Publié par Guy Millière le 19 juin 2014

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J’ai, depuis mon retour en France, participé à deux réunions publiques. La première était organisée par l’Union du Patronat Juif de France, et consacrée à la situation présente en France et en Europe, et plus particulièrement à la remontée de courants fascistes en divers pays d’Europe et à l’expansion de l’islam radical sur le continent.

Ce sont là des sujets importants, cruciaux même. J’ai tenté d’expliquer que des crispations nationalistes exacerbées se dessinaient en Europe aujourd’hui parce que l’Union Européenne avait enclenché des engrenages venant tout à la fois confisquer la démocratie, broyer la souveraineté des peuples européens, éroder les identités nationales, réécrire l’histoire de l’Europe, disséminer le multiculturalisme et le relativisme. J’ai dit que l’Europe était dans une crise économique, politique, culturelle et morale qui ne faisait que commencer. J’ai dit aussi que l’expansion de l’islam radical était la conséquence logique de l’immigration massive venue du monde musulman au cours des quarante dernières années, mais aussi du fait que toute perspective d’assimilation, ou, seulement, d’intégration des nouveaux arrivants avait été abandonnée : dès lors que des immigrants n’ont rien à quoi s’assimiler, ou à s’intégrer, ils ne s’assimilent pas et ne s’intègrent pas.

J’ai ajouté que la dissémination du ressentiment par l’extrême gauche n’a strictement rien arrangé, et que le résultat est l’antisémitisme tel qu’il prolifère aujourd’hui, qui est un antisémitisme d’extrême gauche (sous le nom d’ « antisionisme »), un antisémitisme musulman, et un antisémitisme d’extrême droite qui vient s’insinuer dans tout cela.

Des gens que j’estime ont parlé eux aussi, mon ami Gilles-William Goldnadel, Edward Amiach, Claude Barrouche et l’excellent journaliste Eric Brunet, et ils sont allés dans le même sens que moi. Eric Brunet m’a dit : « Nous ne connaîtrons plus jamais la France que nous avons connu dans notre jeunesse ». Je n’ai pu que l’approuver.

La deuxième réunion était une soirée de gala et de levée de fonds organisée par le Bureau Nationale de Vigilance contre l’Antisémitisme (BNVCA), et cette soirée a permis de rendre hommage au travail d’un homme pour qui j’ai une très profonde estime, Sammy Ghozlan.

Sans lui, sans son courage, sa ténacité, sa droiture, sa détermination, le BNVCA n’existerait pas. Sans le BNVCA, nombre des actions menées en France contre l’antisémitisme et l’ « antisionisme » ne seraient pas menées. Sans Sammy et le BNVCA, nombre de victimes d’actes antisémites n’auraient pas trouvé d’appui et de soutien.

Je connais Sammy et les membres du BNVCA depuis des années, et je n’ai cessé d’être à leur côté en toutes circonstances. Le BNVCA ne vit que grâce à ceux qui le font vivre en donnant de leur temps, et grâce à de généreux donateur, car il ne bénéficie d’aucune aide publique, ce qui lui coûte cher, mais lui permet d’être indépendant.

[column col= »1/4″]La police, les grands médias, les institutions d’enseignement peuvent faire preuve d’une indifférence qui frôle la complicité, lorsqu’elle n’est pas de la complicité tout court[/column]

Outre Sammy, ont pu s’exprimer, précisément, quelques victimes d’agressions antisémites, et on a pu voir grâce à leurs témoignages à quel point s’opère une banalisation et une propagation des pires venins. On a pu voir aussi à quel degré la police, les grands médias, les institutions d’enseignement peuvent faire preuve d’une indifférence qui frôle la complicité, lorsqu’elle n’est pas de la complicité tout court. En écoutant le témoignage de la maman d’un petit garçon qui a eu le malheur de dire en classe qu’il était juif, et qui a dû changer d’établissement après avoir subi d’indicibles brimades, je n’ai pu m’empêcher de songer à ce que ma propre fille m’a dit concernant l’établissement scolaire où elle est élève et où il restait l’an dernier un élève juif, un seul, qui a lui-même dû changer d’établissement cette année.

Sammy, qui est un homme plus solide qu’un roc, mais qui est aussi un homme au cœur immense, a tenu à dire que le petit garçon dont la maman a parlé désormais se porte bien et se reconstruit. Je sais que c’est le cas d’autres enfants qui doivent beaucoup à Sammy. Les invités d’honneur de la soirée étaient le docteur Sidney Ohana, dont j’ai appris au fil du temps à discerner la générosité, et les immenses qualités intellectuelles et morales, et Alexandre Arcady, l’auteur de nombreux films, parmi lesquels le remarquable Vingt quatre jours, dont j’ai parlé ici, et que j’ai incité ceux qui me lisent à voir et soutenir.

Alexandre Arcady a expliqué à quel point produire et réaliser ce film avait été difficile. Il a énuméré les obstacles auxquels il s’est trouvé confronté, et ils ont été très nombreux. Il semble évident que personne ou presque n’aurait voulu que ce film existe, et parce qu’il a tout fait pour que ce film existe quand même, Alexandre Arcady mérite une marque de respect et de gratitude.

Comme l’a dit Sammy, ce film restera, pour l’histoire, pour la mémoire d’Ilan Halimi et de toutes les victimes d’assassinats antisémites sur le sol européen ces dernières années. J’ai retrouvé, au cours de cette soirée, tant d’amis que ce serait injuste de ne pas les citer tous. Je citerai néanmoins Joel Mergui, Président du Consistoire de Paris, grâce à qui le BNVCA dispose de locaux à Paris, Joel Rubinfeld, qui vient de fonder l’équivalent du BNVCA pour la Belgique, Alexandre Fegenbaum, qui vient de rédiger pour le BNVCA un petit livre dont je reparlerai cet automne, Michel Zerbib, de Radio J, bien sûr, Véronique Chemla, Alain Sayada d’Israel Actualités, Jean-Marc Moskowicz d’Europe Israël.

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Près de cinq cent personnes ont répondu à l’appel de Sammy. C’est très bien. Ce n’est pas encore assez. Parmi toutes les qualités qu’a Sammy, il y a celle de ne pas édulcorer ses propos, et il est plus que jamais nécessaire de ne pas édulcorer ses propos. En repartant, j’ai dit à Sammy toute l’affection que j’ai pour lui, et je lui ai dit aussi qu’il me semblait effroyable qu’il y ait si peu de non Juifs pour se lever et combattre l’antisémitisme sous toutes ses formes en France et qu’il y ait, aussi, si peu de non Juifs pour combattre la diabolisation incessante d’Israël. « Nous ne connaîtrons plus jamais la France que nous avons connu dans notre jeunesse », non.

La France, je ne cesse de le dire, devient de plus en plus asphyxiante. C’est une raison supplémentaire pour se tenir debout. Sammy Ghozlan est un homme debout. Il est des gens qui le détestent, je le sais. C’est un raison de plus pour moi d’être debout à côté de lui, et de m’efforcer d’être à sa hauteur.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

Guy Millière Samy Gozlan

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