Publié par Guy Millière le 3 mai 2014

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Nul de mes lecteurs ne sera surpris si je dis ici que Vingt quatre jours, le dernier film d’Alexandre Arcady est un film superbe et poignant, qu’il faut absolument et impérativement voir.

Nul de mes lecteurs ne sera surpris non plus si je dis que le film m’a profondément ému et si j’ajoute que mon émotion tenait à ce que, tout en sachant que c’était un film, je savais que ce qui s’y trouvait montré n’était, pour l’essentiel, pas de la fiction.

J’ajouterai seulement ce qui ne sera vraisemblablement pas dit, ou pas suffisamment.

Le film ne montre pas seulement la persistance de l’antisémitisme dans la France contemporaine

Le film ne retrace pas simplement l’enlèvement et l’assassinat d’Ilan Halimi, il ne montre pas seulement la persistance de l’antisémitisme dans la France contemporaine: il souligne une part essentielle des pathologies dont souffre ce pays.

Ilan Halimi a été assassiné aussi parce qu’un irrespect pour la vie humaine se dissémine dans la société française: il faut, de fait, un immense irrespect pour la vie humaine pour torturer un homme de manière aussi abjecte, et le laisser pour mort comme si on jetait un meuble usagé.

Ilan Halimi a été assassiné parce qu’il y a eu de multiples complicités imprégnées de lâcheté, de peur et d’indifférence: il faut ce mélange pour entendre des cris et des gèmissements, voir des gestes violents, et réagir comme si on n’avait rien vu et rien entendu, ainsi que l’ont fait les habitants des barres d’inmeubles oú Ilan Halimi a été séquestré.

Ilan Halimi est mort parce que la police est imprégnée d’idées « politiquement correctes » et s’est refusée pendant des jours à envisager que l’enlèvement était à caractère antisémite et pouvait avoir été effectué par des jeunes gens venus des banlieues dites « défavorisées », ce qui lui a fait perdre un temps précieux et l’a menée vers de multiples fausses pistes.

Ilan Halimi est mort parce que, sans qu’il s’agisse toujours explicitement d’antisémitisme, les Juifs en France et ailleurs en Europe sont traités avec soupçon, parfois avec jalousie, parfois avec une haine envieuse qui ne dit pas toujours son nom, et sont le pendant logique est la haine insidieuse d’Israël.

Toutes ces pathologies sont toujours présentes.

L’irrespect pour la vie humaine se constate chaque jour dans de multiples crimes et délits, dans des propos du quotidien.

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Complicités, lachetés, peurs, indifférences se constatent elles-mêmes chaque jour. les idées « politiquement correctes » imprègnent souvent les décisions de la police, et plus encore celles de la justice qui, au train où vont les choses, condamnera bientôt systématiquement quiconque parle d’antisémitisme dans les banlieues.

Le soupçon, la jalousie, la haine envieuse envers les Juifs sont sans cesse prêts à affleurer dans les conversations et les débats. La haine insidieuse d’Israël suinte de quasiment tous les articles et reportages sur Israël.

Tout en pensant à Ilan Halimi et à ce qu’il a subi, tout en pensant à sa famille, à jamais mutilée, je n’ai pu m’empêcher de penser aux autres victimes tombées en France ces dernières années, Sebastien Sellam, Myriam Monsonego, les enfants de la famille Sandler et leur père.

J’ai pensé à tous les Juifs tués en Israël ou ailleurs dans le monde par des pathologies qui ne sont pas du tout dissociées de celles qui règnent en France. Quel journal français a, par exemple, traité avec la compassion requise l’assassinat de Shelly Dadon, tuée seulement parce qu’elle était juive, comme Ilan Halimi.

J’ai pensé à ce que subissent les Juifs depuis des millénaires, à la shoah dont l’ombre immense continue à peser sur l’Europe sans que les Européens pour la plupart adoptent un comportement plus décent.

J’ai pensé, en songeant à ce qui se dit, s’écrit, se montre sur Israël en France et ailleurs qu’il se fabriquait chaque année en France des milliers de Mohamed Merah ou de membres du gang des barbares, des milliers de Youssouf Fofana.

Le film d’Alexandre Arcady est superbe et poignant, disais-je. J’aimerais penser qu’il est utile.

Je pense que son utilité sera très limitée, hélas, tant que radio, télévision, journaux, continueront à traiter d’Israël comme ils le font, et tant que les idées cloacales qui circulent dans les banlieues ne seront pas appelées par leur nom. Et je ne pense pas que quoi que ce soit va changer sur ces plans. Au contraire.

Je pense que son utilité sera très limitée, hélas, tant que l’on se contentera de dire que le « conflit » israélo-arabe n’a rien à voir avec la haine anti-juive en France et ailleurs, et tant qu’on ignorera les discours déversés par l’islam radical. Et je ne pense pas non plus que quoi que ce soit va changer sur ces plans. Au contraire.

Le film ne portait pas sur ce sujet, mais il est glaçant de constater qu’aucun membre du gang des barbares n’a, lors du procès, énoncé un seul regret. Il est terrible d’avoir à constater la relative légèreté des peines prononcées, qui font que des monstres seront bientôt à nouveau dans les rues, à même de récidiver.

Il est vomitif d’avoir à constater que le nommé Dieudonné, qui a lancé en 2010 une pétition demandant la libération de Youssouf Fofana, a mis en ligne une video insultante pour Alexandre Arcady et Ruth Halimi, la mère d’Ilan. Ce sale type continue à faire salle comble.

Il est vomitif, mais logique de voir officier à la télévision des gens tels que le sieur Caron, dont je préfère ne rien dire de plus. Entendant un individu qu’il méprisait absolument dire « merde », un écrivain du siècle dernier déclara que l’individu en question venait de résumer sa vie en une seule phrase. Je ne puis me permettre dans le contexte liberticide de la France pré totalitaire, la moindre déclaration de ce genre.

J’aimerais penser qu’il y a une issue. Il m’arrive d’en douter.

La famille d’ilan Halimi a fait exhumer le cercueil d’Ilan pour qu’il soit enterré à Jérusalem, loin de ses assassins. Cela a été une sage décision. Le film ne dit pas autre chose.

Le film d’Alexandre Arcady est superbe et poignant, oui. Il faut absolument et impérativement aller le voir.

J’aimerais penser qu’il sera utile. Je dois constater qu’il ne suscite pas même une seconde de honte chez des gens dont la place sera davantage dans une benne à ordures que dans une société humaine, et qui sont très nombreux, de plus en plus nombreux. Hélas.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

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