Publié par Jean-Patrick Grumberg le 2 mai 2014
Juifs de Temsaman
Juifs de Temsaman

En mai 1906, un voyageur et écrivain anglais du nom de Budgett Meakin, également éditeur du Times of Morocco, donna une conférence sur son expérience de la juiverie marocaine à la synagogue de l’est de Londres pour la Ligue communale de l’est de Londres.

Il expliqua qu’il n’était pas tant intéressé par les Juifs du Maroc dont les ancêtres séfarades avaient émigrés d’Europe, et qui avaient tendance à être marchands et agents dans les régions côtières, mais par la vieille communauté juive marocaine de l’intérieur, qui vit dans le pays depuis plus de mille ans.

Ce sont ces juifs là qui le fascinaient le plus.

Leurs ancêtres ont combattu l’invasion des conquérants musulmans d’Afrique du nord ; certains ont même été convertis [de force] à l’islam.

Voici des extraits de sa conférence, dont le texte a été publié dans le Jewish Chronicle du 18 mai 1906 :

“Les ‘Juifs berbères’ n’osent pas voyager, n’osent presque rien faire sauf s’ils sont sous la protection d’un puissant Sheikh ou d’un personnage important de la localité. Tout le monde était pratiquement le serf de quelqu’un qui le protégeait. Sans cette protection, la vie du Juif ne serait pas sûre, et pourtant, quelques dollars peuvent quelques fois être considérés comme le juste « prix du sang » pour eux.

Non seulement le Juif ne pouvait pas quitter l’endroit où il résidait à moins qu’il soit sous cette protection, mais il n’était pas autorisé à emmener sa femme avec lui quelque soit les circonstances ; elle était gardée comme une sorte d’otage jusqu’à son retour.

Jusqu’à ces dernières années, les sultans du Maroc ne permettaient à aucun juif de quitter le pays …

« Aucun homme n’était autorisé à porter des couleurs vives, et s’il y a eu une époque où le sultan décrétait qu’ils devaient tous porter des costumes de couleur jaune vif, ils n’ont plus que le droit de s’habiller en noir, et ils doivent porter un fez noir, contrairement au rouge des Maures. »

Dans certains districts, les hommes avaient la curieuse coutume de porter des touffes de cheveux de chaque côté de leur front, et il est curieux de constater que l’une des tribus qui a déclaré être d’origine juive (les Udala) portait ‘des touffes précisément similaires’ sur leur front.

Le costume juif consistait en une robe noire, ou gabardine, et des chaussons noirs.

Les femmes étaient autorisées à porter ce qu’elles voulaient, bien que dans les rues de l’intérieur, elles se couvraient ; les Juives, cependant, à la différence des femmes maures, ne voyaient pas d’objection à ce que leurs faces soient vues …

Il [Meakin] regrettait de dire que les Juives de la côte, qui avaient l’habitude de porter des costumes élégants, avaient adopté la mode hideuse de Paris que les Européens de l’Ouest ont été contraints d’adopter.

C’est lors des festivités familiales que l’on pouvait observer les somptueux costumes des Juifs.

Les mellahs (quartiers juifs) ont tendance à avoir un mauvais drainage, et comme les ordures sont entassées dans les rues, ‘les routes dans le Mellah étaient de plus en plus hautes – parfois le milieu de la rue était deux pieds plus haut que les côtés’.

‘Les portes des mellahs étaient fermées au coucher du soleil : « Ce n’était pas seulement gênant pour les gens, mais c’était également un protection dans les moments difficiles, quand il valait mieux que les Juifs soient en sécurité dans leurs quartiers ».

Comme les Juifs ont contribué pour beaucoup aux taxes régulières et irrégulières – et de cette dernière il y avait beaucoup – et qu’ils étaient des commerçants importants qui avaient du succès dans le commerce en général, ils était regardés avec jalousie par les Maures, et il n’y avait pas d’amour entre eux, le ressentiment étant parfois très élevé.

Une ou deux fois, quand un nouveau sultan arrivait sur le trône, et afin de récompenser la population et de s’assurer ses faveurs, il publiait un édit selon lequel le pillage général des Juifs pouvait avoir lieu.

La dernière fois qu’un tel événement a eu lieu, c’était il y a une centaine d’années …

Mais si la dynastie contemporaine était irritée, ou si l’un des fanatiques renversait l’état actuel des choses au Maroc, les premiers à en ressentir les effets étaient les Juifs, qui avaient accumulé une grande richesse, et ainsi offert des [belles] opportunités de pillage. »

Budgett Meakin poursuivit en expliquant que ces Juifs marocains qui n’étaient pas des agents des intérêts commerciaux européens (et donc pas sous la protection des puissances européennes) ont subi de nombreux handicaps juridiques, comme ne pas être autorisés à témoigner contre un musulman, et il leur était interdit de frapper un musulman, même en situation de légitime défense.

Dans cet état de dhimmitude, il y avait un moyen d’avancer dans la société : « Quand quelqu’un était décapité, les bouchers juifs étaient contraints de décaper la tête dans l’eau salée, c’est pourquoi le Mellah a reçu le nom de «lieu salée», mais il était aussi connue sous le nom de « sans sel » ou endroit « pourri ».

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Mais l’histoire de l’homme n’est jamais tout blanc ou tout noir, me raconte mon ami Abderahmane Bakhtaoui, baha’i d’origine marocaine…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

http://daphneanson.blogspot.com/2011/02/getting-ahead-as-jewish-dhimmi-in-old.html

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