Publié par Michel Garroté le 25 juillet 2014

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Michel Garroté, réd en chef –- Comme c’est amusant ! Depuis que dreuz.info existe, j’ai toujours affiché le fait que je suis chrétien, néo-conservateur et pro-israélien. Du coup, lorsque je défends Israël, la gauche allègue que je ne serais pas objectif. En revanche, lorsque la gauche est pro-palestinienne, et, que, dans ce contexte, elle manifeste avec des antisémites, des judéophobes, des israélophobes et des supporters du Hamas, elle serait donc, elle, la gauche, objective. La réalité, c’est que la gauche n’est pas plus objective que moi. Elle est même tout sauf objective. Certes, je défends Israël et je me déclare ouvertement pro-israélien.

Cependant, les faits que j’évoque sont réels. Je connais bien Israël. Ce que j’écris sur le Hamas et le Fatah est vrai. Dans un article que je publie ci-dessous, le journaliste Frédéric Haziza écrit : « Ce n’est pas la France qui est malade du conflit israélo-palestinien. Ce sont plutôt quelques malades qui jouent depuis des années aux apprentis sorciers avec ce conflit ». Détail sans doute éclairant, j’ai été, dans ma jeunesse (concrètement de 1976 à 1979), un gauchiste « antisioniste ». Et à l’époque où j’étais un gauchiste « antisioniste », j’étais, dans ce même cadre, un malade qui jouait avec le conflit israélo-arabe.

Je choisissais le camp de l’OLP avant de dénoncer le conflit. Je ne voulais pas voir que j’étais dans une forme de judéophobie. Je cachais ma haine du Juif derrière mon antisionisme de façade et derrière ma haine de l’Etat d’Israël. Pour moi, dès lors qu’un Juif exprimait son attachement à Israël, il devenait un dangereux « sioniste ». Aujourd’hui, en 2014, je note qu’en France, « l’antisionisme », tel que je l’ai vécu il y a plus de trente ans, est devenu une forme clairement affichée de judéophobie. « L’antisionisme » français est en 2014 une forme de judéophobie décomplexée. Il a ses idiots utiles.

Il a ses Juifs naïfs. Il a ses Juifs alter-juifs, parfois même ses Juifs anti-juif. Dans ce contexte, François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, regrette les ambiguïtés de son parti sur le conflit israélo-arabe (premier article ci-dessous). Frédéric Haziza note que ce n’est pas la France qui est malade du conflit israélo-palestinien, mais que ce sont plutôt quelques malades qui jouent depuis des années aux apprentis sorciers avec ce conflit (deuxième article ci-dessous). Ainsi, François de Rugy et Frédéric Haziza réagissent, entre autre, à une récente tribune écrite par Esther Benbassa sur le Huffington Post français (troisième article ci-dessous).

François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, regrette les ambiguïtés de son parti sur le conflit israélo-palestinien (extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page). François de Rugy ne joindra pas ses protestations à celles d’Emmanuelle Cosse et d’Esther Benbassa. « Avant d’être pour la paix, ils sont pour la Palestine », constate François de Rugy. Il reconnaît des « ambiguïtés » au sein de son mouvement. « Quand nous sommes allés en Israël avec Jean-Vincent Placé pour faire œuvre de clarté (en juin 2013), notre déplacement avait suscité des commentaires internes, nous demandant même de ne pas rencontrer d’officiels ». « Ça nous avait posé question sur certains propos », se remémore-t-il. Il s’inquiète aujourd’hui « d’une phraséologie, de termes graves, autour du conflit qui consiste à parler ‘d’état colonisateur’, ‘d’occupant’, ‘d’apartheid’, de ‘génocide’ ».

Et il ajoute : « toute cette phraséologie remet en question l’existence même d’Israël ». Même si François de Rugy pense que cette ambivalence est entretenue «par une minorité», il relève régulièrement «des propos latents plus qu’explicites.» Et de citer des exemples récents, nés l’intervention de Tsahal à Gaza: «J’ai vu des propos sur des listes de discussions internes. Il y avait plus qu’une ambiguïté. Je sens un glissement sémantique ». «Ces manifestations sont faites avant tout pour choisir un camp avant de dénoncer un conflit», s’agace-t-il. Il regrette «qu’à gauche, on ne veuille pas voir la montée d’une nouvelle forme d’antisémitisme. Je le constate depuis dix ans », précise François de Rugy (fin des extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page).

Frédéric Haziza, journaliste à Radio J et à La Chaine Parlementaire, auteur « Vol au-dessus d’un nid de fachos », paru en 2014 chez Fayard, écrit (extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page) : A une semaine d’intervalle, à Paris, à Asnières, à Sarcelles, des militants pro-palestiniens ont cru pouvoir démontrer leur solidarité avec Gaza en s’en prenant à des synagogues aux cris de « Mort aux Juifs ». Ce qui s’est passé autour de ces synagogues n’a rien à voir avec le conflit israélo-palestinien. Mais c’est plutôt la preuve que l’antisémitisme se répand dans nos quartiers populaires, auprès d’une jeunesse souvent sans repères, sans conscience de l’histoire qui cache sa «haine du Juif derrière un antisionisme de façade et derrière la haine de l’Etat d’Israël. Qu’aurait-on dit si de tels actes, si des attaques de synagogues, si des commerces appartenant à des juifs, avaient été les cibles de militants d’extrême-droite ?

Frédéric Haziza : C’est très simple: ils auraient été dénoncés avec force par la gauche, la droite, le centre, la société civile, le monde intellectuel et médiatique. Mais curieusement, s’agissant de «l’antisémitisme issu de nos quartiers populaires» pour reprendre l’expression du Premier ministre, il y a comme une gêne. Il y a depuis trop longtemps une impunité face à cet antisémitisme des quartiers. Depuis des années, on éprouve des scrupules à le mettre en cause, à le dénoncer, à le combattre. Du coup, il en acquiert une certaine légitimité et il prospère du fait de l’omerta des pseudo-intellectuels. Il suffit pourtant, de surfer quelques instants sur le net et les réseaux sociaux pour constater que l’antisémitisme, y est omniprésent. On l’affiche la haine du Juif aucune retenue, sans aucune censure, avec délectation.

Frédéric Haziza : Il suffit aussi de relire «Les Territoires perdus de la République», publié en 2002 par Emmanuel Brenner aux Editions Mille et une Nuits, pour réaliser que depuis près d’une quinzaine d’années les professeurs de ces quartiers dits sensibles alertaient déjà sur les dérives antisémites perceptibles dans certaines de leurs classes. A l’époque, la gauche bien-pensante, et, bien entendu, très «morale», très comme il faut, avait fustigé l’ouvrage reprochant à l’auteur de pas avoir assez insisté sur le racisme anti-arabe et anti-noir, de ne pas être suffisamment équilibré, et pourquoi pas trop «sioniste». Ce n’est pas la France qui est malade du conflit israélo-palestinien. Ce sont plutôt quelques malades qui jouent depuis des années aux apprentis sorciers avec ce conflit. Des apprentis sorciers qui s’acharnent à entretenir une confusion entre la situation au Proche Orient avec ce qui se passe en France.

Frédéric Haziza : Pour eux, dès lors qu’il exprime de la compassion, sa proximité, son attachement à Israël, le Juif devient un dangereux « sioniste ». C’est-à-dire une cible à traquer, à discréditer voire à menacer sur le net et les réseaux sociaux. Pire même, il se trouve un certain nombre de grands esprits, d’immenses experts, de puissants intellectuels, pour laisser entendre que ce sont les Juifs qui créent l’antisémitisme. Ce qui s’est passé depuis le 13 juillet à Paris, à Asnières, à Sarcelles est une ignominie. C’est un véritable traumatisme pour les Juifs de France. La lutte contre l’antisémitisme, contre toute forme de racisme, est consubstantielle aux valeurs de la République. Il est dangereux de faire croire que dans notre pays, tout se résumerait à une opposition binaire entre juifs et musulmans sur fond d’importation du conflit israélo-palestinien. La République représente justement cet élan pour vivre ensemble sans exclusive. Il est du devoir des Républicains, de le rappeler, de s’unir et de faire du retour à la cohésion sociale une «grande cause nationale», précise Frédéric Haziza (fin des extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page).

Le 24 juillet, sur le Huffington Post français, Esther Benbassa, Sénatrice EELV, écrivait (extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page) : Si j’ai manifesté hier (ndmg – 23 juillet), c’est aussi pour dire que s’opposer à la politique de M. Netanyahou n’est pas le pré carré de je ne sais quelle « confession » (musulmane). C’est pour crier, avec force, avec tant de gens qui me ressemblent et qui ne me ressemblent pas, au-delà de nos appartenances réelles ou supposées à une religion ou à un parti, contre les violences et les massacres subis par les Palestiniens. Ceux qui manifestaient hier et qui manifesteront demain, dans leur immense majorité, ne sont pas antisémites.

Esther Benbassa : Ils pleurent les morts à Gaza. Ils se révoltent contre le silence des Occidentaux, l’asymétrie des situations et des forces, l’occupation, le blocus, et tant de vies sacrifiées dans une guerre qui est, quoi qu’on dise, une guerre d’occupation. C’est aussi de savoir entendre, derrière l’antisémitisme que vous (ndmg – “vous” c’est Valls) dénoncez à raison, l’écho des rancœurs bien réelles de quartiers populaires pour lesquels vous n’avez rien fait, enterrant qui plus est notre “politique de la ville”. Ces gens attendaient beaucoup de ce gouvernement, ils avaient voté PS. Les explosions de Barbès et de Sarcelles sont aussi des “émeutes de banlieue”, précisait Esther Benbassa (fin des extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page).

Reproduction autorisée avec mention :

M. Garroté réd chef www.dreuz.info

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Sources :

http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2014/07/24/25002-20140724ARTFIG00382-de-rugy-constate-qu-a-eelv-ils-sont-pour-la-palestine-avant-d-etre-pour-la-paix.php

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/07/22/31001-20140722ARTFIG00338-haziza-on-a-trop-longtemps-fait-preuve-d-impunite-face-a-l-antisemitisme-des-quartiers.php

http://www.huffingtonpost.fr/esther-benbassa/manif-pro-gaza_b_5616724.html?utm_hp_ref=france

   

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