Publié par Michel Garroté le 29 août 2014

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Michel Garroté, réd en chef –- Daniel Pipes, président du Middle East Forum, estime que l’État islamique (EI) ne survivra pas et il écrit à son propos (extraits adaptés ; voir liens vers sources en bas de page) : Confronté à la double hostilité de ses voisins, l’EI ne survivra pas. Dans le même temps il laissera un héritage. Peu importe le sort calamiteux du calife Ibrahim et de sa troupe sinistre, en faisant à nouveau du califat une réalité, ils ont réussi à ressusciter une institution fondamentale de l’islam. Désormais, les islamistes du monde entier porteront haut ce moment de gloire brutale et s’en inspireront.

Voici ce à quoi je m’attends plus précisément dans l’avenir concernant le legs de l’actuel EI : Maintenant que la glace est brisée, d’autres islamistes ambitieux vont se montrer plus audacieux et se proclamer calife avec le risque de prolifération du phénomène dans des régions allant du Nigéria ou de la Somalie à l’Afghanistan ou l’Indonésie, voire au-delà. La proclamation d’un califat a des implications majeures : elle permet d’exercer un attrait sur les djihadistes de toute l’oumma – la communauté formée par l’ensemble des musulmans dans le monde – mais elle contraint aussi le califat à établir son autorité souveraine sur un territoire.

Depuis la disparition effective du califat en 1924, c’est l’État saoudien qui a repris, en quelque sorte, le rôle de calife. Avec l’apparition du califat établi à Raqqa, le roi saoudien et ses conseillers seront fortement tentés de proclamer leur propre version du califat. Si l’actuel Gardien des deux saintes Mosquées – comme le monarque aime à se faire appeler – qui vient de passer le cap des 90 ans, ne prend pas le titre, ses successeurs le pourraient bien et feraient ainsi advenir le premier califat fondé au sein d’un État reconnu officiellement.

La République islamique d’Iran, la grande puissance chiite, pourrait faire de même en proclamant l’imamat afin de ne pas se laisser distancer par les sunnites de Riyad et deviendrait alors le deuxième État califal officiel. Cette prolifération de califes va encore renforcer l’anarchie et exacerber l’hostilité au sein des peuples musulmans. La situation va bien vite engendrer les désillusions. Les différents califats ne garantiront ni la sécurité des personnes, ni la justice, ni la croissance économique, et ne produira pas d’avancée culturelle.

Les uns après les autres, ces États universels autoproclamés s’effondreront, se feront envahir ou laisseront tomber leurs projets grandioses. La folie des créations de califats prendra fin d’ici quelques dizaines d’années pour laisser se réinstaller les conditions qui prévalaient grosso modo avant le 29 juin 2014. On regardera alors cette période d’éruption califale comme une anomalie anachronique, un obstacle à la modernisation de l’oumma et comme un mauvais rêve. Bref, la proclamation du califat le 29 juin 2014 fut un événement majeur. Le fait que cette institution dépassée dans les faits depuis longtemps soit restaurée, laisse présager bien des traumatismes, conclut Daniel Pipes (fin des extraits adaptés ; voir liens vers sources en bas de page).

De son côté, Michael Segall, membre du Jerusalem Center for Public Affairs, écrit (extraits adaptés ; voir liens vers sources en bas de page) : La situation actuelle est assombrie par des menaces qui rappellent les confrontations des empires perse et ottoman avec les puissances occidentales. Aujourd’hui, comme hier, l’Iran et la Turquie se disputent l’hégémonie de la région tout en voulant détruire l’union de la nation arabe. Des vents sunnites extrémistes et djihadistes soufflent de partout. Les frontières étatiques tracées depuis les accords Sykes-Picot s’effacent et les djihadistes balayent toute opposition ou changement vers le modernisme. La terreur, les massacres systématiques et les décapitations ciblent toutes les communautés non musulmanes installées dans la région depuis la nuit des temps. Tous fuient les envahisseurs sanguinaires et cherchent désespérément un havre de paix.

Dans ce contexte, les djihadistes sunnites de l’Etat islamique constituent une menace réelle pour les ayatollahs et la stratégie iranienne consistant à établir une suprématie chiite en Syrie et au Liban. Une terrifiante question se pose : celle concernant l’avenir du projet nucléaire iranien en échange d’une vague promesse de Téhéran d’aider à chasser les islamistes sunnites et de favoriser la stabilisation de l’Irak. L’Iran chiite continue à aider le régime d’Assad avec un soutien considérable du Hezbollah. La Turquie et les pays du Golfe soutiennent toujours l’opposition sunnite, composée aussi de groupes djihadistes comme al-Qaeda.

L’un des principaux dangers découlant de l’expansion de l’Etat islamique est la propagation du terrorisme mondial au-delà des frontières de l’Irak et de la Syrie, voire de l’Iran qui demeure une cible préférentielle des djihadistes. Les organisations islamiques radicales dans le monde arabe, comme celles existantes en Libye et en Tunisie, ont déjà exprimé leur soutien inconditionnel à l’Etat islamique. Dans le sud de la Jordanie, elles ont même organisé des manifestations favorables aux combats des djihadistes en Irak et ont brandi des bannières frappés du sigle de l’Etat islamique. Les risques d’attentats sont probables dans plusieurs pays, notamment au Liban et en Iran où les Gardiens de la Révolution tentent de les déjouer par tous les moyens.

Les Lieux saints des différents courants de l’Islam sont aussi devenus un enjeu dans le rapport des forces entre Téhéran et l’Etat islamique. L’Iran accuse l’Arabie Saoudite, les Etats du Golfe et même Israël de soutenir l’expansion de l’Etat islamique vers sa frontière orientale. Le journal conservateur Resalat accuse « l’Etat sioniste de chercher à réaliser ses plans sataniques pour diviser les Etats de la région et détruire l’union au sein des musulmans ».

Enfin, bien que les négociations sur le projet nucléaire ne soient pas en relation directe avec les développements en Irak, leur dénouement aura probablement un impact décisif sur les enjeux et les rapports de forces régionaux. L’Iran essayera comme par le passé de réduire temporairement son implication en Irak pour mieux faire avancer ses intérêts communs avec l’Occident et obtenir des concessions.

Tout dépendra de la conduite de l’administration Obama, qui a déjà perdu plusieurs atouts. Des concessions américaines sur le nucléaire iranien mettraient en péril le rôle des Etats-Unis dans la région, en particulier dans le golfe Persique, et aggraveraient encore le combat millénaire entre sunnites et chiites dans un contexte atomique beaucoup plus dangereux, conclut Michael Segall (fin des extraits adaptés ; voir liens vers sources en bas de page).

Reproduction autorisée avec mention :

Michel Garroté réd chef  www.dreuz.info

http://www.danielpipes.org/14791/caliphate-trauma et http://jcpa.org/article/iran-and-the-isis-challenge/

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