Publié par Michel Garroté le 30 mai 2014

Petain-3

Michel Garroté, réd en chef –- Comme c’est amusant ! J’ai souvent écrit qu’en France, tous les partis politiques, y compris le Front National, sont étatistes, avec une différence de degré seulement et non pas de nature.

Or, voici que sur Lepoint.fr, Gaspard Koenig écrit (extraits adaptés ; lien vers source en bas de page) : Je suis allé vérifier, sur le site du Front national, l’évolution du projet (ndmg – économique), un document assez technique de 106 pages, savant mélange de fadeur énarchique et d’envolées maurrassiennes. Je me suis contenté d’en extraire les passages liés à l’économie.

Premier principe FN : la planification. Le FN entend en effet mettre en place une planification stratégique de la ré-industrialisation directement rattachée au Premier ministre. On est rassuré d’apprendre qu’un politique élu décidera de tout pour tout le monde. Cela évitera de laisser les acteurs économiques livrés à eux-mêmes et susceptibles de prendre des myriades d’initiatives incohérentes. Les Charbonnages de France ont leur heure de gloire devant eux.

Deuxième principe FN, lié au premier : la nationalisation. Elle permettra à l’État de contrôler directement les grands secteurs économiques. Pour les banques, pas de quartier : « Les banques de dépôt feront l’objet d’une nationalisation partielle aussi longtemps que nécessaire ». Les services publics seront aussi repris intégralement en charge : l’État « reprendra progressivement la compétence du transport », l’eau sera « re-municipalisée », et tous les processus de libéralisation seront interrompus (France Télécom y gagnera-t-elle un monopole sur la téléphonie mobile ?) Les participations publiques seront « sanctuarisées » pour empêcher toute privatisation (Montebourg sera content). Et les profits des grandes entreprises (s’il en reste) passeront directement dans la main de l’État, puisque « les 50 plus fortes capitalisations boursières, fleurons des entreprises françaises, devront affecter 15% de leur résultat net en réserve spéciale de ré-industrialisation ». Les particuliers pourront eux aussi participer à l’effort national : leur épargne sera allouée à la dette publique « par des mesures fiscales et réglementaires ».

Troisième principe FN : la fonction publique. Plus question de couper dans les effectifs, qui seront « stabilisés », ni dans les traitements (dont le gel est « choquant » : ils ne dépassent pas assez les salaires du secteur privé). Rassurez-vous, l’archaïque statut de la fonction publique sera préservé, ainsi que l’ENA, qui devra toutefois s’assurer de recruter des « patriotes » (c’est-à-dire des sympathisants FN). Enfin, les fonctionnaires trop indépendants, comme les infâmes professeurs d’université par exemple, seront réintégrés dans les structures de l’État central, qui récupérera la gestion de leur masse salariale.

Quatrième principe FN : les prix réglementés. Fini, « le dogme de la concurrence libre et non faussée ». L’État fixera directement les prix des transports, de l’électricité et du gaz, comme en Biélorussie. S’agissant de l’agriculture, il constituera des « stocks d’intervention » qui permettront de réguler les prix (on attend avec impatience les silos d’État, avec affectation obligatoire des récoltes).

Cinquième principe FN : l’autarcie. Vous aviez oublié, entreprises insouciantes du bien public, les droits de douane ? Les revoilà ! Mais, heureusement, vous ne devriez pas trop en souffrir, puisque vos forces de production seront « relocalisées » par l’État sur le territoire national et que les consommateurs devront « acheter français » grâce à une loi spéciale. Il va sans dire que le contrôle des capitaux sera parallèlement rétabli. La France pourra ainsi vivre heureuse dans ses frontières, laissant ses voisins naïfs endurer les peines de la mondialisation.

Résumons : planification, nationalisation, fonction publique, prix réglementés, autarcie. À cela s’ajoute la préservation de tous les acquis socialistes hérités des années 80 (l’ISF est maintenu – fusionné avec la taxe foncière – et l’âge légal de départ à la retraite ramené à 60 ans), 90 (« relance par le pouvoir d’achat »), 2000 (les 35 heures sont également conservées) et 2010 (alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail). Malgré toute ma bonne volonté, il m’est difficile de voir dans ce programme la réalisation de l’idéal de l’économie de marché et des libertés individuelles. J’épargne au lecteur des saillies plus anecdotiques mais non moins brillantes, telles qu’une « alliance stratégique poussée » avec la Russie contrebalançant notre sortie de l’Otan ou l’audacieuse reprise en main de l’Académie française, sacrée par l’État FN « autorité de référence de la langue, aidée des commissions de terminologie ».

On l’aura compris, le programme économique du FN est le comble du comble du délire étatiste et autoritaire français (qui s’illustra à gauche comme à droite au cours de notre histoire). Il me rappelle cet inoubliable discours du 11 octobre 1940, où le maréchal Pétain, écœuré par « la faillite universelle de l’économie libérale », expliquait aux Français que l’économie devait être « organisée et contrôlée », et « subordonnée à l’intérêt national ». À ceux qui dénoncent à cor et à cri les « fachos », rappelons que l’essence du fascisme, c’est d’abord l’étatisme, conclut Gaspard Koenig (fin des extraits adaptés ; lien vers source en bas de page).

Reproduction autorisée avec mention :

M. Garroté réd chef www.dreuz.info

Source :

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/gaspard-koenig/le-programme-economique-du-fn-libertarien-ou-petainiste-30-05-2014-1829634_2002.php

 

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