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Publié par Michel Garroté le 20 décembre 2013

 

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Notre ami Walid Pharès


Dans une interview accordée à L’Orient-Le Jour (lien vers source en bas de page), notre ami Walid Pharès souligne que les soulèvements dans les pays arabes constituent « une chaîne à dimension historique ». « Le printemps arabe n’est pas le fruit d’événements récents, mais bien l’aboutissement de longues décennies de lutte entre les sociétés civiles et les régimes oppressifs, relève notamment l’auteur. L’histoire des mouvements démocratiques de la région nous éclaire sur la réalité de ces soulèvements. Ces révoltes arabes, qui ont été enclenchées en Tunisie, se sont inspirées des bouleversements politiques survenus quelques années plus tôt en Afghanistan, en Irak, au Liban et en Iran. Les révolutions du Moyen-Orient, à quelques différences près, constituent les maillons d’une même chaîne. Les premières vagues de soulèvements, à la base, étaient l’œuvre de jeunes révolutionnaires appuyés par les forces des sociétés civiles. Les manœuvres subtiles des islamistes, force bien organisée, ont permis à ces derniers de s’emparer des rênes du pouvoir en Tunisie, en Libye, en Égypte, partiellement au Yémen, tandis que le sort de la Syrie se joue encore. L’Égypte, comme nous le voyons, se libère des islamistes. »

Assiste-t-on actuellement dans la région à une lutte entre les forces laïques et les factions islamistes, et dans ce cadre l’Occident a-t-il une vision suffisamment claire de la situation présente ?

« Dans chacun des pays concernés par ces soulèvements, la confrontation s’intensifie entre des forces fondamentalistes brandissant le spectre de la régression et des forces démocratiques aspirant à un futur laïc. C’est là qu’intervient le rôle de l’Occident, dans le sens où il peut aider les démocrates à faire basculer la région dans le camp des laïcs et des libéraux, ou alors consentir à abandonner cette zone cruciale à des islamistes prêts à établir une force régionale radicale. »

En sa qualité de fin observateur de l’environnement politique aussi bien arabe qu’américain (il s’est établi aux États-Unis en 1991), Walid Pharès souligne que « depuis l’avènement de l’administration Obama, les États-Unis ont favorisé les islamistes, à commencer par les Frères musulmans, sans pour autant le clamer clairement ». « Le président américain, indique-t-il à cet égard, a entraîné dans son sillage le reste du monde libre, qui a calqué son attitude sur celle du leader de la première puissance mondiale dans son approche des révolutions au Moyen-Orient, en Iran et dans le reste du monde arabe. Mais les sociétés civiles n’ont pas abdiqué. De la Tunisie à l’Égypte, ainsi qu’au Liban et en Iran, les jeunes, les libéraux et les intellectuels font face aux régimes islamistes, signalant un nouveau printemps qui guette les nouveaux pouvoirs autoritaires. L’Égypte et la Tunisie annoncent le nouveau printemps, la vraie saison, celle qui s’est manifestée à Beyrouth en 2005 puis en Iran en 2009. C’est une course implacable mais incontournable entres les deux forces idéologiques de la région. »

Où se situent, dans un tel contexte, les minorités religieuses et ethniques ?

« Les minorités ethniques et religieuses de la région sont extrêmement affectées par les révolutions, affirme Walid Pharès. Objets d’une persécution depuis des siècles déjà, les communautés chrétiennes, mais aussi les minorités musulmanes, sont la cible des islamistes salafistes, comme c’est le cas en Égypte, en Irak et en Syrie. Les minorités ethniques, comme les Kurdes et les Balouches en Iran, les Africains au Soudan, les Berbères dans le grand Maghreb, surtout en Kabylie, sont aussi malmenées et traversent donc une crise existentielle. Pour la plupart des minorités, leur printemps est encore un hiver. La communauté internationale n’est malheureusement pas à l’écoute de leurs revendications. »

Qu’en est-il en outre de la révolution syrienne ?

« Dans mon livre qui avait prédit les révoltes un an avant qu’elle n’éclatent (The Coming Revolution, en 2010), j’avais mis en garde contre une guerre civile dévastatrice si la communauté internationale n’intervenait pas au début de la crise en Syrie, souligne M. Pharès. L’année 2011 a été perdue car l’Occident, surtout l’Amérique, s’est abstenu de régler le contexte régional avant la fin de 2011. Les États-Unis étaient encore en Irak, isolant Assad de l’Iran. Les protestations en Syrie étaient encore non violentes et el-Qaëda n’avait pas encore noyauté l’opposition civile. Mais, malheureusement, l’administration Obama n’as pas agi rapidement en 2011, et elle n’as pas agi du tout en 2012 a cause des présidentielle. En 2013, le champ de bataille a changé radicalement. Le prix d’une action US est trop élevé, et la Maison-Blanche n’est pas prête à payer. Donc la Syrie est entrée dans la zone des guerres longues. Assad ne pourra plus reconquérir la Syrie comme son père l’avait fait, et l’opposition va avoir beaucoup de peine a faire basculer la dictature. Qui plus est, si Assad tombe, ou quitte son palais, la question reste de savoir qui sera en charge du pays. À mon avis, sans appui international pour un plan sérieux et stratégique, il y aura des enclaves, des poches et des milices partout. »

Quels seraient les risques encourus par le Liban au cas où la guerre syrienne se prolongerait de la sorte ?

« Malheureusement, les Libanais ont eu plusieurs occasions de se libérer, du moins partiellement, depuis 2005, mais leurs politiciens ont misé surtout sur une force extérieure qui résoudrait leurs problèmes, ce qui ne saurait être le cas, souligne Walid Pharès. Le Liban, par le biais du Hezbollah et de l’influence syrienne toujours présente dans le pays, est l’otage des événements en Syrie, surtout depuis l’intervention du Hezbollah aux côtés du régime. Parallèlement, les milices islamistes appuient les fondamentalistes depuis le Liban. L’État libanais a joué, certes, la carte de la neutralité, mais en fait il est sous l’influence décisive du camp iranien. »

Il reste que l’auteur estime que « le Hezbollah a intérêt à maintenir une paix économique au Liban et a laissé un peu d’espace à ses opposants ». « Mais son intention finale est tout à fait différente, surtout si son allié gagne la manche à Damas, indique-t-il. Les Libanais se rappellent de mai 2008. Le Hezbollah répétera ce scénario encore, quand les circonstances le lui permettront. »

Peut-on dire, pour conclure, que le printemps arabe risque de se diriger vers un automne islamiste, comme le suggère le titre de l’ouvrage ?

« En fait, les révoltes du Moyen-Orient se dirigent dans les deux directions en même temps, estime Walid Pharès. Les forces islamistes, ayant gagné une manche depuis 2011, essayent de se maintenir au pouvoir en Tunisie, au Soudan et au Maroc, elles tentent de gagner du terrain en Libye, au Yémen, et en Jordanie, et de surmonter leur revers en Égypte. »

« Quant aux forces laïques et libérales, ajoute-t-il, elles luttent dans tous ces pays contre la dominance islamiste. Donc l’automne est là, mais il sera encore suivi d’un autre printemps. Le grand défi stratégique se trouve du côté des régimes du bloc iranien. Tant au Liban qu’en Iran, la prépondérance est aux khomeinistes, le régime à Téhéran et le Hezbollah au Liban. Mais dans ces deux pays, il existe une opposition libérale à ces régimes. En 2005, la révolution du Cèdre a exprimé les aspirations de la société civile en rejetant l’occupation syrienne ainsi que les milices pro-iraniennes. En 2009, on a bien vu la révolution verte se répandre dans les rues de la capitale iranienne pour s’opposer aux ayatollahs. Les deux révolutions n’ont pas pu aboutir totalement, mais la lame de fond existe toujours. »

Et de conclure : « Le vrai problème au Levant est l’explosion d’une lutte sectaire non pas entre sunnites et chiites, mais entre les extrémistes des deux bords. Tandis que le régime iranien et le Hezbollah représentent l’idéologie extrémiste khomeiniste dans les milieux chiites, les salafistes jihadistes, aussi appelés takfiristes, représentent l’extrémisme opposé dans les milieux sunnites. La guerre civile de Syrie, qui avait commencé comme une révolution de la société civile contre le régime d’Assad, s’est transformée en lutte sectaire et idéologique entre l’axe iranien et les salafistes. Cependant, je crois toujours dans la capacité des forces de la société civile en Syrie. Mais c’est à l’Occident de tendre la main à ces forces. »

Source :

http://www.lorientlejour.com/article/847517/walid-phares-a-lolj-les-revolutions-au-m-o-les-maillons-dune-meme-chaine.html

   

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