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Publié par Abbé Alain Arbez le 11 novembre 2013

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Certaines catastrophes naturelles sont en partie prévisibles comme le tsunami qui avait ravagé plusieurs régions d’Asie, en particulier la Thaïlande, d’autres surviennent brutalement comme le tremblement de terre d’Haïti, ou comme le typhon Hayan qui vient de dévaster ces derniers jours plusieurs îles des Philippines.

Ces tragédies sont d’autant plus traumatisantes pour les populations que certains journalistes ont employé un peu facilement le terme de malédiction, ce qui laisse supposer une main invisible se plaisant à répandre la désolation pour d’obscurs motifs.

Au cours des siècles, l’approche religieuse de ces phénomènes a connu des tonalités diverses. Même jusqu’à une époque récente, avant l’essor des sciences bibliques, on a cru déceler dans ces catastrophes le doigt vengeur d’un D.ieu courroucé par les péchés des hommes. Le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 a ainsi offert une thématique culpabilisante à de très nombreux prédicateurs en Europe, pressés de morigéner leurs auditeurs pour toutes sortes de raisons.

Mais dans l’esprit des Lumières, la réflexion des philosophes et des savants – croyants ou athées – a peu à peu libéré la notion de catastrophe d’une cosmogonie encore imprégnée de mythologie grecque. (La vision glaçante des dieux de l’Olympe se frottant les mains de plaisir devant les humains se débattant au milieu de situations sanguinaires avait un peu trop colonisé la croyance tirée de l’Ecriture). Malgré cela, il était encore fréquent, jusqu’avant le Concile Vatican II, d’entendre les instances religieuses parler d’un Dieu sadique qui punit les hommes à travers les catastrophes pour leurs atteintes à sa loi, ce qui n’a pas manqué d’accélérer considérablement le processus de raisonnement conduisant à l’athéisme dans ces périodes où l’idéologie voulait damer le pion à la religion.

En revanche, si l’on se réfère à quelques pages célèbres de la Bible, on découvre que le message opère déjà par lui-même une sérieuse désacralisation des phénomènes naturels, afin d’ouvrir un espace de liberté et d’initiative à l’être humain. Le tsimtsoum est le retrait du créateur indispensable pour laisser place aux êtres humains dont la conscience est un reflet de D.ieu. La question de base passe d’abord par celle de l’existence du mal dans le monde créé par D.ieu : l’expérience de Job qui crie sa révolte est parlante. Alors que ses amis lui suggèrent que, dans ses malheurs, il a subi une punition méritée pour ses fautes, son refus apporte finalement un vif désaveu à cette théologie du châtiment et laisse au contraire entrevoir le visage d’un D.ieu compatissant.

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Le créateur interviendrait-il en personne lorsqu’il y a un séisme ou un cyclone ? Non, répond le prophète Elie au mont Horeb. D.ieu ne manifeste pas aux êtres humains sa présence par le tremblement de terre ou par l’ouragan, mais par l’effleurement d’une brise légère, signe de son Esprit qui parle au cœur de l’homme sans brutalité.

La tour de Siloé qui s’est effondrée sur la foule à Jérusalem a-t-elle été renversée par Dieu pour châtier les passants de leurs fautes ? Non, réagit aussitôt Jésus, car D.ieu n’exprime pas sa gloire dans la mort. Il est le Dieu des vivants, et il incite sans cesse à promouvoir la vie, y compris au milieu des malheurs et des pires épreuves. C’est ce que Jésus vivra jusqu’au bout, dans sa personne, en exprimant sa compassion aux souffrants et en ouvrant une voie d’humanité vers le Royaume de Dieu.

Il s’agit par conséquent aujourd’hui de concilier l’apport scientifique en matière de gestion des catastrophes, avec la conscience éthique émanant de la responsabilité confiée par D.ieu aux êtres humains pour continuer l’œuvre de création. Le tikkoun olam en est la belle illustration, sous des formes diverses.

Plutôt que de rechercher des rituels magiques rassurants pour conjurer le mauvais sort, la véritable attitude spirituelle est donc créative, c’est celle de l’intelligence des phénomènes naturels, de la réflexion sur la manière d’habiter la terre, la compassion avec les victimes et la solidarité avec les plus exposés.

Il est de ce fait urgent également de discerner entre catastrophes liées aux lois de la nature, et tragédies provenant des responsabilités de l’homme, comme le risque nucléaire, les épidémies par contagion, les famines pour cause de mal développement, les drames liés au terrorisme, etc. La tradition biblique refuse par principe toute résignation devant ces problèmes.

Exemple significatif : devant une grande foule affamée, Jésus dit à ses disciples qui attendaient de lui un geste magique : donnez-leur vous-mêmes à manger… C’est alors qu’un enfant offre spontanément le peu qu’il a pour le partager, c’est le début du vrai miracle, une multiplication des chances pour résoudre la situation, et une véritable bénédiction. Cette détermination et cette simplicité de cœur devraient inspirer nos contemporains dans beaucoup de domaines, et enclencher de ce fait des manières plus humaines de traiter les problèmes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour Dreuz.info.

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