Publié par Gaia - Dreuz le 1 juin 2014

Au moins 50 jeunes embrigadés ont déjà quitté la région. Les services de renseignement sont sur les dents.

Vous aimez cet article ? Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les nouveaux articles de Dreuz, une fois par jour en fin d’après-midi.

La guerre sainte en Syrie se prépare aussi en Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Paca. « Les ados tentés par le jihad, une cinquantaine dans la région, constituent l’une de nos préoccupations majeures. C’est le nerf de la guerre contre le terrorisme », confie un membre des services de renseignement français. Ce spécialiste, sous couvert d’anonymat, poursuit : « C’est souvent un ou des groupes d’individus qui se radicalisent par le biais d’internet, et se retrouvent embrigadés dans des théâtres d’opérations extérieures, par l’entremise de “facilitateurs”, des passeurs qui s’occupent aussi de logistique pour entrer en Syrie. » Et qui leur vendent un rêve empoisonné.

« Ils croient trouver dans ce radicalisme religieux une sorte de refuge, un écho »

Des mots-clés pianotés sur le clavier et les dangers de la Toile s’offrent à des ados plongés dans un mal-être, « une déception sentimentale, un échec scolaire voire des relations conflictuelles avec les parents. Ils croient trouver dans ce radicalisme religieux une sorte de refuge, un écho », raconte l’expert.

« Il n’y a pas de réponse judiciaire adaptée à cette lutte, en France »

La difficulté, « c’est qu’il n’y a pas de profil-type du candidat à la guerre sainte ». Il y a ceux qui ont grandi dans la religion musulmane et qui se radicalisent ensuite mais aussi des convertis. Ce qui complique le travail « de longue haleine » des services de renseignement, qui regrettent qu’il n’y ait pas de réponses concrètes « pour endiguer ce phénomène, que l’on voit s’opérer de plus en plus vers la Syrie. Pourquoi la Syrie ? On peut s’y rendre très facilement, notamment par la Turquie », précise l’expert. Ce dernier pointe : « Une fois qu’ils sont rentrés de leur périple où ils se sont entraînés, on fait quoi ? Ils nous disent évidemment qu’ils y ont fait du tourisme ! Et on se retrouve comme des couillons. En fait, il n’y a pas de réponse judiciaire adaptée à cette lutte, en France. » Si la Syrie est le cœur battant du jihad, l’Afrique n’est pas loin.

Le préfet de région a récemment confirmé que cinquante aspirants au jihad ont déjà quitté la région

Christophe Rouget, du syndicat de la sécurité intérieure, insiste sur l’évolution de la stratégie. « La DGSI, Direction générale de la sécurité intérieure (ex-DRCI), mise en place le 12 mai, essaie de repérer ces apprentis guerriers pour leur expliquer lors d’entretiens préventifs les risques, comme cela se fait en Europe du nord. La lutte contre ce fléau n’est pas que du ressort de la police mais aussi des élus locaux et du monde religieux. » Ancien directeur de la DST, le contre-espionnage, le préfet de région, Pierre de Bousquet, a récemment confirmé que cinquante aspirants au jihad ont déjà quitté la région. De jeunes adultes auraient même été arrêtés à temps. Il en dira peut-être davantage le 13 juin, sur ces jeunes endoctrinés, happés à leur insu, lors de la prochaine réunion du pôle régional de lutte contre l’islam radical.

Via les réseaux sociaux

Président de la commission d’enquête parlementaire sur les réseaux d’islam radical, le député gardois (EELV) Christophe Cavard partage la certitude des spécialistes de la question interrogés au lendemain des errements de l’affaire Merah, du nom de l’auteur de tueries de Montauban et de l’école juive Ozar-Hatorah de Toulouse en mars 2012. Le député dit : « Ces réseaux raffolent de nos zones rurales, parmi les moins bien surveillées, pour y déployer leur toile, y compris sur internet et les réseaux sociaux. »

Un Perpignanais multiplie messages et vidéos à la gloire des « frères de Jabat al nosra »

C’est le cas d’un Perpignanais, dont la seule identité connue est son nom de jihadiste, Abou Abdourahman Al Maghribi (notre édition d’hier). Il revendique sa participation à la guerre sainte en Syrie sur son profil Facebook. Depuis, il multiplie messages et vidéos à la gloire des « frères de Jabat al nosra » qu’il a rejoint après un entraînement militaire. Il avait annoncé son départ dès le 19 décembre dernier.

Sahra, victime elle aussi d’un endoctrinement

Dans les P.-O., au moins une dizaine de jeunes enrôlés seraient ainsi placés sous haute surveillance. Autre exemple, qui fait froid dans le dos, Sahra, une jeune Lézignanaise de 17 ans, lycéenne à Carcassonne (Aude), victime, elle aussi, d’un endoctrinement. Son père la dépose au lycée le matin du 11 mars. Elle s’envolera pour Istanbul, via Marseille. Depuis la région d’Alep en Syrie, où elle dit partager une maison « avec d’autres sœurs », elle donne de ses nouvelles qu’elle s’emploie à rendre rassurantes et communique aussi via Facebook.

Le cas de Nora

C’est le même comportement pour Nora, 15 ans, dont les paroles elles aussi rassurantes sont visiblement sous contrôle. La jeune lycéenne a, le 23 janvier dernier, quitté le domicile familial d’Avignon (Vaucluse). Son frère découvrira qu’elle a un second compte Facebook d’où elle poste des vidéos de femmes appelant au jihad en Syrie. « Nous sommes dans le cas d’une lycéenne sans difficultés scolaires manipulée et exfiltrée de son milieu familial », plaide dans Le Figaro Guy Guénoun, l’avocat de la famille.

Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, 285 jeunes Français combattraient en Syrie et le nombre de candidats au départ connaîtrait une hausse exponentielle.

« SOIXANTE-DIX SIGNALEMENTS TRÈS SÉRIEUX »

Soixante-dix signalements « très sérieux » de candidats au jihad en Syrie ont été répertoriés depuis la mise en place d’un plan gouvernemental et d’un numéro vert (0800 005 696) le mois dernier, et « cinq à six départs ont été empêchés depuis trois semaines ».

« Des gens issus de toutes cultures »

C’est ce qu’affirme le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. « Lorsque l’appel est passé et que nous mobilisons immédiatement nos services sur les territoires où vivent ces personnes, pour qu’elles soient accompagnées, écoutées et pour que ces départs soient empêchés, alors nous faisons œuvre utile », a-t-il ajouté. Parmi ces candidats au jihad empêchés de partir, « il y a des gens issus de toutes cultures, il y a des Français qui n’ont jamais fréquenté la religion musulmane et qui fréquentent plus une radicalité violente sur le net et qui basculent ». Des fonctionnaires de préfecture seront formés en juin à Paris à l’accueil des familles.

Un peu moins de 300 Français seraient donc engagés en Syrie

Un peu moins de 300 Français seraient donc engagés en Syrie. Une centaine d’autres sont « en transit » vers la Syrie, une centaine sont rentrés en France après avoir combattu et vingt-cinq d’entre eux ont été tués. À propos du plan d’action contre le groupe islamiste armé nigérian Boko Haram, le ministre se rend ce mardi en Mauritanie, avec ses homologues du Burkina Faso, du Tchad, de Mauritanie, du Niger et du Mali, pour évoquer notamment la sécurisation des frontières.

http://www.midilibre.fr/2014/05/21/ados-la-tentation-du-jihad%2c863662.php

© Gaïa pour www.Dreuz.info

Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir chaque jour notre newsletter dans votre boîte de réception

Dreuz ne spam pas ! Votre adresse email n'est ni vendue, louée ou confiée à quiconque. L'inscription est gratuite et ouverte à tous

3
0
Merci de nous apporter votre commentairex