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Publié par Guy Millière le 6 novembre 2013

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L’assassinat de deux journalistes français au Mali est une tragédie, et c’est bel et bien un assassinat, et non une « exécution », comme je le lis ici ou là : le sens des mots se perd.

Cette tragédie est le résultat d’une prise de risque extrême : on sait, depuis des semaines, que le nord du Mali est une zone sous tension où, bien qu’on n’en parle presque jamais dans les grands médias, la guerre est loin d’être achevée : les journalistes assassinés étaient informés que le risque était extrême, ils l’ont pris néanmoins. Les officiers français sur place ont refusé de fournir des soldats pour accompagner les journalistes, ne pouvant dégarnir le front des opérations.

Cette tragédie est le résultat aussi de ce qui fait que cette guerre n’est pas achevée. J’ai écrit ici, dès le commencement des opérations françaises au Mali que celles-ci avaient un commencement, mais ne prendraient pas fin de sitôt, et c’est ce qui se passe. Les groupes djihadistes que l’armée française a chassés se sont repliés dans les pays de l’ensemble du Sahel, et continuent à s’y entraîner, à s’y armer et à préparer de prochaines offensives : des djihadistes sont présents, outre le Nord du Mali, dans le Sud tunisien, le Sud de la Libye, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Tchad et, désormais, la République Centre Africaine.

Cette tragédie est le résultat d’une politique inepte : le gouvernement socialiste français procède à des coupes sombres dans les budgets militaires et envoie l’armée française se battre avec des moyens de plus en plus limités, ce qui rend impossible pour elle de tenir des territoires très vastes, la place dans une situation très difficile, et la place dans une situation impossible. Simon Bolivar disait que tenter d’instaurer le droit en Amérique latine équivalait à labourer la mer : l’armée française est chargée dans le Sahel de labourer le désert : le Nord Mali a lui seul fait plus de 800.000 kilomètres carrés, le Niger, 1.200.000 kilomètres carrés, etc. Le gouvernement socialiste français, qui plus est, au nom de l’intangibilité des frontières, en accord avec ses clients politiques locaux, et dans un aveuglement total face aux conflits ethniques et tribaux qui divisent l’Afrique, tient à maintenir ensemble deux pays que presque tout divise, le Sud Mali, peuplé de Bambara, Sénoufo, Malinke, Sarakollé, Dogon, et le Nord Mali, largement touareg.

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Cette tragédie est, en outre, le résultat de la libération d’otages moyennant le paiement de rançons. Pour tenter de remonter dans les sondages, qui indiquent une désaffection abyssale envers sa gestion du pays, François Hollande a accepté de payer, ou de laisser une entreprise payer, une somme que la presse du reste du monde situe alentour de vingt millions d’euros en échange de la liberté de quatre personnes kidnappées, ce qui fait environ cinq millions d’euros par personne. Cela contredit la politique officiellement prônée. Cela constitue une incitation pour d’éventuels ravisseurs à kidnapper des Français, car les Français valent cher sur le marché, alors que les ressortissants de pays qui ne paient jamais, et ne laissent personne payer pour eux, eux, ne valent rien sur le marché, et ne sont jamais kidnappés.

On ne peut que déplorer l’assassinat de deux journalistes, et déclarer sa tristesse.

On aimerait que les journalistes des grands médias, qui ont raison de traiter de l’assassinat de deux de leurs confrères, se souviennent du sens des mots. On aimerait aussi qu’ils rendent compte avec davantage d’exactitude de ce qui se passe au Mali, et dans tout le Sahel.

Mais, et j’y reviendrai, il y a tant de zones de la planète dont ils ne rendent jamais compte avec exactitude qu’on peut voir là une sorte de déformation professionnelle, hélas.

Il semblerait, comme cela a déjà été dit sur dreuz, que les deux journalistes ont été égorgés, et non assassinés par armes à feu : ne pas le dire fait sans doute partie de la déformation professionnelle susdite. Un égorgement ferait penser à quoi ? Je cite : « Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez les donc au-dessus des cous ». (Sourate 8, verset 12).

Devrait-on dire que les deux journalistes assassinés ont été victimes du djihad ? Qui pourrait oser dire ce genre de choses ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

PS. Puisqu’on cite beaucoup Ghilslaine Dupont et Claude Verlon, les deux journalistes assassinés, et on les cite à juste titre, j’entends ici rappeler qu’un autre otage a été tué au Mali, il y a quelques mois. Il s’appelait Philippe Verdon. Le gouvernement français a dit qu’il avait été tué par balles. Al Qaida au Maghreb Islamique a aussitôt rectifié : précisant qu’il avait lui-même été égorgé.

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