Publié par Jean-Patrick Grumberg le 21 avril 2014

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C’est une scène banale de la vie iranienne : la police prépare un condamné à sa pendaison publique, avant la nuit, car la nuit le public ne peut rien voir.

A fin mars, et pour l’année 2014, il y a eu 170 pendaisons en Iran selon l’ONU, de loin le chiffre le plus élevé au monde par habitant. 15 fois plus par habitant que le pays qui condamne le plus à la peine de mort, la Chine. C’est certainement ce qui fait de Rouhani un président modéré.

En Iran, la justice est assez simple à administrer : on demande au monde entier de regarder ailleurs, alors le monde entier regarde ailleurs, souvent vers Israël d’ailleurs, puis on pend les condamnés. Et souvent, tandis que l’Iran pend, le monde profite qu’il regardait ailleurs pour blâmer Israël.

La foule se masse pour regarder les exécutions, elles sont publiques. Les familles des victimes sont toujours parmi la foule, et les pendaisons sont faites par groupe de condamnés, rarement un seul pendu à la fois. Les familles pleurent, supplient et implorent un pardon qui ne vient jamais. Des curieux sont là aussi : le spectacle est gratuit, il n’y a ni intermittents du spectacle à rémunérer, ni droits de rediffusion à payer.

La peine de mort est la sanction de choix pour les trafiquants de drogue, les apostats, les cambriolages à main armée, les homosexuels, les femmes adultères, le meurtre et le viol. Quelques fois aussi pour les Baha’is, mais là, il n’est pas nécessaire qu’ils aient commis un crime, il suffit d’être Baha’i.

La peine de mort disais-je est administrée par pendaison. Sauf pour les femmes adultères, qui sont fouettées à mort ou lapidées.

Il se dit également que l’abominable nombre d’exécutions serait moins abominable si les procès étaient équitables, car ils ne le sont pas toujours, et de nombreux innocents sont pendus dans le lot des coupables. Bien-sûr, il s’agit d’un regard petit bourgeois et occidental de la justice qui n’a pas cours en Iran, surtout que Rouhani est un président modéré.

Les mineurs condamnés à la peine de mort sont emprisonnés jusqu’à l’âge de leur majorité, puis la peine est exécutée. Et de temps en temps, le cas de mineurs condamnés à tort parce qu’ils n’ont pas eu droit à un procès équitable attire l’attention du monde, de temps en temps…

Le cas le plus récent est celui de Reyhaneh Jabbari, qui attend son exécution publique. Le monde entier s’est mobilisé pour son pardon.

Quand elle avait 19 ans, Reyhaneh a tué l’homme qui l’a violée. La jeune Reyhaneh était chargée de la décoration des bureaux de Morteza Abdolali Sarbandi, qui avait profité d’un moment où ils étaient seuls pour commettre son ignoble geste. Reyhaneh avait refusé, elle avait dit non, elle avait réussi à se défendre et l’avait poignardé. C’était un acte de légitime défense.

Reyhaneh Jabbari
Reyhaneh Jabbari

Mais les juges n’ont pas accepté ses arguments car il n’y avait aucun témoin. Il est exact qu’il y a très rarement de témoins d’un viol, mais les juges n’ont pas été intéressés par ce fait.

Il se dit également que si Reyhaneh a été condamnée à mort, c’est parce que son violeur, Morteza Abdolali Sarbandi, était un cadre du Ministère du renseignement et de la sécurité.

Il se dit enfin que dans l’islam, la femme est toujours coupable du viol qu’elle subit, et si vous trouvez cela abominable, c’est parce que vous avez un regard petit bourgeois et occidental de la justice, qui n’a cours ni en terre d’islam, ni en Iran.

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Et surtout, Reyhaneh a « confessé son crime ». Elle l’a confessé dans des conditions que ni son avocat ni sa famille ne connaissent exactement, même s’ils ont une idée de la façon dont la confession a été obtenue.

Donc la légitime défense n’a pas été retenue et Reyhaneh a été condamnée à sept ans de prison, qu’elle vient d’effectuer, suivie de la peine de mort, qui doit lui être donnée d’un jour à l’autre.

Comme le cas de Reyhaneh a exceptionnellement attiré l’attention de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, le bureau de la haute commission des Droits de l’homme de l’ONU s’est senti obligé – à titre tout à fait exceptionnel car son emploi du temps est généralement consacré à condamner Israël – de faire une déclaration, et de répéter qu’il s’agit d’un cas de légitime défense contre un violeur et que Reyhaneh n’a pas bénéficié d’un procès juste et équitable.

Ce matin, comme presque tous les matins, un antisémite parmi d’autres, celui-ci utilise sur Twitter le pseudo Lazar Kaganovich, m’a lancé qu’Israël est coupable d’épuration ethnique. Pour éviter tout quiproquo, je lui ai demandé s’il parlait bien de l’Etat juif qui se trouve à 100 mètres d’une frontière où 150 000 syriens ont été tués en deux ans.

Les pendaisons en Iran ont de beaux jours devant elles.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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