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Publié par Guy Millière le 8 mars 2014

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L’armée israélienne, par une opération en tous points magistrale, a saisi voici deux jours une cargaison de trente roquettes de type M-302, destinées à des groupes islamistes basés dans le Sinai et dans la bande de Gaza, vraisemblablement au Hamas.

Tous les détails seront donnés dans les prochains jours, quand le bateau à bord desquels ils étaient transportés aura rejoint Eilat. Les missiles ont été assemblés en Syrie, en territoire contrôlé par le gouvernement Assad, ce qui signifie que leur assemblage a impliqué l’assentiment de la Russie et du matériel russe. Ils ont suivi ensuite une trajectoire longue et complexe qui les a conduit à Téhéran, au port de Bandar Abbas dans le Sud de l’Iran, au port de Umm Qasr en Irak, où ils ont été chargés à bord d’un cargo battant pavillon panaméen, le Klos C, qui a ensuite contourné la péninsule arabique et commencé à remonter la mer Rouge. Les roquettes, si elles étaient arrivées à leur destination finale, auraient représenté un danger majeur pour Israël, en ce qu’elles sont d’un type qui leur aurait permis de franchir ou de contourner les systèmes anti-missiles dont dispose présentement Israël, et en ce qu’elles sont d’une portée qui leur aurait permis d’atteindre Tel Aviv et les régions centrales d’Israël.

Ce qu’on peut déduire de tout cela est que, fort heureusement, l’armée israélienne est vigilante, opérationnelle et dotée de technologies, de moyens de renseignement, et d’unités d’élite lui permettant de défendre efficacement le pays.

Ce qu’on peut déduire est que le régime iranien n’a en rien modifié des intentions de détruire Israël s’il le peut (et les discours suggérant que ce sont les Gardiens de la Révolution qui auraient agi à l’insu de Khamenei et Rouhani sont d’une répugnante débilité).

Ce qu’on peut ajouter est que l’implication de la Russie laisse voir non pas que Poutine entend se faire complice de la destruction d’Israël, mais entend néanmoins permettre à l’Iran et aux groupes terroristes que l’Iran arme et finance de se doter de toutes les capacités meurtrières disponibles de façon à ce que toute la région passe sous son hégémonie et lui obéisse, ce qui n’exclut pas le risque de voir des groupes qui ne craindraient pas Poutine de se livrer à des actions criminelles.

Ce qu’on doit ajouter est que, quand bien même l’administration Obama tente de s’attribuer une part du mérite de l’opération (le porte-parole de la Maison Blanche a dit que les services de renseignement américain avaient coopéré avec les services de renseignement israéliens), cela ne signifie en aucune manière un changement de l’attitude de collaboration entre elle et le régime iranien : Obama lui-même a fait savoir que les pourparlers avec les émissaires iraniens se poursuivraient comme si rien ne s’était passé. L’administration Obama est donc toujours sur une longueur d’onde proche de celle de Poutine, quelles que soient ses gesticulations autour du dossier ukrainien.

Ce qu’on doit préciser est que le Hamas, qui s’était éloigné du régime iranien lorsque Mohamed Morsi était au pouvoir au Caire, a renoué les liens dénoués et est à nouveau au service du régime iranien. Des armes venant du régime Assad continuant à pénétrer le Liban dans les zones tenues par le Hezbollah, Israël se trouve plus que jamais cerné, et ne peut compter que sur ses propres forces et sa propre détermination.

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Doit-on noter que l’Union Européenne et ses membres ne se sentent pas du tout préoccupés ? Catherine Ashton doit se rendre à Téhéran samedi 8 mars, à l’invitation du régime. Pour être sûrs de ne pas froisser des gens avec lesquels ils entendent commercer, les dirigeants européens sont tous très silencieux, et n’ont d’yeux que pour l’Ukraine et pour les contrats qu’ils espèrent signer eux-mêmes du côté de Téhéran.

La presse française n’entend elle-même froisser personne : les articles parus sur le sujet traitent les déclarations israéliennes avec la plus extrême circonspection. Les journalistes qui critiquent Poutine pour les actions russes en Crimée sont, semble-t-il, sans voix lorsqu’il pourrait s’agir pour eux de critiquer les actions du régime iranien au Proche-Orient, surtout lorsque la cible de ses actions est Israël.

Je n’ai pas parlé de l’avancée du régime iranien vers le nucléaire militaire, direz-vous ?

C’est parce que l’accès du régime iranien au nucléaire militaire surplombe tout ce que je viens d’écrire.

L’armée israélienne doit être d’autant plus vigilante que l’accès effectif du régime iranien au nucléaire militaire approche ( il est même vraisemblable que l’Iran a déjà des capacités nucléaires militaires).

Le régime iranien se permet d’agir comme il le fait parce qu’il s’estime sanctuarisé (ou, pour le moins, tout au bord de la sanctuarisation).

La Russie se conduit comme si la sanctuarisation de l’Iran et sa propre hégémonie régionale étaient de l’ordre de la réalité.

L’administration Obama se conduit elle-même comme si la sanctuarisation de l’Iran et l’hégémonie régionale russe étaient effectivement de l’ordre de la réalité.

L’Union Européenne emboite sur ce point comme sur d’autres, le pas de l’administration Obama.

Israël se trouve plus que jamais cerné, oui.

Israël ne peut compter que sur ses propres forces et sa propre détermination, oui encore.

Israël va devoir entrer dans une ère où la possibilité de détruire les installations nucléaires iraniennes sort de l’horizon du possible et où une perspective plus lucide sera celle d’une dissuasion face à un Iran sanctuarisé.

Israël va devoir compter sur le réalisme froid de Poutine pour dissuader le régime iranien d’aller trop loin et pour voir qu’Israël peut représenter un pôle de stabilité utile dans la vision poutinienne du monde. Et Israël va devoir se préparer à vivre dans une région devenue plus délétère encore.

Je ne doute pas que Binyamin Netanyahou lorsqu’il se trouve face à Obama ou Kerry sait qu’il leur doit l’état dans lequel se trouve le Proche Orient aujourd’hui, ce qui doit renforcer chez lui des sentiments de gratitude vis-à-vis d’Obama et Kerry.

Je ne doute pas que lorsqu’il regarde Catherine Ashton et les dirigeants européens, il se tait, par politesse diplomatique, mais n’en pense pas moins.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

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