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Publié par Guy Millière le 26 septembre 2014

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Tout pourrait sembler avoir été dit sur la civilisation romaine antique, sur son essor, puis sa chute.

Des ouvrages devenus des classiques ont été consacrés au sujet. De grands historiens ont consacré leur vie á l’étudier. Dans un essai bref (Rome, du libéralisme au socialisme*), dense, très bien écrit, d’une érudition remarquable, Philippe Fabry n’en parvient pas moins á apporter des explications nouvelles.

Rome, dit-il, a dû son essor au règne du droit et à la liberté économique, et a sombré ensuite peu à peu en devenant une société socialiste.

Rome, dit Philippe Fabry, a d’abord été une société basée sur une « volonté des Romains de se protéger de la tyrannie ». Et deux moyens complémentaires ont été mis en oeuvre pour cela: « la limitation du pouvoir des dirigeants et l’affirmation de droits fondamentaux individuels ». Ces moyens ont commencé à se détériorer lorsque Rome a laissé l’enrichissement par la prédation l’emporter sur l’enrichissement par la production. « La conquête soudaine de vastes territoires a bouleversé le modèle socio-économique romain en provoquant un afflux de richesse considérable gagnée non par le travail et le commerce et sans commune mesure avec les butins de guerre ramassés au gré des guerres très limitées menées jusque là ». A résulté un « capitalisme d’Etat », ou « socialisme par le haut » : « la classe riche acquiert un capital (terres et esclaves) avec l’aide de l’Etat et bénéficie ensuite seule de son exploitation ».

La « stérilisation économique » alla de pair avec une « stérilisation démographique »

Ce « socialisme par le haut », note Philippe Fabry, se met en place très tôt, dès le troisième siècle avant notre ère, à la fin de la deuxième guerre punique, lorsque Rome triomphe de son principal ennemi, Carthage, et « devient maitresse de toute la Méditerranée occidentale ». Ont suivi des épisodes de « socialisme par le bas », à base de redistribution, « chaque classe souhaitant user de la puissance publique à son avantage », des guerres civiles suivies de remises en ordre, puis l’instauration d’un Léviathan « appelé empire ». Ce Léviathan fut d’abord dictature autoritaire. Il devint dictature totalitaire. La dictature totalitaire conduisit à ce que Philippe Fabry appelle la « soviétisation » de l’empire, qui conduisit à l’effondrement de celui-ci. La « stérilisation économique » alla de pair avec une « stérilisation démographique ». L’étouffement s’ajouta à l’étouffement.

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L’empire d’Occident a disparu dès le cinquième siècle de notre ère, laissant place au féodalisme. L’empire d’Orient a pu sembler durer plus longtemps. Il n’en est rien, insiste Philippe Fabry. Deux siècles après la chute de l’empire d’Occident, il ne restait qu’un grand royaume grec résiduel. L’empire d’Orient n’a vécu plus longtemps que parce que « la cause efficiente de la chute, les invasions barbares » ne s’y est présentée que plus tardivement.

Philippe Fabry tire de son analyse une comparaison avec l’époque présente et, précisément, avec les Etats Unis. Eux aussi, dit Philippe Fabry, ont connu leur essor grâce au règne du droit et à la liberté économique. Eux aussi, ajoute-t-il semblent glisser vers le socialisme, quand bien même les dés ne semblent pas encore jetés.

L’analyse que Philippe Fabry propose de Rome est féconde, et novatrice, et quand bien même il utilise des catégories économiques et politiques modernes pour analyser une société ancienne, il le fait d’une manière intelligente, et qui donne à penser, ce pourquoi je recommande vivement la lecture de son livre.

La comparaison qu’il fait avec les Etats Unis est, pour partie, pertinente, mais plus hâtive à mes yeux. Il est exact que des systèmes de redistribution de type socialiste se sont mis en place aux Etats Unis. Il se met en place aussi une forme de socialisme par le haut, particulièrement net sous Obama, qui ne se contente pas du socialisme par le bas, qu’il accentue par ailleurs. Cela dit, la guerre de Sécession ne peut être expliquée par une inégalité de traitement entre Etats du Sud et Etat du Nord: le Sud, esclavagiste, avait un fonctionnement économique peu propice aux gains de productivité et à l’innovation, le Nord était en voie d’industrialisation. La question de l’esclavage a joué un rôle essentiel, qui ne peut être sous estimé. L’Europe a été effectivement, depuis 1945, un protectorat américain, mais réduire la différence de traitement accordée par les Etats Unis à l’Europe, d’une part, et au reste du monde d’autre part, au respect donné à la « civilisation mère » laisse de côté les différences de capital culturel entre civilisations, et l’existence du risque totalitaire en divers points de la planète. La crise de 2008, par ailleurs, n’est pas due seulement au « quantitative easing » pratiqué par la Fed, mais aussi à des décisions redistributrices et interventionnistes au coeur desquelles il y a l’émergence des prêts subprime.

Pour autant, ce qui concerne les Etats Unis vient à la fin du livre, et n’en constitue qu’un fragment. Que ce que je viens d’écrire sur ce fragment ne dissuade aucun lecteur. Ceux qui liront ce que Philippe Fabry écrit sur Rome en sortiront intellectuellement plus riches.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour Dreuz.info.

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