Publié par Gilles William Goldnadel le 3 juin 2014

Goldnadel
Gilles-William Goldnadel revient sur les manifestations anti-FN et ainsi que sur la tuerie de Bruxelles et dénonce l’indignation à deux vitesses de la gauche antiraciste et des médias.

Gros plan sur l’antifascisme de pacotille. Ceux qui ne veulent pas forcément accentuer les succès du Front National devraient se réjouir de l’échec pitoyable de cette journée de colère puérile, lors du jeudi de l’Ascension. J’aurais passé beaucoup de temps, usé beaucoup d’encre pour répéter que les meilleurs alliés des Le Pen ont toujours été leurs extrêmes voisins de la rive d’en face.

Les beaux contempteurs de l’extrémisme que voilà: militants du NPA, du PCF, du front de gauche. Même goût de la démagogie, mêmes explications du complot de la finance internationale, même rage contre un «système» dont ils profitent dès qu’ils le peuvent.

Et que dire de la modération de leur langage: «Marine on t’encule!» (Le Monde 28 mai).
J’attends encore les protestations des féministes médiatiques.

Ceux qui défilaient dimanche 25 mai étaient les mêmes qui défilaient pour exiger le retour de Leonarda et de la sympathique famille Dibrani. Ce sont les mêmes qui, avec leur outrance de langage, leurs comparaisons oiseuses entre la période actuelle et «les heures sombres que l’on croyait révolues» auront réussi l’exploit de susciter une sorte de réflexe compassionnel envers les victimes de leurs dérapages. Si les Le Pen avaient quelque gratitude, ils devraient adresser un bouquet de roses rouges à leurs frères ennemis. Je conseille à ceux qui n’auraient pas encore compris ce que doit le Front National au MRAP, à SOS-Racisme et à leurs compagnons de route, la lecture édifiante du livre de Pierre-André Taguieff: «Du diable en politique-réflexions sur l’anti lepénisme ordinaire*» (CNRS éditions).

L’anti lepénisme gauchisant explique-t-il «a pris l’allure d’une machine fonctionnant dans un seul sens: empêcher de connaître et de comprendre l’ennemi désigné, interdire toute discussion libre sur le mouvement lepéniste, substituer l’indignation morale et la condamnation diabolisant à la critique argumentée et à la lutte politique. La diabolisation de l’adversaire empoisonne le débat démocratique et profite en définitive au parti lepéniste, qui tire habilement parti de la dénonciation vertueuse et consensuelle dont il est l’objet pour se poser en victime du «système». Toute dénonciation extrémiste fait le jeu de l’extrémisme dénoncé.»

Le seul moyen, explique Taguieff, de dire clairement en quoi les orientations du FN sont inacceptables «consistent à analyser le programme de ce parti sans lunettes idéologiques, donc sans le lire à travers les stéréotypes accumulés au terme d’une longue tradition «antifasciste».»

Mais l’extrémisme en est, par définition, incapable. Comment le Parti Communiste, le Front de gauche et les autres pourraient-il critiquer, par exemple, l’irréalisme, et la démagogie du programme économique anti ploutocratique du FN?

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Après tout, libre à ces jeunes vieillards aux idées mortes de ringardises de maudire le verdict funeste d’urnes funéraires. A chacun sa conception de la démocratie.

Ce qui est moins admissible, c’est de constater l’influence toujours vivace de leurs idées au sein des médias d’État, sans que l’on sache vraiment faire la part entre le militantisme et le réflexe pavlovien d’un jeunisme progressiste sommaire. C’est ainsi qu’en ce jour de l’Ascension, dans son reportage à 13h sur France Inter, Nicole Guillard eut cette conclusion extatique pour caractériser nos «résistants» antifascistes d’opérette: «une formidable énergie pour changer le monde». Rien de moins.

Le soir, les redevables de la redevance obligatoire s’entendirent asséner obligatoirement et génériquement, tant sur FR3 (19h30) que sur Arte (19h45) (France 2 étant irréprochable sur ce point), que «LES jeunes étaient descendus dans la rue».

Combien de temps encore, le public tolérera-t-il de voir insultée aussi grossièrement la réalité par ceux qui sont payés pour le servir et non pour l’asservir ?

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le sang juif qui a coulé en Europe n’aura jamais coulé des causes de l’extrême droite

Bien sûr, nos jeunes antiracistes n’ont pas été effleurés par l’idée de consacrer le moindre de leurs cris stridents à protester contre l’attentat qui s’était pourtant commis la veille contre le centre culturel juif de Bruxelles ou contre les violentes agressions qui venaient de se commettre contre deux jeunes qui sortaient d’une synagogue de Créteil. Il est vrai que cet antiracisme là est aujourd’hui plus blessé par la cruauté statistique qui les empêchait d’espérer sérieusement que les agresseurs antisémites ressemblaient au portrait-robot bleu-blanc-rouge de leur rêve. Car depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le sang juif qui a coulé en Europe n’aura jamais coulé des causes de l’extrême droite. Seulement de l’islamisme, de l’antisionisme, ou de l’extrême gauche (Carlos, Action Directe).

Je me suis tu toute la semaine, dans l’attente de la confirmation de ce que tout le monde savait.

Mais il n’y aura pas de grande manifestation organisée par SOS-Racisme et les autres. La communauté musulmane organisée, dont certains de ses membres les plus modérés sont victimes eux aussi des exactions djihadistes, ne descendra pas dans la rue. Quant à la communauté juive organisée, la semaine passée, celle-ci a préféré être «digne et silencieuse». Certains prétendus intellectuels et quelques artistes s’exprimeront avec gravité pour mettre avant tout en garde contre un amalgame qu’ils sont les seuls à évoquer. Qu’importe, on préfère brailler contre les fantômes du passé. On préfère intimider les démocrates qui veulent résister contre les vrais fascismes et les nouveaux racismes en les associant eux aussi aux vieux démons de leurs fantasmes. C’est moins risqué.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro.

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