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Publié par Abbé Alain Arbez le 11 juillet 2013

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Certes, une langue, c’est vivant, et ça évolue en permanence.

Cependant, de nombreux symptômes du français parlé et écrit démontrent combien cette langue souffre de détournements de sens, de formules abêtissantes, de tics de langage simplistes, ce qui indique réellement un appauvrissement rapide de vocabulaire chez les francophones.

On entend certaines expressions devenues contagieuses dans le public, mais aussi dans les médias. Certains fléchissements se signalent d’abord au niveau grammatical.

La confusion des genres masculin et féminin est de plus en plus manifeste aussi dans l’usage des participes passés : ainsi, même un ministre de l’éducation n’hésite pas à dire à la télé : « les décisions que j’ai pris… ». Puis il y a les classiques : les journalistes de base les collectionnent : « La situation n’est pas prête de changer » au lieu de « n’est pas près de changer ».

La serveuse au restaurant : « Je vous amène du pain… », alors qu’on « amène » une vache et qu’on « apporte » un aliment.

De nombreuses expressions courantes sont répétées ad nauseam dans les bureaux, les services de toutes sortes, face à un client : « pas de souci ! » L’infirmière, le livreur, l’employé de bureau, tous s’inquiètent de votre tranquillité mentale : « pas de souci ! »

Ces locutions nouvelles qui se répandent comme une épidémie dans la discussion quotidienne sont nombreuses. Dans le même acabit, on a les disciples du « on va dire » qui répètent cela cinq fois par phrase.

Ca a commencé autour de 2007, et maintenant, cette formule un peu mouton de panurge annonce tout et son contraire ; on ne se risque pas à énoncer quelque chose de fiable, tout est relatif et conventionnel ! Alors, « on va dire » que….

Il y a aussi l’expression omniprésente et fatigante « voilà ». Comme si le simple fait de la prononcer affirmait une évidence. Certaines personnes la casent à chaque recoin de phrase, elle peut même remplacer un mot ou du sens quand on est en panne de discours. « Elle m’a bien dit que voilà, elle ressent ceci ou cela… » Simple exemple parmi d’autres, le présentateur de C’est dans l’air en fait un usage abusif, et il n’est pas le seul. On retrouve « voilà » dans tous les milieux, mais l’expression a son site « banlieue » où, avec l’accent, elle joue un rôle magique dans certaines bouches. En fait, voilà devrait refléter ce qui vient d’être dit, mais on l’exprime à la place de « voici », pour annoncer ce qui va être développé ensuite.

Certaines interviews négligées ne contiennent que des voilà, comme tout était si évident : « cette femme, voilà, a découvert que, voilà, son ami était voilà, un peu spécial, et voilà, elle décide de voilà, prendre une autre orientation » etc… Cette hésitante mise en exergue est éprouvante.

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Puis il y a les reporters qui nous expliquent en direct une situation. Alors, dans ce cas, on a droit à un «effectivement » toutes les deux secondes. Pire que le redondant « car en effet » d’autrefois, le « effectivement » se veut objectif et explicatif. Et certains croient vous convaincre à haute dose d’ « effectivement ».

Autre expression typiquement hexagonale et désagréable : « du coup »… C’est un véritable syllogisme qui compte sur votre acceptation immédiate. Avec « du coup », tout devient automatiquement légitime. C’est comme un raccourci dans un raisonnement. Mais c’est aussi une référence violente, car quel est le coup qui contraint à admettre quelque chose instantanément ? En fin de compte, ce terme « du coup » remplace continuellement « de ce fait » ou « par conséquent », tout de même plus élégants.

Il faut bien constater – sans juger personne – que l’espace d’une expression de pensée vraiment individualisée usant de toutes les nuances de la langue française se restreint au profit d’un volapük bizarre et passe-partout.

La contagion du bla-bla médiatique aidant, nous voilà formatés à des locutions utilitaires et réduits à reproduire un vocabulaire de perroquet qui nous tire vers le bas.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info

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