Publié par Michel Garroté le 18 avril 2014

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Michel Garroté, réd en chef  —  Ces derniers jours, j’ai regardé à la télévision les récentes interventions de Poutine ainsi que la réunion de Genève sur le conflit entre l’Ukraine et la Russie. J’ai vu les petites et les grandes gueules. J’ai vu deux mecs virils, Lavrov et Poutine. J’ai également vu Mister Kerry en conversation avec Lady Ashton. Je ne dis pas que la psycho-morphologie explique tout. Mais il n’empêche que dans l’affaire qui nous préoccupe, cette psycho-morphologie a tout de même quelque chose d’éclairant.

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Je repense à Reagan, Kohl, Jean-Paul II et Gorbatchev. Sans rire, celui qui avait l’air pitoyable, car il savait que les trois autres aillaient lui faire la peau, s’était Gorby. Mais là, en avril 2014, purée, les rôles sont inversés. Lavrov et Poutine, c’est du Jean Gabin. Kerry c’est couilles molles, tronche de cake. Et la mère Ashton, excusez-moi de vous demander pardon, mais même pour une jument englishe, elle est infiniment plus moche que la moyenne nationale. A croire qu’ils exportent les pires. Avec Kate, je vous jure, Lavrov aurait baissé sa garde. Mais avec le tandem Ashton-Kerry, très franchement, les amateurs de Vodka ont dû se dire, entre deux robustes gorgées, qu’ils traitaient avec des anglo-saxons dégénérés.

Le romancier russophile Christian Combaz a regardé l’émission Complément d’enquête sur le « nouveau Tsar » Poutine. Il dénonce «l’artillerie médiatique» contre le président russe, qui ne fait selon lui que respecter la volonté de son peuple (extraits ; source en bas de page) : On nous a dit que la Russie voulait s’agrandir aux dépens de la Crimée, mais la France est mal placée, après avoir laissé voter Mayotte pour le rattachement en 1976, pour reprocher aux Criméens de vouloir se détacher de l’Ukraine, dont l’économie ne sera bientôt guère plus brillante que celle de la grande Comore. Et puis il y a l’influence de cette Cinquième colonne qui s’arroge toujours une place « à la Une », pour reprendre le titre d’un magazine d’information des années 60. L’émission Complément d’Enquête, sur Poutine trahissait un tel changement de réglage de l’artillerie médiatique qu’on peut l’imaginer inspiré par l’entourage du Pouvoir afin d’accompagner les négociations en cours à Genève. On vise désormais moins bas mais les projectiles sont les mêmes.

On ne s’attaque pas au train de vie de Vladimir Poutine pour le présenter comme un émule de Moubarak. Les artifices déployés pour nous faire croire qu’il achète des robinets en or, circule en voiture de milliardaire ou se fournit en call girls auprès des oligarques n’ont jamais mordu sur l’opinion parce qu’on n’a pas trouvé grand-chose. La corruption, les budgets d’équipement délirants des Jeux olympiques n’ont pas permis non plus de mettre en cause l’entourage direct du président. Même la question homosexuelle a été éludée lors des Jeux, c’est tout dire. Et pourtant tout avait l’air au point. La place centrale de Kiev surpeuplée, survoltée, quadrillée par les télévisions internationales comme en Egypte, la foule s’emparant du palais d’un dirigeant cupide et névrosé, devaient être la dernière étape avant un printemps de Petersburg. Après l’Ukraine on voyait le système Poutine s’effondrer sur une émeute géante pendant les Nuits Blanches. Le nouvel angle choisi par les médias occidentaux n’est plus la corruption, mais la Grande Russie comme on parlait naguère de « Grande Serbie » ou de « Grande Syrie ».

Comme le soulignait l’ambassadeur Orlov à l’oreille de son interlocuteur pendant l’émission, la Russie est déjà le pays le plus grand de la terre, on se demande à quoi rimerait un désir d’expansion territoriale. N’importe, insistait le journaliste, « on voit désormais de jeunes recrues à qui, dès l’enfance, on inculque l’amour de leur pays et qui prient ». Ah bon ? Et les jeunes Américains des Summer Camps du Minnesota, ils ne saluent pas le drapeau et ne vont pas à l’office? Et les jeunes Chinois n’aiment pas leur pays dès l’âge de douze ans? Il n’y a guère que dans le nôtre qu’on n’inculque rien aux enfants, ni dans ce domaine, ni dans les autres. Donc, Vladimir Poutine a une haute idée de son pays qui a désormais une haute idée de lui-même : on mesure le scandale. Mais il y a pire : dans la rue de son enfance, les journalistes essaient de trouver la trace d’un culte de la personnalité or il n’y a rien. Pas la moindre plaque.

Ce Poutine est vraiment très fort. Il ne se teint pas les cheveux, sa vie privée est opaque, il ne traverse pas Moscou en scooter, il parle un russe châtié, il ne dit pas oui et non en même temps, il n’a rien de « normal » et tout cela n’est pas un handicap pour plaire à son peuple. Un jour ou l’autre, le nôtre va s’en souvenir. L’émission étant diffusée sur internet, malgré des efforts assidus, pendant l’intervention de Bernard Henri Lévy le système de diffusion en streaming du réseau FranceTV Pluzz, comme chaque fois, s’est mis en rideau. Chaque tentative pour relancer l’image obligeait le spectateur à s’infliger une publicité Fleury-Michon -d’ailleurs très fluide mais fastidieuse, surtout la cinquième fois. La bande passante n’était donc pas en cause, c’est le service public qui ne fait pas son métier sur la chaine Pluzz (et si le CSA pouvait faire le sien cela nous arrangerait). La publicité sur le surimi Fleury-Michon apportait donc une touche de fantaisie à l’intervention de BHL qui en est très avare – de fantaisie, parce que côté interventions c’est le contraire. Pour l’anecdote, le Danube de la pensée avait convoqué le journaliste au bord de la Seine, conversation dont j’ignore tout mais il n’est pas certain que j’aie raté grand-chose, conclut Christian Combaz.

Le chef du Kremlin a fait trois lourdes fautes, politique, économique et idéologique, affirme le spécialiste de géopolitique Guillaume Lagane (extraits ; source en bas de page) : La crise en Ukraine est souvent présentée comme un coup de maître de Vladimir Poutine, manipulant à loisir un Occident décadent et versatile. À moyen terme pourtant, l’annexion de la Crimée et la déstabilisation du Donbass sont lourdes de menaces pour la Russie. Sur le plan politique, l’intervention russe constitue une formidable opération de propagande en faveur de l’Otan. Après la Géorgie en 2008, l’Ukraine est le second pays candidat à être agressé par les forces russes. Les pays Baltes, qui ont adhéré en 2004, ont à l’inverse bénéficié, au titre de la solidarité instaurée par l’article 5 du traité de Washington en 1949, d’un appui politique et militaire (envoi d’avions de surveillance). Depuis 1999, toute la politique de Moscou consiste à dissuader les États de «l’étranger proche» de quitter son giron pour entrer dans l’Alliance atlantique. Le rattachement de la Crimée va donc renforcer l’atlantisme des pays de la zone.

Quant aux États-Unis, tentés par la stratégie du pivot vers l’Asie, ils ne pourront échapper à une réflexion sur le maintien de forces substantielles en Europe. Sur le plan économique, l’intervention russe va provoquer, chez les Européens, une réflexion de fond sur la dépendance au gaz russe. L’enquête en cours à la Commission sur les pratiques anticoncurrentielles de Gazprom était une première étape. Pour une UE important 24 % de son gaz de Russie, il devient impératif de réformer ce marché déséquilibré. Déréglementation du secteur, construction d’interconnexions entre États (Pologne-Lituanie en 2018) et de routes alternatives à la Russie (Trans Adriatic Pipeline), développement des achats de gaz naturel liquéfié, venant demain des États-Unis, enfin recherche du gaz de schiste: les possibilités sont nombreuses. Elles ont toutes le point commun d’être contraires aux intérêts du Kremlin, dont les exportations d’hydrocarbures constituent la principale ressource (Gazprom représente 8 % du PIB russe).

La rationalité économique aurait dû pousser Moscou à la plus grande régularité dans ses livraisons, sur le modèle de l’Arabie saoudite. Enfin, sur le plan idéologique, l’intervention russe est un hommage aux valeurs de l’Union européenne. En bafouant le droit international, en utilisant la force armée pour résoudre des différends entre nations européennes, la Russie a troublé jusqu’à ses traditionnels alliés chinois. Mais Moscou souligne ainsi les vertus de l’Union européenne, construction politique dont le fondement, la réconciliation franco-allemande, avait précisément pour objet d’éviter le retour des conflits. Aux Européens englués dans les questions budgétaires, elle rappelle les principes même du projet communautaire. L’intervention russe pourrait donc affaiblir, notamment dans les pays d’Europe orientale, les partis eurosceptiques en rappelant aux électeurs que l’appartenance à l’Union, au milieu d’un océan de vices, comporte quelques vertus. Serait ainsi affaibli le courant d’extrême droite au Parlement de Strasbourg, celui-là même qui juge séduisante la politique de Vladimir Poutine, notamment sa supposée défense des « valeurs chrétiennes », conclut Guillaume Lagane.

Reproduction autorisée avec mention :

Michel Garroté réd en chef www.dreuz.info

Sources :

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/04/18/31002-20140418ARTFIG00070-poutine-le-nouveau-tsar-un-argument-commode-pour-masquer-la-volonte-d-un-peuple.php

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/04/17/31002-20140417ARTFIG00136-ukraine-et-si-poutine-avait-perdu.php

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