Publié par Les amis de Rachel Franco le 29 avril 2014

Shoah

Ils aiguisent leurs langues, leurs couteaux, leurs lames,
La chasse aux Juifs reprend enfin ses droits.
Kristallnacht, une nuit entière… des feux de joie,
Ils marquent les magasins des signes de l’infâme ;

Les vitrines brisées en mille éclats,
Ils poursuivent les Juifs comme des bêtes de proie,
Jude ! Jude ! Jude !
Patience, bientôt viendra le sang,
Synagogues et maisons sont incendiées ;
Où trouver un refuge sans Toi ?

Pris à partie, humiliés, insultés,
Les Juifs lavent les trottoirs,
Avalent les injures et meurent sans espoir.
On leur coupe la barbe – la fête est dans la rue,
Ils peuvent enfin « bouffer du Juif », les déchirer, les mettre à nu,
Rires et haleine mauvaise s’en donnent à cœur joie.
Seigneur, puisque nous aimons Ta loi, pourquoi ?

Leurs livres sont brulés, leurs précieuses Thoras calcinées
Devant tant de violence et tant de brutalité
Où trouver la force de résister ?
Dans l’indifférence et sans honte,
Ils sont lâchement assassinés,
Il faut voir la jouissance de la bête immonde ;
Ne nous abandonne pas, Maitre des mondes !

On les arrache de leurs logis,
On les enferme dans des ghettos,
Règne sur la terre, le chaos,
Le spectacle de la mort est ici.
Pouilleux, sales, et sans espoir,
Ils meurent affamés,
Ils n’ont même plus de chaussures et vendent leurs haillons ;
Plus de vêtement pour couvrir leurs nudités,
Mais la misère se moque de la dignité.
Se peut-il que ce soit Ta volonté ?

Les vieux sont comme des chiens mourants,
Et les enfants comme des chatons affamés
Qui respecte encore les Anciens ? Qui regarde ces enfants ?
Ils errent comme des morts vivants ;
Condamnés par les nations qui les ignorent,
Ils cherchent refuge dans leurs maisons d’étude
Et sur de vieux matelas, attendent la mort.
Notre Dieu a caché Son visage, que Sa main est rude !

Certains ont compris,
D’autres se sont battus ;
Contre les nazis,
Ils n’avaient que des mains nues.
La force brutale a eu raison d’eux,
Levant les mains au ciel, l’enfant à la casquette s’est rendu
À ses prières, le ciel n’a pas répondu.

Il nous reste des photos,
Des visages pris dans des instants de vérité ;
Certains étaient des héros,
Tel Janusz Korczak, parti pour accompagner
Les petits orphelins juifs du ghetto.
Ceux-là étudient-ils au pied de Ta Gloire ?

Les trains traversent des paysages sans âme,
Grincements sur les rails, stations, Destination,
Il faut descendre des wagons.
Halte ! Hurlements des nazis,
Et gueule menaçante des chiens dressés pour tuer ;
Dans les tripes, la peur est nouée.

Récupérer ses affaires… pour quoi faire ?
Les premières sélections, séparations des familles, des mains qui se lâchent
Les regards qui se perdent, les sanglots étouffés,
Les enfants sans parents, d’interminables files d’attente… pour la Mort.
Près de Toi, leurs âmes sont-elles réunies ?

Se déshabiller, la dignité offensée,
Les autres pour le travail, costumes rayés ;
kappos et autres sbires lèchent le sang, se nourrissent de la violence
Leurs vies valent bien quelques coups de fouet.

Les barbelés, comme horizon de mort,
Les fusils, les balles qui sifflent,
Les expériences médicales d’un Mengele à la blouse blanche,
L’odeur de l’alcool, souvenirs des hôpitaux d’antan
Où les médecins n’étaient pas des assassins.
Mon Dieu, quand viendra enfin la fin ?

Et ces hommes, ce qu’il reste d’eux,
Une charpente osseuse ambulante,
Des os, des os, que des os sans chair,
Une vie sans un brin de lumière ;
Il ne reste plus rien que leur ombre et une paire d´yeux.

Arbeit macht frei!
Le travail rend libre ! Libre de quoi ? Libre pour quoi ? Quel travail ?
Celui de Pharaon qui asservit l´esprit et enferme la liberté.
De l´aurore jusqu’ au crépuscule,
Les mains glacées, les pieds gelés,
Ils piétinent dans la boue, retiennent leurs sabots
Et n’osent plus regarder vers le haut.

La peur des coups de massue qui achèvent,
Le souffle court,
Tenir un jour, encore un jour,
Tenir une heure, une demi-heure, quelques instants,
Tenir, juste tenir et respirer.

Ils s’accrochent au rêve pour résister,
Aux souvenirs de famille, des repas et des rires,
De toutes leurs pauvres forces, ils s’accrochent à un passé,
Qui s’évanouit dans la nuit et les délires.
Père de nos pères, c’en est assez !

Le feu, les fours, les cendres et les odeurs,
Les dents en or arrachées des bouches des cadavres,
Leurs peaux récupérées pour en faire des savons,
Les cheveux rasés, entassés,
Les montagnes de lunettes, de chaussures, de chapeaux, de valises,
Témoins de l´indicible horreur.

Les puits de la mort creusés par les juifs eux-mêmes,
Des corps, encore des corps sans nombre jetés
Dans les fosses communes s’entassent
Sans laisser la moindre place ;
En tout lieu, dans les fleuves et les forêts,
La terre complice n’a pas refusé de les engloutir.
Seigneur, peut-il encore y avoir pire ?

Tant de corps ! Qui regarder ?
À qui offrir un temps de compassion ?
Quelle est l’histoire de cet homme ? De cette femme nue balancée
Sur un amas d’os sans visage ?
Ces cadavres aimaient leurs familles et la vie,
Ils avaient des rêves, des rires à partager, des peines à consoler ;
Ils ont rendu l’âme, la bouche grande ouverte
Comme pour hurler leur désespoir,
Pas un son n’est entendu.

Israël, ma Bien Aimée, accueille dans tes bras six millions de Juifs assassinés
Sois pour eux, le lieu de leur repos, dans l’amour, le respect et la dignité
Souviens-toi et n’oublie pas !

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Rachel Franco pour Dreuz.info.

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