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Publié par Guy Millière le 20 mars 2013

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Benoît 16 a marqué le monde en décidant de se retirer. C’était la première fois depuis plus de quatre siècles qu’un pape prenait ce type de décision. La désignation du nouveau pape s’est accompagnée de remarques sur le changement de style imprimé par Jorge Mario Bergoglio, devenu François.

Ces remarques ont été suivies aussitôt par des propos insidieux sur le passé du pape François lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires. Il aurait rencontré, a-t-on dit, le général Videla au temps de la dictature et serait impliqué dans l’arrestation et la torture subie par deux prêtres : il serait donc « complice ». Ceux qui disent cela semblent connaître fort peu les faits et se fier à des écrits de journalistes très très à gauche, et ils semblent aussi connaître fort peu l’histoire de l’Amérique latine.

Faut-il le leur dire ? L’Amérique latine n’est pas l’Europe occidentale et moins encore l’Amérique du Nord : c’est un continent marqué par des dictatures militaires à répétition, des émeutes, des convulsions, des actes terroristes, des mouvements de guérilla urbaine.

Cela ne justifie en rien ce qui s’est passé en Argentine sous le général Videla, mais raisonner comme si l’Amérique latine n’était pas ce qu’elle était, comme si elle n’avait pas été marquée sans cesse par la violence politique, est raisonner faussement.

Aucun pays d’Amérique latine n’a connu un fonctionnement démocratique limpide et continu pendant des décennies pour des raisons qui tiennent à ce qui a été expliqué dans un livre remarquable, et qu’il faudrait relire et rééditer, écrit par le Venezuélien Carlos Rangel il y a une trentaine d’années, Du bon sauvage au bon révolutionnaire. Et si nombre de bien pensants en Europe évoquent les phases de dictature, ils évoquent beaucoup moins, voire pas du tout ce qui leur fait pendant très à gauche.

Tout détenteur d’autorité religieuse en Amérique latine est confronté au cours de sa vie à la réalité politique de son pays, et celle-ci est souvent difficile.

Jorge Mario Bergoglio a, selon toutes les indications disponibles, exercé son magistère spirituel dans le contexte politique qui était le sien, sous le général Videla, comme il l’exerçait encore récemment sous la présidente péroniste actuelle. Strictement rien ne permet de l’accuser de la moindre complicité avec qui que ce soit.

L’un des deux prêtres arrêté sous Videla et dont il est question est décédé, l’autre vit aujourd’hui en Allemagne et a déclaré que le dossier était clos et qu’il avait depuis l’épisode concerné célébré une messe avec Jorge Mario Bergoglio : comme certains veulent ici ou là être plus royalistes que le roi, certains, là, veulent être plus impliqués que le prêtre survivant qui a été directement impliqué.

Outre l’aveuglement sur l’histoire complexe de l’Amérique latine, il y a dans tout cela une dimension profondément malsaine où se retrouve la volonté obsessionnelle de salir l’Eglise. En une époque où les valeurs judéo-chrétiennes sont de tous côtés soumises à des assauts multiples, cette volonté obsessionnelle me semble plus que malsaine en réalité : nauséabonde.

Il est exact que l’Eglise a fait parfois preuve de complicités ou de complaisances, prendre à elle sans cesse, même quand rien n’est avéré, au contraire, relève de tout autre chose que la recherche de la vérité.

Ce qui est vrai est que l’Eglise a fait des pas immenses, même s’ils sont encore insuffisants, pour extirper d’elle, ces dernières décennies, son passé d’antisémitisme et les complicités et complaisances susdites.

Ce qui est vrai est que Jean Paul II a joué un rôle considérable dans la délégitimation du communisme en Europe centrale et dans la chute de celui-ci en Pologne.

Ce qui est vrai est que Benoît XVI a pris des positions courageuses face à l’islam au début de son pontificat, ce que les bien pensants qui cherchent des poux dans la tête du pape François lui ont vivement reproché à l’époque.

Ce qui est vrai est que le magistère spirituel de l’Eglise catholique et son rôle de gardienne des valeurs de la civilisation occidentale sont essentiels.

Qui est le pape François en ce contexte ?

Un Jésuite, un dignitaire religieux d’Amérique latine, effectivement. Un homme qui n’a cessé de marquer son souci pour les pauvres et pour les humbles et qui a vécu toute sa vie jusqu’à présent dans un esprit pleinement marqué par ce souci. Un homme qui n’a jamais, même de très loin, cédé aux sirènes de la théologie de la libération qui a été si en vogue en Amérique latine et qui y a tiré le Christianisme en direction du marxisme. Un homme qui s’en est strictement et humblement tenu à sa mission, et qui, c’est ce qui dérange sans doute, n’a cessé de réaffirmer les principes du Christianisme à chaque fois que c’était nécessaire, ce qui l’a conduit à s’opposer à l’avortement et au mariage homosexuel.

Que peut-on attendre de sa papauté ?

Il est encore trop tôt pour le dire précisément. Mais les éléments qui apparaissent dès aujourd’hui montrent une esquisse.

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-L’humilité et le souci pour les pauvres seront importants. Cela ne signifie absolument pas, je le souligne, qu’il s’agira d’un pape socialiste, ou d’un pape de gauche. La charité et la compassion sont des valeurs éminemment chrétiennes et n’ont strictement rien à voir avec le socialisme. Elles sont au contraire au cœur du conservatisme. La charité et la compassion sont des démarches éthiques et volontaires et non des incitations à la redistribution forcée par l’Etat.

-L’évangélisation sera importante. Et le pape François, avant de devenir pape a d’ailleurs noué des liens avec les courants évangéliques. Il semble comprendre que le reflux du christianisme sur la planète constitue un danger très grave, et qu’une évangélisation menée dans l’humilité et le souci pour les pauvres est le chemin à suivre impérativement, et d’urgence.

-Une poursuite et un approfondissement de liens bienveillants de fraternité avec les Juifs et le judaïsme sera important. Et dans une Amérique latine où trop fréquemment le catholicisme est resté marqué par l’antisémitisme, le pape François avant de devenir pape a envoyé des signes fraternels vis-à-vis des Juifs. Cela doit être souligné.

Des dossiers cruciaux attendent le pape François. Ceux concernant les cas d’homosexualité qui ont marqué l’Eglise catholique dans divers pays. Ceux concernant le fonctionnement bancaire du Vatican. Ceux concernant la persécution que subissent les Chrétiens dans le monde musulman aujourd’hui, persécution qui s’exacerbe avec la vague islamiste présente : sous Benoît XVI l’attitude de l’Eglise a été trop souvent celle de l’apaisement face à l’islam, c’est une attitude de plus en plus intenable. Ceux de l’attitude de l’Eglise vis-à-vis non seulement des Juifs, mais d’Israël, et là, l’Eglise peut beaucoup mieux faire et pourrait précisément regarder du côté de la démarche des courants évangéliques. Ceux, enfin, de la déchristianisation de l’Europe.

En choisissant un pape latino-américain, l’Eglise a pris acte de cette déchristianisation. L’Amérique latine représente quarante pour cent des catholiques sur la planète aujourd’hui. En choisissant un pape du monde hispanique, l’Eglise a pris en compte le fait qu’un catholique sur deux parle espagnol aujourd’hui. En choisissant un pape proche des courants évangéliques, elle a pris en compte la montée des courants évangéliques. En choisissant un pape proche de sJuifs et du judaïsme, elle a fait un geste très significatif.

En choisissant un pape conservateur et adepte du dénuement et de la simplicité, prenant modèle sur François d’Assise, elle a montré un retour à ses valeurs fondatrices.

Le pape François fait face à un monde complexe. Les signes qu’il envoie jusqu’à présent sont de très bons signes. Les adeptes de la diffamation font leur travail, et c’est, comme toujours, un sale travail.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour www.Dreuz.info

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