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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 12 mars 2013

MALI-CONFLICT-FRANCE-TIMBUKTU

En pleine guerre, Laurent Fabius fait tomber des têtes au ministère des affaires étrangères, « à la cravache » dit un diplomate, tandis que Laurent Bigot, l’une des victimes des purges, dit avoir été «débarqué brutalement».

Tout commence en juillet 2012 par cette vidéo, explique Alain Barluet dans le Figaro (1). Le diplomate Laurent Bigot, à l’époque responsable de l’Afrique de l’Ouest, brise l’omerta, dénonce les erreurs de la politique étrangère de la France depuis des années, et tient des propos sans langue de bois sur le Mali.

Il est filmé lors d’une conférence à l’Institut français des relations internationales (Ifri), et s’adressant « à titre personnel », dénonce « la corruption gangrenant depuis de longues années toutes les sphères jusqu’au plus haut niveau » du Mali, « une démocratie de façade » et que «l’État malien s’est effondré sur lui-même», par sa propre responsabilité, après avoir englouti des milliards de dollars d’aide qui ont disparu dans la nature, tout en remettant la faute sur la période coloniale.

Alain Barluet: Sur fond de guerre au Mali, l’éviction par Laurent Fabius, fin février, du sous-directeur en charge de ce pays, Laurent Bigot, a «surpris et choqué», selon plusieurs sources au ministère des Affaires étrangères.

Alain Barluet: D’autant plus que cet événement est survenu après la mise à l’écart, pour diverses raisons, de plusieurs diplomates intervenant sur le même continent. Quelques semaines plus tôt, Jean Félix-Paganon, représentant spécial pour le Sahel, nommé en juin 2012, a été remplacé. Et en octobre dernier, Élisabeth Barbier, responsable depuis peu de la Direction Afrique-Océan Indien (DAOI) du Quai d’Orsay, était évincée de son poste pour incompatibilité d’humeur avec le ministre. Elle est désormais ambassadeur en Afrique du Sud.

Alain Barluet: le déclenchement anticipé des opérations militaires a intensifié les débats au ministère des Affaires étrangères, remis en cause des équilibres internes et suscité chez les diplomates des interrogations et des attentes sur leur rôle dans le règlement de la crise.

Alain Barluet: L’actualité malienne a bousculé le Quai d’Orsay face à des militaires tenant le haut du pavé. Résurgence de vieux clivages, comme ceux qui opposent militaires et diplomates, zélotes du «sécuritaire» et partisans du «développement». «Tout le monde est bien conscient qu’il n’y a pas de développement sans sécurité ni de sécurité sans développement», tempère un collègue de Laurent Bigot. Différences d’approches, de méthodes, de réseaux ? La montée en puissance aux postes clés de spécialistes de l’Afrique de l’Est anglophone, notamment des «swahilistes» (du nom de la culture partagée par les peuples de la côte africaine orientale, NDLR), au détriment de l’Afrique de l’Ouest, semble l’indiquer. C’est le cas notamment de Jean-Christophe Belliard, le nouveau patron de la DAOI, ex-ambassadeur à Madagascar, et de Laurent Viguier, en poste à Nairobi de 2003 à 2007, pressenti pour succéder à Laurent Bigot.

Alain Barluet: L’intervention militaire française au Mali a encore fait évoluer la donne. «On est passé brusquement du préventif au curatif», résume un diplomate. Dans le triangle décisionnel dont la pointe est à l’Élysée, la Défense a pris du poids, politiquement et médiatiquement, par rapport aux Affaires étrangères. Dans les longs couloirs du Quai, on soupire en voyant les caméras de télévision comme aimantées par Jean-Yves Le Drian. «En même temps, se console un diplomate, chacun sait que l’action armée ne permettra pas, à elle seule, de gagner la paix». «Les vrais débats, résume une autre source, concernent la coordination de tous les protagonistes, le lancement d’un processus politique inclusif, l’effet d’entraînement sur l’État malien et les moyens pour que l’aide ne soit pas déversée en vain».

En pleine guerre au Mali, Laurent Fabius réorganise ses équipes

Ainsi donc, au milieu du pont, en pleine guerre au Mali, Laurent Fabius « s’est donc attaqué au vaste chantier de l’après-guerre en réorganisant l’ordre de bataille de ses équipes. Face à la crise multidimensionnelle du Sahel, les structures administratives ont montré leur limite: Mali, Mauritanie, Niger, Algérie, n’appartiennent pas aux mêmes directions du Quai. Sur le modèle anglo-saxon, une «task force» a été mise en place. Ce groupe de travail interministériel (Affaires étrangères, Défense, Intérieur…) réunit chaque semaine, à des niveaux variables, des représentants de tous les intervenants sur le dossier malien. Laurent Fabius prône aussi une diplomatie «démultipliée» incluant, par exemple, la coopération décentralisée. Il réunira ainsi les acteurs du dossier sahélien le 19 mars, à Lyon, autour des collectivités territoriales, françaises et maliennes. De nouvelles pièces dans le dispositif mis en place par le Quai pour lancer un chantier qui s’annonce long et ardu – et pour reprendre la main. »

Le Quai d’Orsay, gangréné par la paresse intellectuelle, un sentiment de supériorité et le racisme

Laurent Bigot, dans son intervention, dénonce – ce qui lui coûtera son poste – les trois grands maux qui pourrissent le quai d’Orsay et la politique étrangère de la France : paresse intellectuelle, sentiment de supériorité et racisme.

A l’extérieur de la France, dans les médias allemands et anglo-saxons, le ministère des Affaires étrangères est loin d’être le seul corps de l’Etat français dont la paresse intellectuelle et le sentiment de supériorité sont tournés en dérision. Et c’est le peuple français qui en fait les frais.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

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(1) http://www.lefigaro.fr/international/2013/03/11/01003-20130311ARTFIG00500-le-mali-fait-tomber-des-tetes-au-quai-d-orsay.php

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