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Publié par Guy Millière le 3 novembre 2013

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Parcourant la presse française, je vois que rien ne s’y trouve écrit concernant l’Iran, sinon que les négociations entre les dirigeants de ce pays et les dirigeants occidentaux continuent et avancent.

Hassan Rouhani se trouve décrit comme un « modéré » grâce à qui les avancées sont possibles. Les affiches anti-américaines qui ornaient les murs de Téhéran sont retirées, et cela se trouve présenté comme un signe positif. Les émissaires iraniens auprès de l’AIEA ont dit être d’accord pour la reprise des inspections des sites nucléaires de leur pays. Barack Obama envisage de lever l’essentiel des sanctions américaines. John Kerry fustige quiconque oserait douter de la politique de la main tendue de l’administration Obama. Les dirigeants européens approuvent. Une réunion assemblant l’homme officiellement envoyé par Rouhani à cette fin, Abbas Araghchi, et des diplomates américains, russes, chinois, britanniques, français, allemands, aura lieu les 7 et 8 novembre prochains à Genève.

Tout pourrait sembler aller pour le mieux dans le meilleur des mondes si ceux que fustige John Kerry n’avaient quelques raisons de s’inquiéter.

J’ai noté ici récemment que les promesses et les gestes de l’Iran ne valaient strictement rien, et j’ai noté que le projet d’abaisser le niveau d’enrichissement de l’uranium proposé par l’Iran n’empêchait en rien l’Iran de se doter très vite d’uranium suffisamment enrichi pour fabriquer une arme atomique.

Quatre armes atomiques dans un délai de deux mois

Nous sommes, semble-t-il, aujourd’hui bien au delà de cela. Un rapport détaillé et précis rendu public la semaine dernière par l’Institute for Science and National Security (www.isis-online.org/‎) montre que l’Iran devrait, très concrètement, disposer d’assez d’uranium enrichi pour fabriquer une arme atomique dans un délai de cinq à six semaines. Le rapport ajoute que l’Iran pourrait disposer de quatre armes atomiques dans un délai de deux mois.

Dans une conférence donnée à Washington lundi dernier, Olli Heinonen, ancien vice-président de l’AIEA, a confirmé le rapport, et précisé que l’Iran avait d’ores et déjà atteint le point de non retour, ce qui signifie qu’il faut considérer que les procédures engagées par l’Iran en direction de l’arme atomique sont désormais irréversibles.

Non seulement ceux que fustige John Kerry ont des raisons de s’inquiéter. Mais ils auraient toutes les raisons de dire que l’inquiétude est désormais très insuffisante, tout comme les négociations, qui n’ont, en fait, plus aucun sens.

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Fort peu, hélas, parlent explicitement. Binyamin Netanyahou, parmi les chefs d’Etat ou de gouvernement est seul à le faire, et il sait ne pas pouvoir prendre le risque d’aller trop loin, car il ne peut susciter la colère d’Obama. Des membres républicains du Congrès américain vont dans le même sens que lui, mais ils n’ont aucune influence sur le pouvoir exécutif : tout juste peuvent-ils contribuer à faire voter des textes maintenant ou renforçant les sanctions en place, et refuser de voter la moindre levée des sanctions.

La question qui se pose est simple, très simple, terriblement simple : Israël décidera-t-il d’intervenir ?

Si Israël intervient, Israël interviendra seul, et contre l’avis d’Obama et de John Kerry. Binyamin Netanyahou prendra le risque d’aller trop loin qu’il n’a pas pris jusqu’à présent, considérant que c’est une question de vie ou de mort pour Israël. Et Israël subira sans aucun doute des rétorsions de la part d’Obama.

Si Israël n’intervient pas, et vite, l’Iran sera une puissance nucléaire, sanctuarisée, ce qui, dès lors que le régime n’a jamais hésité à soutenir toutes les organisations terroristes islamiques qui se tournaient vers lui, qu’elles soient sunnites ou chiites représentera un danger exacerbé non seulement pour Israël, mais pour le reste de la planète.

Ne pouvant compter ni sur Washington ni sur les Européens, Israël s’est, je l’ai déjà noté, rapproché ces derniers temps de l’Arabie Saoudite et des émirats du Golfe, pays qui partagent les vues israéliennes quant au nucléaire iranien et qui dès lors, prennent leurs distances avec Washington.

Un moment décisif de l’histoire du Proche-Orient s’approche à grands pas.

Obama aura été l’acteur majeur de l’approche de ce moment.

Il restera dans l’histoire, quoi qu’il se passe, comme le Président américain qui aura tout fait pour détériorer la sécurité d’Israël, le Président américain qui aura distendu jusqu’à la rupture les liens avec le deuxième allié majeur des Etats Unis dans la région, l’Arabie Saoudite, le Président américain qui aura brisé les liens avec le troisième allié majeur des Etats-Unis dans la région, l’Egypte, dont les positions ne sont pas éloignées de celles de l’Arabie Saoudite et des émirats du Golfe, le Président américain qui aura permis à l’Iran d’en arriver au point actuel, et le Président américain qui aura replacé la Russie au centre du jeu dans l’ensemble de la région, car, s’il n’y a pas d’intervention israélienne, seule la Russie (qui domine le croissant chiite grâce aux bons soins d’Obama) est désormais à même de réfréner les ardeurs de Téhéran.

S’il n’y avait que cela à porter au bilan de Barack Obama depuis cinq ans, ce serait déjà accablant, mais il y a le reste : le retour programmé des talibans en Afghanistan, la reconstitution d’al Qaida (solidement dans une dizaine de pays, de la Mauritanie au Pakistan), sans parler de la politique intérieure et de ce qui se trame derrière l’échec de l’Obamacare, sujet sur lequel je reviendrai.

Que rien de tout cela ne soit évoqué dans la presse française montre, décidément, où nous en sommes.

Mais c’est vrai ! Les négociations avec l’Iran avancent ! Et des otages français sont libérés, contre une somme de vingt millions d’euros qui n’a, bien sûr, jamais été versée, et contre des assurances données à des chefs islamistes qui n’ont bien sûr jamais été données.

Pour avoir des informations dignes de ce nom, il faut lire la presse qui parle anglais et qui parait dans le reste du monde, mais s’arrête aux frontières de la France.

J’ai même lu dans un journal français qu’Obama se rapprochait de l’Iran pour endiguer la Chine et s’éloignait de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte parce que les Etats-Unis n’avaient plus besoin de l’alliance avec l’Arabie Saoudite et l’Egypte. Dès lors que l’Iran est non seulement allié de la Russie, mais allié de la Chine, c’est très intéressant. Vraiment très intéressant. Dès lors que ce qui est à l’ordre du jour est l’accès de l’Iran à l’arme atomique, et qu’Obama a dit que jamais il ne permettrait l’accès de l’Iran à l’arme atomique, c’est encore plus intéressant. Dès lors que c’est l’Arabie Saoudite qui a rompu avec les Etats-Unis, et non l’inverse, et que l’Arabie Saoudite se rapproche elle-même de la Russie et de la Chine, cela devient réellement passionnant.

Qu’on publie ce genre d’âneries dans la presse française montre où nous en sommes, oui.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

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