Publié par Michel Garroté le 22 mai 2014

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Michel Garroté, réd en chef –- Pauvre France ! Voilà que Sarkozy parle d’Europe. Dans une tribune — de cinq ou six pages — publiée par Li Poing, il balance ses propositions sur la politique européenne (extraits adaptés et complétés de deux réactions, celle de Sylvie Goulard et celle de Bruno Roger-Petit ; voir les liens vers les deux sources en bas de page) : « Tout est de lui », fait savoir son entourage pour souligner l’importance de ce texte. Mais en communiquant sur cet aspect, les soutiens de l’ancien président lui rendent-ils service ?

Woui, « tout est de lui », fait donc savoir l’entourage de Sarkozy. Il serait le seul auteur de sa tribune consacrée à l’Europe que publie Li Poing, avec, une photo de l’individu, photo pas très flatteuse, en couverture, surmontée de ces mots : le déclin. Il aurait travaillé presque en solitaire, sollicitant l’avis des uns, l’avis des autres. Pas de plume. Pas de correcteur. Et « pas de nègre », ose un chroniqueur de gauche.

Sarkozy se serait mis à l’écriture pendant une quinzaine de jour. Il aurait sollicité ses anciens collaborateurs pour travailler le fond, mais ses proches insistent, tout est de lui, et, ils racontent, qu’il serait arrivé un matin avec le texte en main. Elle n’est pas belle la vie ?

Li Poing raconte lui-même — on se croirait dans un roman de John le Carré — combien Sarkozy aurait été attentif à son texte tout au long du processus de fabrication d’une opération menée telle la manipulation du siècle. La communication à la mode sarkozyste a ceci de particulier qu’elle est toujours porteuse de son contraire. Il fallait faire dire, propager l’idée que l’ancien président, tellement habité par son sujet, a voulu rédigé tout seul son petit pensum.

Qu’un ancien président de la République s’exprime sur l’Europe, voilà qui est compréhensible, à la veille d’un scrutin où les casseurs de l’Europe et de l’euro ont le vent en poupe. Mais le contenu est très décevant, et même par moments démagogique, donc dangereux. Sarkozy, une fois encore, oscille entre sa stature présidentielle et un jeu politicien. S’acharner sur les accords de Schengen, à trois jours du scrutin, c’est accréditer les thèses du péril étranger. On voit la manœuvre pour récupérer les voix du FN.

Cette tribune est un leurre, un faux appel qui risque seulement d’abuser les gens. L’hagiographie sarkozyste consiste à laisser entendre qu’il a su très bien gérer la relation franco-allemande. A Bruxelles, il passe, au mieux, pour celui qui a escamoté par de la communication le décrochage français. A Berlin, on aime les individus fiables et sérieux.

En réalité, Sarkozy sait que cette tribune ne sera pas lue, sauf par des journalistes exégètes en mal d’actualité sur les chaînes d’info en continu. Donc, il fallait faire en sorte que l’exégèse permanente fût accompagnée d’un symbole fort : l’homme seul, face à sa page blanche, traitant d’un dossier lourd et immense à la fois. Homme seul, homme fort.

Hélas, cette communication en suggestion est aussi porteuse d’un sous-texte qui, par effet boomerang, peut se retourner contre l’homme fort à la plume forte. Faire dire que, pour une fois, Sarkozy a écrit son discours tout seul, c’est, d’une certaine façon, le déconsidérer.C’est souligner, en creux, que le visionnaire n’est pas un homme de culture et de verbe, qu’il ne fait que de la communication pour faire de la politique.

Ainsi va la politique à la Sarkozy, où toute action, toute démonstration, toute communication est systématiquement porteuse de son contraire. Là où il veut se montrer fort, il se montre faible. Là où il veut se poser en lettré, il se pose en besogneux. Là où il veut se hisser, il s’abaisse.Car à la fin des fins, la vérité s’impose : cette tribune est appliquée et compassée, dépourvue de souffle et de vision.

Ce n’est pas un discours, mais un relevé de conclusions.Et la petite opération de com’ qui l’accompagne — « vous vous rendez compte, il a fait tout ça tout seul » — achève de l’achever. Cette opération dit ce qu’est Sarkozy, intimement, profondément et humainement : ce n’est pas un auteur du politique, mais un acteur de la politique. Et rien d’autre.

Sources :

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1205193-sarkozy-a-ecrit-tout-seul-sa-tribune-du-point-un-aveu-inquietant-et-desastreux.html

http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/2014/05/22/sarkozy-demolit-l-ue-existante-tout-en-disant-qu-il-l-aime_4423949_4350146.html

 

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