Publié par Jean-Patrick Grumberg le 3 septembre 2014

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Le 1er août, en raison de la situation sécuritaire catastrophique, tous les vols internationaux vers la Libye étaient suspendus.

Le 2 août, Mohamed Frikha, président de la compagnie aérienne tunisienne Syphax, déclarait au micro de Shems FM que deux Airbus-A320 appartenant à la compagnie libyenne Afriqiya avaient disparu de l’aéroport Misrata, en Libye, fermé le 14 juillet en raison des affrontements à l’aéroport international de Tripoli dont il dépend.

« Je trouve très étrange que deux avions disparaissent de la sorte, d’autant plus que les auteurs ont procédé avec beaucoup de technicité, car ils ont désactivé le système GPS des appareils », expliquait-il à la radio, ajoutant que « les autorités libyennes ignorent où ils sont ».

Le 6 août, le site internet algérien al-Fadjr annonçait que 11 avions avaient disparu de l’aéroport international de Tripoli pendant les combats entre les nationalistes de l’organisation Zintan qui tenaient l’aéroport depuis 3 ans et résistaient aux islamistes, et des milices libyennes regroupées sous le nom de Cellule des révolutionnaires libyens, une coalition d’islamistes considérée comme étant la branche armée des islamistes au parlement.

Au moment des faits, les grandes agences (AP, Reuters…) sont restées silencieuses. L’information sur les 11 avions volés était considérée comme « peu crédible ». La disparition des deux avions de ligne d’Afriqiya, elle, était « minimisée » : l’Algérie, la Tunisie et le Maroc déclaraient que les probabilités d’un attentat terroriste sur leur sol étaient très faibles.

Ajoutant à la confusion, Médias 24, un site d’information économique marocain, affirmait que les deux avions Airbus d’Afriqiyah Airlines avaient bien disparu de l’aéroport de Misrata au lendemain des combats sur le tarmac de l’aéroport de Tripoli le 15 juillet dernier, mais qu’ils étaient gardés en lieu sûr ailleurs, et que leur propriétaire, Air Contractors, les avait mis à l’abri sur l’aéroport de La Valette à Malte, Afriqiyah Airlines étant client de Air Contractors, compagnie spécialisée dans la location et le leasing des avions. Médias 24 ajoutait que le propriétaire avait été alerté par la compagnie, qui avait constaté le vol des transpondeurs des avions.

Info ou intox, le 14 août, les services de renseignement occidentaux commençaient à s’inquiéter, et plusieurs rapports d’agences de presse commençaient à circuler au sujet des avions disparus.

Un premier indiquait que « des Jihadistes ont volé plusieurs avions de ligne commerciale en Libye, augmentant les craintes des services de renseignements sur un possible attentat terroriste à l’approche du 13e anniversaire des attentats du 11 septembre ».

Depuis 15 jours, des rapports des services du renseignement sont en effet diffusés dans divers départements du gouvernement américain, faisant état d’avions de ligne volés, avec l’avertissement que un ou plusieurs de ces avions pourraient servir à une attaque pour marquer l’anniversaire de l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles de New York et Washington et le 2e anniversaire de l’attentat terroriste contre la mission diplomatique des Etats Unis à Benghazi qui a couté la vie au consul Stevens et à trois agents américains.

Selon les rapports, les services de renseignement n’ont pas la confirmation du vol des avions de ligne, et ils cherchent en ce moment à localiser et rencenser la flotte des avions des compagnies aériennes nationales libyennes, dans un climat de guerre civile entre les différentes milices islamistes.

La flotte de la compagnie d’état Libyan Airlines était composée, jusqu’au début de l’été, de 14 avions de lignes et de transport de marchandises, dont 7 Airbus 320s, 1 Airbus 330, 2 ATR-42 français, et 4 Bombardier CJR-900s. Afriqiyah Airways, l’autre compagnie d’état, possédait 13 avions, dont 3 Airbus 319s, 7 Airbus 320s, 2 Airbus 330s, et 1 Airbus 340.

Il y a quelques jours, Al Jazeera confirmait que les services de renseignement occidentaux ont mis en garde contre la menace d’attentats qui pourraient être menés dans la région par 11 avions de lignes volés.

En réponse, la Tunisie et l’Egypte interrompaient tous leurs vols depuis et vers la Libye, et les armées marocaine, algérienne, tunisienne et égyptienne ont été mises en état d’alerte maximum.

Abderrahmane Mekkaoui, un expert militaire marocain, a déclaré à la télévision Al Jazeera, qui n’a rapporté le vol des avions que le 21 août, que l’alerte contre des possibles attentats terroristes était préventive et qu’elle couvrait toute la région depuis le Caire à Lagos au Nigeria.

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Selon Mekkaoui, les avions auraient été dérobés par un groupe libyen du nom de « Brigade des hommes masqués », classée organisation terroriste par le Département américain en décembre 2013, et affiliée à al Qaïda et Ansar al Sharia. Ce groupe serait également derrière l’attaque du consulat américain de Benghazi du 11 septembre 2012.

Mekkaoui a ajouté que “des sources crédibles” indiquent que la brigade des hommes masqués envisage d’utiliser les avions contre un état du Maghreb, le jour de l’anniversaire du 11 septembre.

L’expert en contre terrorisme Sebastian Gorka, de l’université des Corps de Marine de Quantico, en Virginie, a commenté en indiquant que si le vol est confirmé, les avions volés pourraient être utilisés de deux différentes façons :

  • “La première consiste, comme pour les attentats du 11 septembre, à transformer un moyen de transport parfaitement inoffensif en un missile super précis au potentiel immense.”
  • “La seconde tactique pourrait être de faire atterrir les avions avec une armée de terroristes à son bord, sur un aéoroport commercial.”

Michael Rubin, spécialiste du contre terrorisme auprès de l’American Enterprise Institute, confirme, et indique que des avions de ligne entre les mains de terroristes représentent une arme formidable, comme l’a montré le 11 septembre 2001.

“Qui a besoin de missiles balistiques quand vous disposez d’avions de transport de passagers ? Même vides, mais avec leur plein de kérosène, ils peuvent créer un désastre,” explique Rubin, qui ajoute que “chaque avion peut, s’il est déployé par des terroristes au maximum de son effet dévastateur, fait un millier de morts.”

Une des cibles possible, ajoute Rubin, serait les centres urbains et les cibles économiques, comme les puits de pétrole d’Arabie Saoudite.

“Quiconque a survolé l’Arabie saoudite de nuit a remarqué les raffineries de pétrole comme Yanbu allumées comme un arbre de Noël dans le noir du désert,” dit Rubin. “Un officier de sécurité saoudien m’a expliqué un jour qu’il n’aurait que 90 secondes pour abattre un avion piraté, avant qu’il n’atteigne une des rafineries les plus importantes de la région.”

Dans Media 24, le journaliste Jamal Amiar indique que des batteries anti-aériennes sont déployées à Casablanca, Mohammedia, Marrakech, Tanger et Jorf Lasfar depuis 15 jours, et qu’un média saoudien, dont le nom n’est pas précisé, ferait état que des avions militaires auraient été également dérobés.

Le ministre de l’Intérieur marocain Mohamed Hassad a annoncé l’élévation du niveau de vigilance, et «les Casablancais découvrent un arsenal militaire impressionnant installé au niveau de la corniche de la ville, pas loin du phare El Hank», indique le site internet marocain «Tel Quel», montrant des photos du déploiement des forces royales. Les médias Assabah, Al Ahdath et Al Massae confirment cette tendance à la panique.

Assabah précise même que «les départs en congé des officiers et sous-officiers ont été interrompus, signe d’une mobilisation de l’armée».

Sur Presse DZ, site d’actualité algérien qui cite le quotidien Le Soir d’Algérie l’information de la CIA sur un probable détournement de onze avions civils libyens se précise, et la menace d’un attentat terroriste aérien sur le Maghreb devient plus qu’évidente.

Les Etats Unis ont par ailleurs publié une alerte déconseillant aux voyageurs américains de se rendre en Algérie pour des raisons de sécurité, suivis par l’Italie. Le ministère italien des Affaires étrangères a publié un communiqué dans lequel il rappelle que «la sécurité en Algérie souffre de l’instabilité dans la région du Sahel ».

Et fait plus qu’étrange, toujours pas une ligne dans les médias francophones…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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