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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 21 mars 2014

Mohamed Merah

Les juges antiterroristes de Paris viennent de recevoir le témoignage qui prouve que Mohamed Merah était bien un membre d’al Qaïda.

On soupçonnait depuis 2011 le tunisien Moez Garsallaoui, responsable d’al Qaïda en Europe et décrit par les services de renseignement américains comme l’une des menaces les plus importantes pour l’Europe continentale, d’avoir formé militairement et idéologiquement Merah en 2011 à Miranshah au Pakistan, dans le camp d’al Qaïda dédié à la formation des candidats européens au jihad et situé dans une zone tribale du Waziristan.

On savait que Garsallaoui, proche d’Oussama Ben Laden, était un des sergents recruteurs – il y en a d’autres, actifs dans les mosquées de France – pour le jihad de jeunes Belges et Français, et qu’il n’a évidemment pas recruté que Merah.

Le 31 mars 2011, peu après les atroces assassinats, Moez Garsallaoui diffusait un communiqué sur Internet sous le pseudo « Al-Andalusi » et revendiquait avoir été « pour un court laps de temps, l’un [des] mentors » de Merah. Le message fut pris au sérieux sans que son authenticité puisse être établie. Il ajoutait :

« J’ai remarqué qu’il [Merah] ne maîtrisait pas la langue des Arabes et il essayait difficilement de faire comprendre aux frères ce qu’il avait en tête. Quand je l’ai interrogé sur sa langue maternelle et qu’il m’a répondu que c’était le français, je lui ai directement parlé dans sa langue que je connaissais… Les traits de son visage se sont illuminés … Et par son accent du Sud, j’ai estimé qu’il était de Marseille mais il m’a dit qu’il était de Toulouse. »

Ce sont les preuves de ces liens qui viennent d’être établis, dans le cadre d’une autre enquête, par le témoignage d’Urynbasar Munatov, un islamiste Kazakh condamné pour terrorisme.

Urynbasar Munatov était le colocataire de Moez Garsallaoui. Ils ont discuté du jihadiste Merah.

Munatov, Kazakh de 26 ans, s’est lui aussi entraîné de mars 2011 à juin 2012 à Miranshah. Il sera arrêté au Pakistan à l’automne 2012 et condamné à vingt ans de prison.

Le 4 décembre dernier, le parquet de Paris, dans le cadre de l’entraide judiciaire, demandent à l’interroger.

Le résultat de l’interrogatoire dépassera leurs espérances, indique Thibault Raisse qui les publie en exclusivité pour Le Parisien.

Thibault Raisse : Vers la fin de l’audition, le témoin [Urynbasar Munatov] se voit présenter une série de photos par les policiers kazakhs, parmi lesquels la « cible » des enquêteurs français. A tout hasard, les magistrats ont aussi pensé à glisser un cliché de Mohamed Merah. Au cas où.

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Urynbasar Munatov : « La photo numéro 18 [Mohamed Merah], je l’ai vue chez Mouaz Garsalaoui, c’est lui-même qui me l’a montré. Mouaz m’a dit qu’il s’appellait Muhammed Mira, son deuxième prénom était Yussuf, il vivait aussi sur le territoire du Waziristan. Pendant un temps, il a vécu avec Mouaz à Miranshah. »

Thibault Raisse : Le terroriste [Urynbasar Munatov] explique avoir discuté du tueur [jihadiste Merah] avec le lieutenant de Ben Laden peu de temps après les tueries de Toulouse et Montauban. « D’après les dires de Mouaz, il avait une entente avec Yussuf : si Yussuf entreprenait des actions, Mouaz les prendrait à son compte, c’est-à-dire comme ayant été organisées et exécutées selon ses directives. »

Thibault Raisse : Ce témoignage est jugé d’autant plus crédible qu’il corrobore de nombreux indices laissant penser que Merah avait bel et bien fréquenté ce camp pendant une douzaine de jours en septembre 2011, comme il s’en était vanté lui-même lors de l’assaut contre son appartement.

Thibault Raisse : Quant aux contacts avec Garsallaoui, ils n’étaient jusqu’ici qu’une vague supposition, tant il apparaissait difficile pour un si jeune homme maîtrisant mal l’arabe d’approcher un lieutenant de Ben Laden. Les fadettes et les courriels de Merah n’avaient d’ailleurs pas permis de trouver trace d’échange entre les deux hommes.

Thibault Raisse : Sans changer la face de l’enquête, ces révélations relancent la piste d’un soutien logistique au plus haut niveau de la mouvance jihadiste dans les tueries qui avaient fait sept victimes en mars 2012. Mais impossible d’interroger Garsallaoui pour en savoir plus : désigné comme un objectif prioritaire par Interpol et la CIA, le cadre d’Al-Qaïda aurait été tué par un tir de drone lors d’un raid américain au-dessus du Waziristan en octobre 2012. Une information néanmoins jamais formellement confirmée.

Ce que Thibault Raisse a manqué de mentionner, c’est que ce n’est pas « la piste d’un soutien logistique au plus haut niveau de la mouvance jihadiste » qui est confirmée par ce témoignage, mais la présence, sur le sol français et belge, de recruteurs, de formateurs idéologiques, et de terroristes d’al Qaïda.

Ce que Thibault Raisse n’a pas non plus relevé, c’est que le danger islamiste n’est pas proportionné au nombre de terroristes, et qu’il n’est pas sain de considérer le danger comme limité du fait qu’ils seraient « un tout petit nombre » : il a suffit de moins de 20 personnes pour commettre les spectaculaires attentats du 11 septembre, et un seul terroriste qui se fait exploser dans un lieu bourré de monde peut commettre un carnage. Combien sont-ils en France prêt à passer à l’acte ? Peu importe le nombre, et la question n’est pas de savoir s’ils vont commettre des attentats terroristes, mais quand.

Ce que Thibault Raisse n’a pas évoqué enfin, c’est que le premier ministre Jean Marc Ayrault, inquiet de la radicalisation des jeunes musulmans français, a commandé en octobre 2013 à la DCRI un rapport sur le danger terroriste en France, et que ce rapport a été jugé assez inquiétant pour le classer secret défense.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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