a fait des réformes en profondeur.

Ursula Weidenfeld : Oui, l’Allemagne a choisi de privilégier la sauvegarde des emplois au détriment des salaires. C’est là le cœur de l’agenda 2010 du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. C’est vrai, les salariés allemands ont subi des coupes de salaires massives, en particulier ceux qui après une période de chômage ont été réembauchés ailleurs. Ils se sont appauvris au cours des dix dernières années. Il s’agit d’un véritable changement de mentalités. Mais la situation s’est améliorée et on assiste de nouveau maintenant à une hausse des salaires. Cela n’a été possible qu’au prix d’une certaine frustration et Gerhard Schröder y a laissé sa peau de chancelier. François Hollande espère qu’une dévaluation de l’euro aiderait à résoudre les problèmes de la France. La Banque centrale et les Allemands ne sont pas d’accord. La solution aux problèmes français ne viendra pas de l’extérieur.

Le Point.fr : La France connaît-elle un problème de structure ?

Ursula Weidenfeld : La France a perdu sa base industrielle au cours des dernières années. Hormis la Grande-Bretagne, aucun pays européen ne s’est à ce point désindustrialisé. 12 % seulement du PIB français provient du secteur industriel. La France ne manque pas de grandes entreprises. Mais c’est la multitude des petites et des moyennes entreprises qui stabilise la structure économique et le marché du travail qui lui font défaut. Les grandes firmes françaises sont bien implantées sur les marchés internationaux, mais les PME ont trop orienté leur production dans le secteur de moyenne gamme et ne se sont pas forcément tournées vers l’exportation. Cela fonctionne quand le marché intérieur se porte bien. Les PME allemandes au contraire sont spécialisées dans la sous-traitance pour l’industrie automobile ou chimique par exemple, ou alors elles produisent elles-mêmes un produit de haute qualité et très spécifique et assurent parallèlement un excellent service après-vente, ce que les Français ne font pas. Un technicien allemand est par exemple envoyé sur place chez le client pour effectuer une réparation ou expliquer le mode d’emploi d’une machine. Les Allemands sont très forts pour cela.

Un autre problème en France, c’est le manque de coopération entre les entreprises et les établissements de formation. Il est nécessaire de se poser un certain nombre de questions : quelle sorte de main-d’œuvre les entreprises recherchent-elles ? Qui reçoit une formation et dans quel but ? En France, les différents maillons de la société sont davantage isolés les uns des autres. Et – c’est là une différence notable entre nos deux pays – la formation professionnelle ne jouit pas d’une aussi bonne réputation qu’en Allemagne. On donne d’abord une formation académique au plus grand nombre de jeunes possible et certains finissent quand même par aboutir dans l’industrie où ils ne se sentent pas à leur place. Il faudrait que les Français soient plus pragmatiques.

Le Point.fr : Le partenariat social, clef de voûte du fameux modèle allemand, existe-t-il en France ?

Ursula Weidenfeld : Les relations entre les partenaires sociaux en France sont davantage basées sur la confrontation et moins sur la recherche d’un compromis qui satisfasse les deux parties. Au sein d’une même entreprise française, il y a parfois deux ou trois syndicats représentés. Le risque de conflit et de grève est très élevé. Les relations sont souvent brutales. Les Français ne savent pas vraiment ce que veut dire la paix sociale en entreprise (lien en bas de page).

Avec mention www.dreuz.info

http://www.lepoint.fr/economie/la-france-est-le-gros-probleme-de-l-europe-27-02-2013-1633342_28.php

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