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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 12 juillet 2013

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La gastronomie française est en train de disparaitre, emportée par la fiscalité écrasante, et les enfants qui naissent en 2013 ne la connaîtront pas.

Regardez ce magnifique plat cuisiné que le serveur vous apporte, explique le Washington Post1, vous pensez qu’il a été préparé et cuisiné avec amour par le chef du restaurant à étoiles que vous avez soigneusement choisi ? Et bien vous vous bercez d’illusions. Ce que vous vous apprêtez à manger, c’est du congelé, préparé dans une usine, livré au restaurant, qui l’a passé au micro-ondes en vous faisant croire que vous dégustiez de la cuisine française traditionnelle.

Selon l’étude publiée par le Washington Post, c’est un restaurant français gastronomique sur trois qui sert du congelé industriel en faisant croire que vous dégustez un plat préparé sur place par un chef talentueux comme seule la France en forme.

L’étude, publiée par l’Union nationale des hôtels, restaurants et cafés, révèle qu’un tiers des restaurants avouent qu’ils servent de la cuisine industrielle congelée à leurs clients. Mais il se dit que le chiffre réel est bien plus important, car beaucoup de chefs étaient embarrassés d’admettre qu’ils trompent leurs clients.

Mais au delà de la tromperie envers les clients – qui relève de la fraude, sauf si le mot congelé est mentionné sur la carte – c’est tout l’héritage national de la gastronomie française, qui explique en partie pourquoi la France est la destination touristique la plus recherchée, qui est trahie, expliquent les chefs interrogés pour commenter cette étude. Après tout, ajoute un chef, l’UNESCO a classé la gastronomie française patrimoine de l’humanité. Ce patrimoine est en train d’être lentement détruit par l’écrasante fiscalité française.

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L’un des chefs qui s’est exprimé sur l’étude est Bernard Grateloup, propriétaire du Café de la Poste à Carmaux, au nord de Toulouse. Grateloup a expliqué aux journalistes qu’il achète des fruits et des légumes frais au marché quand il peut, mais que s’il achète des plats et des viandes congelés, il dispose de légumes et fruits en dehors de leur saison, les prix sont incroyablement moins chers, et la gestion du congelé est bien plus facile.

Par exemple, une portion de thon provençal avec un accompagnement de ratatouille coûte 4 euros dans une usine de préparation de surgelés pour restaurants. Il peut la stocker indéfiniment, et la vendre pour 17 euros après l’avoir réchauffée 3 minutes au micro-ondes. Un éclair au chocolat coûte 60 centimes d’euros à l’usine, et arrive sur la table du client en lui laissant un profit gigantesque.

Cette pratique s’est développée comme une trainée de poudre en quelques années, en raison de l’amélioration des techniques de congélation, et surtout parce que les propriétaires de restaurants arrivent à mieux résister à l’enfer fiscal en réduisant le nombre de chefs et d’assistants dans les cuisines.

Arrêtez de tromper les consommanteurs !

Alain Fontaine, qui dirige Le Mesturet près de l’Opéra à Paris – et qui prépare tous ses plats – se lamente de cette fâcheuse tendance, non seulement parce que c’est une tromperie envers les consommateurs, mais aussi parce qu’à la fin, tout le monde va se retrouver à manger la même cuisine produite en masse, avec le même goût uniformisé. La variété, la richesse, la créativité de la gastronomie française n’y résisteront pas.

« Ce n’est pas juste », explique-t-il, « nous allons atrophier nos sens ».

Jean-Patrick Grumberg : par expérience personnelle, je donne raison à Alain Fontaine, car il m’est arrivé de faire goûter des plats français à des étrangers dont le goût n’est pas assez développé pour détecter les nuances de ce qu’ils mangeaient. Je me souviens du cas spécifique d’une amie qui ne percevait pas la différence entre la confiture de fraise et la confiture de framboise, ni la différences des tailles de bulles des différentes eaux gazeuses.

« Nous sommes à un tournant historique de la cuisine » expliquait déjà Bernard Boutboul, un consultant parisien de l’alimentaire, en 2009. « Depuis 6 ou 7 ans, les clients ne sont plus satisfaits des prix élevés pratiqués dans certains restaurants ». Et la seule et unique raison qui affecte les prix, ce sont les invraisemblables taxes – qui sont payées par le client dans son addition.

Yves Pinard, du restaurant Le Grand Louvre situé à l’intérieur du Louvre, avait détecté le problème il y a plusieurs années : « Le trois mots clefs de la restauration sont vite, bon et pas trop cher ».

Faire les choses correctement affectent notre rentabilité, reconnait Fontaine. Ses chefs touchent un salaire de 2 200 euros net par mois, ce qui représente un coût total de 4 400 euros. Un assistant gagne 1 600 euros net – soit 3 200 euros pour Fontaine. Embaucher des sans papiers – ce qui ferait très plaisir aux associations de défense des sans papiers – pour ouvrir et fermer la porte des micro-ondes, représenterait une économie très importante.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

1http://www.washingtonpost.com/

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