Publié par Jean-Patrick Grumberg le 31 mai 2014

BNP-Paribas

Après avoir infligé une amende de 2,6 milliards de dollars au Credit Suisse, la semaine dernière, pour avoir aidé de riches Américains à frauder le fisc, les Etats-Unis menacent BNP Paribas d’une amende importante et surtout d’un retrait de sa licence bancaire aux Etats-Unis car elle est accusée d’avoir contourné l’embargo et de s’être livrée à des activités bancaires avec trois états voyous : Cuba, l’Iran et le Soudan.

La BNP a violé les lois américaines en passant outre les embargos et en faisant commerce illégal avec ces trois pays. Selon le Wall Street Journal, les autorités veulent que BNP Paribas plaide coupable des charges retenues contre elle, comme le Credit Suisse, la semaine dernière.

La pénalité pourrait dépasser les 10 milliards de dollars, toujours selon le Wall Street Journal, citant des sources proches du dossier, qui ajoute que BNP Paribas tente de négocier autour des 8 milliards de dollars, mais que, selon une source citée par l’AFP, l’amende ne sera pas inférieure à 5 milliards.

En 2012, la banque britannique HSBC, accusée de complicité de blanchiment avait reçu une amende de 1,9 milliard de dollars.

Standard Chartered Bank, 670 millions de dollars pour violation de l’embargo contre l’Iran.

En France, les réactions ont été très vives et épidermiques : on a osé touché à la France !

• Stupéfaction que des pays que la France regarde avec complaisance soient sous embargo des Etats Unis.

• Indignation que l’on ose infliger une amende à une grande banque française, forcément irréprochable puisque c’est une grande banque française.

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Ce que les médias et les commentateurs français ne comprennent pas, cependant, c’est que les Etats Unis ne vivent pas au même rythme que le France, même si la présidence Obama est gangrénée par de nombreux scandales (attentat contre l’ambassade de Benghazi, contrôles fiscaux de l’IRS contre des ONG conservatrices, écoutes des journaliste d’AP, magouilles de l’assurance santé des anciens combattants, fast and furious…)

La transparence n’est pas la vertu première de la gouvernance française, les dirigeants des grandes entreprises, intimement mêlées au gouvernement, sont souvent choisis en fonction de leurs liens avec les politiques pour remerciements de services rendus ou à rendre, et il est d’usage de faire des aménagements multiples pour cacher les nécessaires opérations opaques qui en découlent, ce qui s’appelle la corruption, où la France est mal classée à l’échelle mondiale.

De plus, la France est le seul pays occidental et démocratique à accepter que des communistes, la pire idéologie que l’Europe a fait naître avec le nazisme, soient membres d’un gouvernement, ce qui explique l’incompréhension du classement de Cuba dans la liste des pays sous embargo.

C’est parce qu’ils ont oublié que ces accommodements n’ont pas cours aux Etats Unis que DSK s’est retrouvé menotté pour avoir eu des rapports sexuels avec une femme de chambre, et que la BNP est lourdement sanctionnée.

Dans le détail, Washington accuse BNP Paribas d’avoir contourné entre 2002 et 2009 des sanctions américaines contre l’Iran, le Soudan et Cuba, en effectuant des paiements en dollars dans ces pays.

Une enquête interne de la banque avait recensé au début d’année un « volume significatif d’opérations qui pourraient être considérées comme non autorisées au regard des lois » américaines.

Les transactions incriminées ont été effectuées depuis l’Iran, Cuba et le Soudan, pays où ces opérations étaient légales, argue une source.

Seul hic, elles l’ont été en dollars, autrement dit compensées à un moment donné sur le territoire américain, ce qui les rend délictueuses, les Etats-Unis imposant des sanctions à ces trois Etats.

Christian Noyer, le gouverneur de la banque de France, s’est offusqué car la BNP n’a pas violé les lois européennes et françaises, oubliant que la banque étant établie aux Etats, c’est aux lois américaines qu’elle doit se conformer (« pay to play »: pour participer, il faut payer le prix, y compris obéir aux lois).

La France n’hésite jamais à exiger de Google, Twitter et des autres entreprises américaines qu’elles se conforment au droit français et européen pour leurs activités européennes, et il est navrant qu’un si grand nombre de personnalités politiques qui ont pris la défense de la BNP n’arrivent pas à se discipliner pour appliquer à eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres, à moins qu’ils se considèrent au dessus des lois ?

Certains pensent que le ministre de la Justice, Eric Holder « veut faire un exemple », ou veut éliminer un concurrent dangereux.

Rien n’est plus stupide.

Qu’ils se souviennent que l’an dernier, J.P. Morgan Chase & Co. a été condamné à une amende plus importante encore : 13 milliards de dollars, pour avoir trompé ses clients dans sa gestion d’actifs toxiques.

Et ceux qui ont été comme moi clients de la BNP aux Etats Unis – qui s’appelle la Bank Of the West en Californie, peuvent attester qu’elle n’excelle pas pour son dynamisme ni son agressivité commerciale…

Une amende de 10 milliards de dollars représenterait plus de quatre fois le bénéfice net réalisé par BNP Paribas au premier trimestre (1,7 milliard d’euros).

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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