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Publié par Abbé Alain Arbez le 10 juin 2013

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Luc 7.11-17

Jésus se rendait dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, suivis d’une grande foule. Il arriva à la porte de la ville, au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer. C’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme. En la voyant, le Seigneur fut saisi de compassion envers elle, et il lui dit: ne pleure pas! Il s’avança et toucha la civière du mort; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit: jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi! Alors le mort se redressa, il s’assit et se mit à parler. Puis Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu: un grand prophète s’est levé parmi nous ! Dieu a visité son peuple.

Cette parole se répandit dans toute la Judée et les pays voisins.
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Cet évangile est fascinant. Jésus vient de prononcer le discours inaugural de son engagement, le sermon sur la montagne. Il a parlé de vie, d’amour, de monde nouveau, et aussitôt, des foules se sont mises à le suivre, touchées par sa puissante parole pleine d’espérance.

Mais comme pour donner spontanément consistance à ces perspectives du Royaume de Dieu parmi les hommes, Jésus n’a pas hésité à sauver le fils d’un officier romain d’une mort certaine ; et maintenant, Jésus avance avec tout un cortège vers une petite ville appelée Naïm, qui veut dire bonheur en hébreu.

Si nous avons bien compris le texte de Luc, il y a deux cortèges qui vont se croiser aux abords de Naïm, tous deux conduits par un homme jeune. Le premier, c’est celui du jeune homme mort, le second, c’est celui de Jésus dans la maturité de la jeunesse. La première procession s’en va vers la mort, la seconde marche vers la vie.

Cortège de détresse et de tristesse d’une part, celui d’une mère en larmes accompagnée d’une foule de gens tristes ; cortège de joie d’autre part, pour ceux et celles qui ont entendu et adopté le sermon sur la montagne et ses perspectives messianiques. Le cortège ascendant c’est celui de Jésus, qui va vers Naïm, à flanc de montagne. L’autre, descendant, est un cortège funèbre, qui tourne le dos au bonheur et qui descend avec sa souffrance.

Que nous suggère l’évangéliste Luc, par cette description ? Le cortège funèbre, c’est la foule immense de l’humanité déshumanisée, éloignée du paradis ou du vrai bonheur. La veuve en larmes, c’est Eve qui a perdu l’époux céleste, D.ieu – et qui n’enfante que pour la mort. Mais voici que la rencontre avec l’Homme Nouveau, le Juste, a lieu ; la scène est saisissante : le Messie transmet la vie de D.ieu, un nouvel avenir s’entrouvre pour ce jeune juif étendu sur une civière mortuaire et qui se voit « relevé » d’entre les morts, signe de résurrection. La mort n’a pas raison de lui.

L’évangile nous précise que Jésus en croisant la veuve en pleurs est spontanément saisi de compassion. Une femme qui perdait son mari puis son fils était dans la précarité totale, sur le plan affectif et économique. Mais Jésus est surtout ému par la profonde peine de cette femme, et ses premiers mots envers elle sont pour la consoler. Jésus consolateur, lui qui habite Kaphernahoum, le « hameau du consolateur », justement…

La Bible désigne fréquemment D.ieu comme le consolateur de son peuple, et l’Esprit de Dieu est celui qui réconforte le cœur des affligés et des cœurs brisés. Par delà les règles habituelles de pureté, Jésus touche le cercueil, et il stoppe net le cortège de la mort !

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Comme la compassion de Dieu pour ceux qui souffrent s’est exprimée par l’attitude aimante de Jésus, c’est la parole de Dieu qui se manifeste par sa bouche, parole porteuse de vie et de lumière dans nos obscurités. Jésus est vraiment le Verbe de Vie, il change le cours inexorable de l’histoire, il casse la fatalité, il fait voler en éclats l’engrenage de la mort.

Ayant remis debout le jeune homme qui était couché, lui ayant rendu l’autonomie, la faculté de se déplacer par lui-même sans être porté par d’autres comme une chose sans vie, Jésus le rend à sa mère, nous dit Luc… Jésus rend à Eve l’humanité qu’elle avait enfantée pour la mort. Le Messie restaure Eve, il lui restitue l’image de D.ieu auparavant opacifiée par les puissances du mal, et il lui ouvre l’éternité.

St Ambroise de Milan voit dans cette femme l’Eglise. Et c’est vrai que ce miracle, ce récit spirituel, nous dit quelque chose de l’Eglise d’hier et d’aujourd’hui. L’évangile précise ici que lorsque quelqu’un est sauvé d’une situation mortelle, il retrouve la vie et l’espoir, mais son salut n’est pas seulement pour lui, individuellement. Il devient le salut de toute la communauté. Toute la communauté est ravivée, régénérée par ces expériences personnelles de salut, de retour vers la vie de D.ieu. L’Eglise vit une résurrection chaque fois qu’un homme, une femme, sont « relevés » de leur état figé de non-vie. Suivre Jésus, vivre de son enseignement, c’est faire partie du cortège dynamique de la vie. C’est par là-même se préoccuper du salut des autres.

Donc pour nous aujourd’hui, alors que les messages de morosité et de désenchantement assombrissent trop souvent nos horizons en famille, dans l’Eglise, dans la société, la question est de savoir si nous faisons vraiment partie du cortège de la vie, un cortège plein d’espérance, de bienveillance, ou si nous sommes récupérés par le cortège mortifère et désabusé qui marche vers nulle part, sans enthousiasme en traînant les pieds ?

Notre Eglise est-elle en train de suivre le Christ vivifiant vers la cité du bonheur comme Naïm, ou se laisse-t-elle aller à se morfondre en regrettant la visibilité et la notabilité d’autrefois ?

Jésus a souvent remarqué ces foules de gens qui marchent mécaniquement, tristement, vers des objectifs chimériques ; des masses d’êtres humains qui s’avancent comme des brebis sans bergers, à la rencontre de tous les dangers et du néant… Notre société nous en offre hélas beaucoup d’images de toutes sortes, inquiétantes par la violence, le défaitisme, l’égoïsme, l’aveuglement, l’absence d’avenir.

Nous pouvons rejoindre dans la foi le cortège de la vie à la suite du Messie, lui qui est attentif à chacun et chacune et qui nous tend la main pour nous remettre debout lorsque nous faiblissons sous le poids des soucis de l’existence, car lui, le maître de la vie, nous donne les clés qui ouvrent des chemins nouveaux à notre existence.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info

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