Publié par Gaia - Dreuz le 7 juin 2014

Adil*, 35 ans, détenu depuis trois ans, explique comment il a été approché pour faire le jihad à sa sortie de prison

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Depuis sa cellule, où il purge une peine de trois ans dans une prison du nord de la France, Adil*, 35 ans, suit avec intérêt ce qui se dit du parcours de Mehdi Nemmouche. « Je n’ai pas entendu un politique, un policier ou un sociologue dire quelque chose de concret », balaie-t-il, assurant qu’« entre étudier le comportement d’une personne appelée à combattre et le vivre au fond de soi, il y a une très grande différence ».

Adil laisse entendre qu’il connaît bien le processus qui peut conduire un musulman ex-détenu à vouloir « partir au front ». Et la façon dont celui qui recrute opère : « Il faut qu’il ressente une ferveur chez le candidat au jihad, une sincérité. Faire sa prière et se laisser pousser la barbe, jouer au musulman, ça ne suffit pas. Il faut une confiance énorme. Une prière de consultation à Dieu, des rêves, des signes… »

Lui qui se retrouvera bientôt en fin de peine l’affirme clairement : « On m’a proposé de partir à la sortie. J’ai l’âge et le bon profil : je suis pratiquant, sportif et j’ai la rage contre eux. » « Eux », qu’il appelle avec mépris « les chiens », ce sont tous « ceux de l’administration pénitentiaire » qui veulent « casser du détenu ».

« Je vous le dis, dans certaines prisons, on subit beaucoup. C’est devenu dur psychologiquement. Il y a des gens qui ont peur. La haine s’installe. Un faible d’esprit va se dire : C’est nos ennemis. A la sortie, il voudra se venger. Il ira dans une mosquée plus ou moins réputée chez les musulmans radicaux. Il va tomber sur quelqu’un qui a besoin de main-d’oeuvre.Et il va y aller. »

Adil précise qu’en prison les « recruteurs » n’approchent jamais « le mec qui vient d’arriver ». « Lui parler d’emblée d’islam ou de l’envoyer au front : quel âne bâté ferait ça ? Il se ferait balancer. » L’approche, qui passe par « du contact individuel », est « un travail de longue haleine ». Elle laisse d’abord faire le contexte : « En prison, dans un univers qu’ils ne connaissent pas et où ils voient que les musulmans sont respectés, beaucoup se convertissent ou deviennent très religieux. Jusqu’à changer de comportement du jour au lendemain, jusqu’à refuser la télé… » Adil insiste : « Avant la rage, c’est d’abord une histoire de foi. » Ceux-là, mais ils sont rares, nuance-t-il, peuvent se retrouver ciblés par les recruteurs : « Dans les quatre-cinq derniers mois avant leur sortie, celui qui veut l’emmagasiner va commencer à lui parler de voyages… »

Incarcéré une première fois il y a quelques années après une condamnation dans une affaire definancement de filières terroristes, Adil, musulman pratiquant depuis quinze ans, ne se définit pas comme un radical.

« Moi, je suis dur dans ma tête. J’ai la force d’esquiver, de ne pas faire n’importe quoi avec n’importe qui. Je pars du principe que le jihad, c’est d’abord le fait de combattre les actes répréhensibles. Le vol, la fornication… Mon jihad à moi quand je serai dehors, ce sera ma famille. »

A l’époque, raconte-t-il, il a croisé plusieurs figures de l’islamisme radical, des condamnés dans des dossiers de terrorisme qui « recrutaient en prison pour envoyer les jeunes des cités au front, en Bosnie, en Tchétchénie, au Pakistan… ». Cette génération « du 11 Septembre » est passée : « Maintenant, c’est fini, la barbe et tout ça. Pour faire du terrorisme, il ne faut pas éveiller les soupçons. Ils font attention, ils signalent tout changement de comportement, ils convoquent tous ceux qui parlent à un gars qui est fiché… »

Quant à Mehdi Nemmouche, plusieurs de ses codétenus qui l’ont côtoyé quand il était dans le Nord se sont dits étonnés de sa dérive. « Ils pensent que son changement radical s’est fait dans le Sud. Et surtout en Syrie, au front. C’est là-bas qu’il a dû être formaté pour ce qu’il a fait. »

* Le prénom a été changé.

http://www.leparisien.fr/societe/jihad-en-prison-on-m-a-propose-de-partir-au-front-07-06-2014-3904589.php

© Gaïa pour www.Dreuz.info

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