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Publié par Guy Millière le 26 janvier 2014

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Dimanche 26 janvier sera donc « jour de colère », on le sait.

Plusieurs dizaines d’associations hétéroclites ont appelé à manifester à Paris. Les mots d’ordre seront dirigés contre le gouvernement et contre François Hollande. Ils seront aussi vecteurs de tout un ensemble de refus, rassemblés symboliquement, sur le site de convergence, sous la forme d’une grappe.

Ces refus sont, c’est le moins qu’on puisse dire très multiples, et énoncés de manière souvent floue : ce qui n’empêche pas d’y voir des tonalités prendre forme. Il est question de « politique étrangère erratique », mais, aussitôt après, de « vassalité atlantiste ». Il est question de « chômage », de « matraquage fiscal », de « désindustrialisation », mais aussi de « toute puissance de la finance ». Ce que semblent montrer ces quelques thèmes en politique étrangère est, en fait, non pas l’errance, mais une crainte vague et purement fantasmatique, de soumission de la France aux Etats-Unis. Ce que semblent montrer ces thèmes en matière économique, c’est une peur du déclin et de l’asphyxie, et la désignation comme facteur causal d’un bouc émissaire, la « finance ».

Ce qui sous-tend ces refus est, en réalité, l’état d’esprit qui règne dans le pays, état d’esprit que montrent les enquêtes d’opinion, et que détaille Valeurs actuelles dans son dernier numéro : la population française est très pessimiste concernant l’avenir, très frustrée, très anxieuse, inquiète, défiante vis-à-vis des institutions, des partis politiques et du reste du monde, hostile à l’Europe et à la mondialisation, tentée par le protectionnisme, le repli, et un régime autoritaire.

Ces refus, comme ce qui les sous-tend, me laissent, je dois le dire, une impression de malaise, car je n’y vois aucun signe de dynamisme, aucune perspective féconde, et par contre des pulsions délétères et des tentations aux parfums âcres, très éloignées de ce que Karl Popper appelait les « sociétés ouvertes », proche de celles qui se sont cristallisées dans la première moitié du vingtième siècle, dans les mouvements de type fasciste.

Je pense que la France n’a pas une politique étrangère erratique : elle a la politique étrangère d’un pays qui a été puissant, qui ne l’est plus, et qui cherche ici ou là à préserver ce qui peut l’être sans en avoir les moyens. La France n’est pas soumise aux Etats-Unis, bien sûr : en tant que petite puissance, elle doit s’appuyer sur des alliances avec plus puissant qu’elle. Sous Jacques Chirac, face à Bush, elle a choisi la Ligue arabe et la Russie et est devenue chef de file de l’antiaméricanisme. Aujourd’hui, sous Obama, Président anti-américain et islamophile, elle se rapproche de la ligne Obama dans des dossiers tels ceux concernant l’Iran ou la Syrie. Si la France reste, pour partie, soumise à quelque chose, c’est, plutôt, à la politique arabe de la France. En Afrique présentement, la France tente de sauver ce qui peut l’être des intérêts français, dans le contexte d’une avancée de l’islam radical que la France entérine ailleurs. La vérité globale est que la France n’a plus les moyens d’avoir une politique étrangère cohérente.

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Je pense que la France a des gouvernements successifs qui mènent des politiques économiques calamiteuses qui l’enfoncent dans l’ornière : les impôts sont effectivement trop élevés, les réglementations sont trop complexes et trop nombreuses, la compétitivité des entreprises est détruite, les usines ferment sans être remplacées par d’autres activités. Ce sont les politiques économiques suivies qui sont responsables, pas la finance, qui se contente d’investir là où c’est profitable, et de ne pas le faire où ce n’est pas profitable, et pas la mondialisation, qui est une réalité, simplement et strictement une réalité. Une économie est à même de s’insérer positivement dans la concurrence, ou elle ne l’est pas : si elle ne l’est pas, les problèmes ne viennent pas de l’existence de la concurrence, mais de ce qui fait que l’économie concernée dysfonctionne. Ceux qui pestent contre la mondialisation utilisent souvent les bienfaits de celle-ci, et devraient se demander où est fabriqué leur ordinateur ou leur téléphone portable. Ceux qui pestent contre la finance doivent savoir qu’en ayant de l’argent dans une banque, ils ont de l’argent qui contribue à la finance.

Je pense que ce ne sont pas les institutions qui sont en cause, mais une difficulté bien plus profonde. L’économie française est une économie mixte où la plupart des entreprises importantes ont partie liée avec l’Etat, sous forme de commandes, de subventions, d’injections de capital : ce qui les place en dépendance du politique et crée une interdépendance entre elles et le politique, ce qui est une grande force d’inertie. Plus largement, la culture française, le système d’éducation, le fonctionnement de la pensée ont été gagnés par un glissement vers l’hégémonie d’un corpus d’idées socialistes, étatistes, auquel se sont agrégés des fragments de dogmes hostiles au capitalisme, au droit naturel, à l’initiative individuelle, à la civilisation occidentale et à ses valeurs essentielles.

Je pense que la France est dans une phase de délitement, de destruction lente qui s’accélère.

Je pense que la « colère » est un symptôme, un résultat du délitement et de la destruction, une réaction au délitement et à la destruction.

Je pense qu’elle est le résultat d’un sentiment plus fort que la frustration, l’anxiété ou l’inquiétude : l’angoisse face à la déchéance et à la perte de repères et d’identité.

Je pense qu’elle n’est porteuse d’aucune perspective. Des millions de gens sentent que « cela » ne va pas du tout et désignent une multitude de causes sans pouvoir définir exactement la raison précise pour laquelle « cela » ne va pas, et sans pouvoir définir le remède lui-même d’une façon précise.

Je pense que l’hégémonie dont j’ai parlé plus haut a détérioré les possibilités de définir la raison précise pour laquelle « cela » ne va pas, et qu’elle a détérioré aussi les possibilités de définir les remèdes.

Je pense dès lors que le délitement et la destruction vont continuer, et que la « colère » elle-même va continuer.

Où cela conduira-t-il ? Je n’ai pas la réponse. Cela ne conduira, en tout cas, pas à des lendemains meilleurs qu’aujourd’hui.

S’il ne fait strictement aucun doute que le gouvernement et François Hollande ont aggravé la situation qu’ils ont trouvé en arrivant, tant par des impôts et des règlements nouveaux que par ses attaques contre la famille, la situation était déjà très préoccupante avant, et le départ du gouvernement et de François Hollande ne rendrait pas, en soi, la situation moins préoccupante.

Un travail des idées serait plus que jamais indispensable. Je crains qu’il n’ait pas lieu. Présentement, il n’a pas lieu, sinon de façon très minoritaire.

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