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Publié par Guy Millière le 8 février 2014

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Je viens de passer dix jours aux Etats Unis. J’y suis souvent. Cela ne signifie pas du tout, comme on me l’a écrit voici peu, que je suis riche. Nous sommes dans un pays où on pense encore souvent qu’il faut être riche pour voyager, ce qui est inexact. Les prix des billets d’avion n’ont jamais été aussi peu chers, et ils le seraient moins encore s’il ne fallait payer les contrôles de sécurité résultant des activités de nos amis les terroristes djihadistes.

Non, pour voyager, il faut en avoir envie, et en avoir la liberté. J’en ai envie. J’ai la liberté. J’exerce cette liberté. Et je dois dire que cette liberté m’est indispensable. Je me fixe dès lors des priorités. Me rendre en Israël chaque année est pour moi une priorité. J’ai déjà dit pourquoi. Me rendre aux Etats Unis d’Amérique est pour moi une autre priorité. Je dirai même que c’est devenu pour moi une question de survie.

Je suis, précisément, très profondément attaché depuis ma jeunesse à la liberté sous toutes ses formes. Et, malgré Obama, les Etats Unis restent un pays de liberté : liberté d’entreprendre, liberté de créer, liberté d’aller et venir.

Ces libertés, je le déplore, ont très largement disparu en France. Un effet d’accoutumance a joué au fil du temps, et, de restrictions en restrictions, beaucoup de gens en ce pays ne discernent pas ce qu’ils ont perdu.

S’ils se rendent dans un pays plus libre une fois ou deux, pour quelques jours, ils percevront la différence, mais pas au point où ils auront, en rentrant en France, une sensation d’asphyxie. Pour ce qui me concerne, j’ai traversé l’Atlantique des dizaines de fois, j’ai fait de longs séjours aux Etats Unis d’Amérique. Je perçois de plus en plus nettement la différence. Et j’ai maintenant une effroyable sensation d’asphyxie en rentrant en France.

Pourquoi je rentre, me direz vous? Je suis rentré ces vingt dernières années parce que mes parents devenaient vieux et avaient besoin de moi. Je suis en homme d’éthique et de devoir. Ma mère est décédée, à quatre vingt dix ans, en avril de l’an dernier. Mon père est grabataire et a la maladie d’Alzheimer. Je ne peux partir et le laisser à sa condition.

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Pour autant, et je le dis avec tristesse, je me sens désormais en France comme un poisson hors de l’eau.

J’aimerais pouvoir encore aimer la France, mais je ne peux aimer ce qui a été fait de ce pays. Dès l’aéroport, je vois les restrictions, les gaspillages, tout ce qui est mis en place par les gouvernements successifs pour rendre la vie plus difficile, plus pénible, plus épuisante. Je vois que les gens autour de moi ne voient pas, mais je vois aussi sur leur visage de la tristesse, parfois de l’angoisse, les effets des restrictions et des gaspillages. Je vois le collectivisme et le béton.

J’ai tenté de me battre pour la liberté en France. Pendant trente années au moins. Je n’ai plus guère d’illusions. J’écris et j’écrirai encore pour donner à comprendre, c’est tout ce que je peux faire.

La situation est pire qu’il y a trente ans. Tout est plus lugubre, plus sombre, plus étroit. Le pessimisme et la frustration sont partout. Les débats d’idées sont morts, ou moribonds.

Je suis d’une génération qui a connu Raymond Aron et Jean Francois Revel, qui fut mon ami, et a fini sa vie très désabusé, et très seul.

Les idées que je porte sont les mêmes qu’au temps où j’avais vingt ans, et elles n’ont pas changé. Ce qui a changé est la société française.

Le libéralisme économique, autrefois présent encore, est désormais marginalisé, décrié, piétiné par des crétins analphabètes qui ont acquis une position d’hégémonie au milieu de laquelle surnagent tout juste quelques rescapés. La philosophie du droit naturel est ignorée. Les analyses géopolitiques qui ont accès aux grands médias sont, la plupart du temps, d’une indigence consternante.

Le pluralisme médiatique va, pour l’essentiel, de la gauche socialiste (de Besancenot à Hollande), à la droite socialiste qui prend nombre de ses idées chez Chevènement ou Mélenchon. La détestation de l’Amérique conservatrice règne, et c’est une détestation qui rejette, en fait, tout ce qui a fait la grandeur de l’Amérique et tout ce pourquoi j’aime l’Amérique, tout ce qui fait que c’est encore un pays libre et créatif.

Quand j’entends parler des Etats Unis à la télévision française, j’ai, le plus souvent, la même sensation que lorsque j’entends parler d’Israël. On évoque un pays que je ne connais pas, où je ne suis jamais allé et où je n’irai jamais car il n’existe que dans les esprits torturés de ceux qui parlent.

Beaucoup de Français discernent que tout va de mal en pis, je sais.

Mais ils ne trouvent pas de réponses, car les réponses sont broyées.

Ils protestent. Ils en restent au stade de la protestation. Ils n’ont pas de perspectives. Il n’existe aucune perspective.

J’ai rédigé un petit livre, comme un diagnostic d’ensemble. Je le publierai bientôt.

Je pense qu’un diagnostic d’ensemble est indispensable, et qu’ouvrir les yeux précède une hypothétique reconstruction.

Je procède au diagnostic.

Je pourrai éventuellement songer à la reconstruction après, seulement après. Eventuellement.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

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