Publié par Gilles William Goldnadel le 19 août 2014

Goldnadel
A l’occasion de la semaine sainte, Gilles-William Goldnadel fustige la bien-pensance de certains médias dans leur traitement du conflit israélo-palestinien, mais espère que le grand public ouvrira les yeux sur les exactions du Hamas.

La semaine sainte fut décidément à la repentance. Luc Tangorre à nouveau sous écrou. Pour ceux qui auraient oublié ce nom de bandes dessinées, il s’agit de cette icône de la gauche pétitionnaire des années 80.

L’homme, condamné pour quatre viols qu’il niait farouchement en dépit d’un dossier accablant, se vit prendre en charge par un comité de soutien progressiste aux accents dreyfusards.

Celui-ci, mené tambour battant par Marguerite Duras et Pierre Vidal-Naquet, frère de l’avocat du condamné – obtint par voie d’ écrits indignés, la grâce sanctificatrice de François Mitterrand.

Luc entrait dans le saint des saints des innocents forcément innocents, au même titre que Klaus Croissant, Pierre Goldman et bientôt Omar Raddad.

Las, quelques années plus tard, Tangorre était condamné pour le viol de deux étudiantes américaines, ce qui obligea Pierre Vidal-Naquet à faire amende honorable.

Il n’est pas sûr que les victimes s’en trouvèrent rassérénées. Pas davantage que cette enfant qu’aurait agressée dans le chaud de l’été, l’ancien protégé de la gauche impériale.

Si les pétitionnaires survivants ont une conscience, elle pourrait leur peser.

Un journal du soir a regretté dans un éditorial d’avoir approuvé, sans doute sous le coup de l’émotion, l’intervention militaire contre Kadhafi. Il faut dire que le spectacle d’une Libye dévastée, aux arsenaux pillés, livrée à la bestialité des milices islamistes, a pu accélérer cette tardive réflexion. Il faut dire aussi que ce journal n’a pas eu le monopole de l’approbation funeste, et que gauche et droite, sur la question, étaient malheureusement unies dans l’erreur commune.

Le même quotidien vespéral, décidément dans l’introspection nostalgique, a déploré avoir moqué le regretté Simon Leys, récemment décédé, lorsque celui-ci tailla un costard sur mesure au communisme chinois dans les «habits neufs du président Mao». Voilà Leys, après avoir fait l’objet d’une rééducation morale et culturelle, aujourd’hui encensé et prestement embaumé.

[column col= »1/4″]Nos chrétiens de gauche ou nos néo-staliniens ont conservé le goût de la mortification et de l’autocritique à grand retardement[/column]

Décidément, la poésie politique est un art grandiloquent et dangereux. Les esthètes qui la pratiquent, et qui préfèrent avoir tort avec Sartre que raison avec Aron, n’écartent pas l’hypothèse de commettre des erreurs par excès de bonté. Qu’importe, nos chrétiens de gauche ou nos néo-staliniens ont conservé le goût de la mortification et de l’autocritique à grand retardement.

Il faut dire que l’exercice ne coûte pas cher et est censé grandir le repentant.

Pour ma part, je n’y verrais pas d’inconvénients, si j’estimais la contrition utile.

Hélas, les mêmes recettes empoisonnées à l’arsenic du conformisme hautain, au curare du terrorisme intellectuel et au cyanure de la désinformation idéologique n’ont pas varié depuis 68. Seules les victimes de l’intoxication au plomb d’imprimerie se sont succédé au travers les générations malmenées.

Trop tard pour les Chinois, les Libyens, les chrétiens d’Irak et les victimes des faux Dreyfus.

Pour les Israéliens, je reconnais à l’odeur et au goût, les vieilles recettes et leurs ingrédients épicés

De Tel Aviv où je me trouve , et actualité oblige, on me permettra de me poser la question pour les Israéliens, tant je reconnais à l’odeur et au goût, les vieilles recettes et leurs ingrédients épicés.

Je ferai grâce à mon lecteur d’une énième analyse sur une guerre asymétrique, disproportionnée par essence, contre un mouvement terroriste qui cherche à tuer les enfants des autres et à faire tuer les siens. Celui-ci aura gagné son combat médiatique en échouant à assassiner les gamins ennemis tout en réussissant à faire tuer de petits gazaouis.

A la lumière glauque de l’idéologie gauchisante qui précède, et qui continue d’éclairer la médiacratie européenne, cette guerre de l’émotion ne pouvait être perdue, dans ce match opposant l’Orient et l’Occident, l’innocent a priori et le coupable au pilori.

Il n’en demeure pas moins que l’éclairage se fait moins brillant, tel un astre mort qui l’ignore encore. Raison pourquoi les sondages montrent qu’une partie du public se protège du bombardement médiatique en se bardant d’un scepticisme grandissant.

Ainsi, et pour la première fois, le public a compris l’instrumentalisation par le mouvement terroriste islamique du bouclier humain que constitue sa population, avec une prédilection particulière pour ses sanctuaires comme base guerrière, tels que les mosquées, les hôpitaux et les écoles.

Encore faut-il observer-et c’est tout mon propos d’aujourd’hui-que cette compréhension nouvelle n’a pu être obtenue que par une analyse essentiellement déductive, tant l’idéologie médiatique encore au pouvoir aura largement utilisé ses vieilles recettes basées sur son système de focalisation-occultation pour accabler l’État démocratique judéo-occidental détesté par essence.

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À ce stade, quelques exemples sont nécessaires à l’illustration d’un propos forcément dérangeant.

– Le journal du soir que j’évoquais plus haut a ouvert ses colonnes pour interviewer uniquement deux intellectuels israéliens de la gauche extrême: Gédéon Lévy et Zeev Sternhell. Les deux sont connus pour être des contempteurs hypercritiques de tous les gouvernements israéliens qui se sont succédé.

Un peu comme si un journal chinois n’interrogeait que Besancenot et Duflot pour connaître le point de vue français en matière de politique étrangère.

Des personnalités arabes et même palestiniennes qui expriment une opinion très critique sur le Hamas

Dans le même temps, et cela ne concerne pas que le quotidien vespéral, le public européen ignore totalement qu’il existe des personnalités arabes et même palestiniennes qui expriment une opinion très critique sur le Hamas. Je renvoie ce public désinformé sur l’interview édifiante par les télés américaines de Mosab Hassan Yousef, fils d’un fondateur du mouvement terroriste qui approuve sans ambages l’opération israélienne ou encore sur cet article de Bassem Eid, intellectuel arabe de la même farine qui prie pour l’éradication du Hamas, qui n’auront aucune chance de contrebalancer dans la presse européenne convenue les articles des Israéliens hypercritiques systématiquement mis en avant.

– À la différence du public américain, la presse conformiste a dissimulé soigneusement les plaintes de journalistes occidentaux sortant de Gaza quant aux menaces dont ils ont fait l’objet des lors qu’ils voulaient filmer les combattants du Hamas utilisant les sanctuaires civils comme base de lancement de missiles. De même, les exécutions de «collaborateurs» ou de manifestants ont été traitées avec une égale et délicate discrétion.

Je n’ai pas vu non plus une grande publicité données aux enquêtes réalisées par le New York Times ou la BBC, pourtant peu soupçonnés de tropisme pro israélien, sur les mensonges des bilans chiffrés par le Hamas de ses victimes civiles ou combattantes, bilans accueillis avec la même confiance que s’ils émanaient du Moniteur ou du Journal Officiel.

– Enfin, que penser de cette absence de toute réaction d’une presse ordinairement sentencieuse, à la nouvelle de la nomination de M. Shabas pour présider la Commission d’Enquête ad hoc de l’ONU. Celui-ci s’étant fait remarquer précédemment pour avoir demandé, dans le cadre du très orienté tribunal Russel sur la Palestine, autoproclamé pour enquêter «sur les crimes de guerre commis par Israël», la comparution de Shimon Peres, prix Nobel de la paix, devant le Tribunal Pénal International.

À ce stade de constatation de l’abolition sélective de tout esprit critique, est-il permis à un observateur engagé mais qui n’a pas renoncé à son honnêteté, de se dire désabusé ?

Lorsque dans dix ans ou moins, quelque journaliste ou intellectuel en mal de mortification se livrera à un exercice de repentance sur la question d’Orient, je ne suis pas sûr qu’il devra compter sur la miséricorde des israéliens affligés ou sur celle d’un public qui devient chaque jour plus difficile à mystifier.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro.

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