Publié par Jean-Patrick Grumberg le 2 juin 2014

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Contrairement à la rhétorique bien huilée des islamistes qui vivent de la religion, le Coran n’est pas un livre « incréé » par Allah.

Le Coran a été écrit par des hommes, car « ce qui se trouve dans le Coran, on le trouve déjà dans d’autres livres », démontre le Professeur Oumar Sangaré, universitaire et helléniste sénégalais, auteur d’un ouvrage paru en janvier, Le Coran et la culture grecque* qui lui a valu menaces de mort et demandes de radiation de l’université où il enseigne tant les musulmans sentent les édifices de leur religion fragiles, qu’ils en ont éprouvé l’urgence de se mobiliser pour « protéger leur foi ».

Tout a commencé après l’émission «L’entretien», le lundi 14 avril 2014.

En montrant les similitudes entre le Coran et la culture grecque dans les domaines de la mythologie, de l’histoire, de la littérature, de la philosophie, de la philologie, et de la rhétorique, le professeur Sankharé explique qu’elles sont dues au fait que le texte coranique a été simplement inspiré au Prophète et que «ce n’est pas Dieu qui a donné le texte mais ce sont les hommes qui ont donné le texte».

Oumar Sangaré: « Tout ce que je dis, c’est que ce que j’ai vu chez Platon, c’est la même chose que ce que j’ai vu dans le Coran. Ce que j’ai vu chez Parménide, c’est la même chose que j’ai vu dans le Coran »

Oumar Sangaré: « Abdoul Aziz Sy Dabakh*, dit-on, était persuadé que Platon était un prophète de Dieu, et le Coran étant imprégné de culture grecque, Dieu s’est toujours adressé à l’humanité. Ce n’est pas seulement aux Arabes qu’il s’est adressé ». (*Cheikh El Hadj Abdou Aziz Sy Dabakh, troisième khalife de la confrérie musulmane soufie Tidjane du Sénégal, 1957 – 1997).

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Oumar Sangaré: « [Le Coran est] une révélation mais ce n’est pas le Prophète lui-même qui l’a fixé. Il n’était plus vivant lorsqu’on fixait le Coran. Ce sont ses compagnons, les érudits de l’époque, ceux qui avaient mémorisé le Coran, qui l’ont restitué ».

Le Coran, c’est une parole inspirée, mais qui a été établie par les hommes

Oumar Sangaré: « Donc, ils ont restitué une parole inspirée, mais la manière de le faire, la rhétorique avec laquelle ils l’ont restitué, ça se sont des gens qui connaissaient le grec, sur tous les plans. Ce sont des gens qui connaissaient le grec. Donc c’est une parole inspirée mais qui a été établie par les hommes ».

Dr. Bakary Sambe de l’Université UGB du Sénégal abonde : « Sur le plan lexical, c’est Youssef Seddik qui a procédé, déjà en 2004, à une comparaison entre certains termes coraniques et grecs avec des exemples comme : logha (langue en arabe) = logos, kawthar = katharos « pur, sans souillure, sans infirmité », zukhruf = zographéô ; « peindre d’après modèle vivant, d’après nature », harth = harotos « labourer, mais aussi l’idée de possession, de richesse, de progéniture » etc. »

Professeur Iba Der Thiam, agrégé d’histoire et membre du Comité scientifique de l’UNESCO : « La description du Paradis, qui se retrouverait, à des nuances près, chez tel ou tel texte grec ne devrait, nullement, étonner celui qui connait l’Histoire du Monothéisme dans le Bassin de la Méditerranée, où les brassages des peuples et des cultures ont atteint un niveau rarement égalé [le professeur croyant détruire la thèse du Coran écrit, lui apporte au contraire son meilleur argument : s’il a été inspiré du « brassage des peuples et des cultures », c’est qu’il n’est pas descendu d’Allah]. Si des passages ou des images du Saint-Coran se retrouvent dans la culture grecque, pourquoi doit-on en déduire que ce sont les Arabes qui ont copié les Grecs et pas le contraire ? [peut-être parce que les Grecs ont précédé les Arabes de quelques siècles ?]

[gdl_icon type= »icon-arrow-right » color= »#FF0000″ size= »15px »] Pour renforcer l’idée d’un livre incréé, les théologiens affirment que le Prophète Mohammed était illettré, et qu’il ne pouvait donc pas rédiger un texte d’une telle facture. M.Sankharé conteste cela aussi, et affirme que le Prophète n’était pas illettré et qu’en outre, il était entouré d’hommes de science et d’historiens qui ont contribué à la composition du texte.

Oumar Sangaré: «l’entêtement des théologiens à traduire «nabiyumummiyum» par prophète illettré au lieu de « prophète de la communauté » de la « Oumma » comme le sens y invite, cache mal une volonté d’obscurantisme. »

Oumar Sangaré: « le Prophète Mouhammad (PSL) n’était pas un illettré. On n’a dit nulle part que le Prophète est un illettré dans le Coran. C’est que les gens veulent faire croire que tout ce qui est dit dans le Coran n’est pas de lui, parce qu’il [n’aurait pas eu] cette culture-là. »

En conclusion, une chose m’étonne. 14 siècles de religion musulmane et plus d’un milliard de croyants peuvent donc se sentir déstabilisés par les travaux d’un seul universitaire, au point que le président du Sénégal, Macky Sall, est maintenant mis en cause par les autorités religieuses pour avoir, dit-on, encouragé la publication du livre ?

La réponse, je la laisse au Dr Bakary Sambe :

« Si on admet, sans broncher, que les moins sachant dictent ce qui s’enseigne à l’Université, c’est qu’on est déjà entré dans l’ère de l’enseignement de l’ignorance, la vraie « Jâhiliyya » en fait. Rappelons-nous que c’est à partir du moment où, dans l’espace civilisationnel de l’islam, la mosquée s’est refermée sur elle-même, et qu’on s’est mis à brûler des livres et exiler des philosophes, que les Musulmans sont plongés dans la décadence intellectuelle et politique qui a abouti à la chute de Grenade en 1492. Malheureusement, dans cette « affaire » Sankharé, l’angoisse existentielle habitant une communauté devenue frileuse au débat et de la divergence, en perte de confiance au point de nier ses propres marques de modernité qu’elle a pourtant transmises à l’humanité (بضاعتنا ردّت إلينا), transparaît à bien des égards dans l’attitude des « inquisiteurs » des temps modernes. »

Je me joins facilement à ceux qui nient l’apport de la modernité transmise à l’humanité par les musulmans – qui s’obstinent à vouloir faire en tout disparaitre les civilisations bien plus éclairées qui les ont précédés.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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