Publié par Gilles William Goldnadel le 8 septembre 2014

Goldnadel

Pour Gilles-William Goldnadel, le scandale déclenché par la parution du livre de l’ancienne compagne de François Hollande n’est que le résultat de la transparence appliquée en politique.

Dussé-je décevoir certains amis lecteurs, qu’ils ne comptent pas sur moi pour tirer parti du livre d’une ancienne maîtresse, écrit pour accabler son compagnon d’hier.

J’ai beau avoir la dent assez incisive contre Monsieur Hollande, je ne l’accrocherai pas à des crocs de boucher sur la base de ragots.

Je ne me laisse pas conter de règlement de comptes et ne fait pas crédit à l’amant éconduit.

Je sais la cause perdue -ce sont celles que j’aime- mais tient trop à cette frontière entre la vie ouverte et celle qui est fermée, pour faillir à la règle par opportunité.

Je sais bien, d’autre part, comment et vous et moi, nous nous laissons aller dans notre intimité à plaisanter sans du tout mal penser, pour ne pas en tenir une mauvaise rigueur, fusse à des adversaires.

Lorsqu’ici même, je prenais la défense de Sarkozy et de son avocat, leurs confidences malignement captées, divulguées, raillées à l’infini avec une fausse indignation mais une jubilation vraie, je fus taxé de partisan par de petits esprits.

Je m’insurgeais alors contre les conclusions tirées de la formule «sur ces bâtards de juges», qu’un robin plaisantin peut oser auprès de son client.

Que mon lecteur à droite m’autorise même licence à l’égard des propos prêtés au premier des Français sans y voir une soudaine faiblesse pour la gauche au pouvoir.

Je ne veux pas savoir, et j’aurais même aimé ne pas en discourir, si François Hollande a parlé des «sans dents» et comment il l’aurait fait.

Et j’aurais souhaité un président de plus de caractère qui n’aurait répondu que par son seul mépris.

Je laisse les imposteurs qui se prétendent les représentants de la société des édentés en tirer le plus mauvais parti.

Il m’aura suffi de constater que le candidat Hollande a menti comme un arracheur de dents dans ses promesses aux humbles, pour me faire une idée d’un magistère bientôt calamiteux.

Peu me chaut de savoir s’il aime les pauvres, s’il déteste les riches, car ni la politique, ni la justice ne sont affaires d’amour.

Je savais simplement que ni lui ni son parti ne feraient l’affaire et des uns et des autres.

Reste à savoir pourquoi une majorité, peut-être masochiste, a fait semblant d’y croire, rien que pour le plaisir de s’en plaindre aujourd’hui.

Mais il y a plus grave, qui fait que je ne veux rien savoir de déballages intimes et invérifiables propagés à l’envi.

Le mal dont souffre la France tire un poison mortel dans ce principe de transparence morale qui fait qu’un journaliste là, un éditeur ici ou un juge demain aille jusque dans les latrines pour puiser le venin.

Ce mal court à grand bruit, il grandit et s’étend électroniquement sur tous les réseaux que l’on dit sociaux, quand un peuple déifié, soudainement intronisé arbitre des inélégances, et presque schizophrène, se fait à la fois et procureur aveugle et voyeur indécent.

En ce domaine, la gauche, comme toujours, aura été à la pointe d’une intransigeante modernité venue d’outre-Atlantique.

Et aujourd’hui encore, c’est Médiapart, pionnier en ce domaine, qui prend la défense de l’œuvre de plume de la femme offensée, au nom de toutes les femmes pareillement insultées.

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Allant même plus loin, François Hollande y est peint comme sourd aux souffrances et des femmes… et des palestiniens…

Quant au Monde, «Merci pour ce moment», y est présenté comme «événement littéraire». Rien de moins.

Cette transparence morale célébrée, chérie, défendue, se doit de s’exercer dans tous les domaines: financiers, idéologiques, professionnels ou privés.

Il est vrai que la gauche si gentille, si moderne et si intelligente ne veut plus de frontières, ni murs, ni barrières, ou limites.

Ni entre les peuples, ni entre les individus, ni même entre les sexes.

Il n’est plus de secret d’État qui soit respectable: du fugitif Snowden au claquemuré Assange, en passant par Manning, le déséquilibré, tous font figure de héros sanctifiés.

Gare à celui qui se hasardera à une mauvaise plaisanterie sur l’origine ou le sexe, une boutade grivoise, ou une confidence distraite à proximité d’un micro baladeur indiscret.

Les expressions «confidentiel», «blague», «privé» deviennent des gros mots.

Que vive la transparence intègre et intégrale! Et tant pis si la gauche morale fait encore les frais de ses écarts abyssaux entre discours théorique et comportement pratique: du premier des Français, à Dominique Strauss-Kahn vendu par Marcela Iacub, via le Nouvel Observateur, au nom de la liberté de création artistique absolue.

Jusqu’à une comète ministérielle nommée Thévenout, disciple de Cahuzac, pourfendeur tout le jour de la fraude fiscale, mais s’endormant la nuit sur ses déclarations.

Il était un bon temps au royaume de France ou nul n’était inquiété pour des histoires de fesses ou des histoires drôles racontées à bas bruit.

Il y a beau temps. C’était avant que triomphe l’empire du bien et de la bienséance. Il aura fallu pour cela que l’Amérique médiatique, hypocrite et puritaine et la gauche moderne prude le lundi mais catin le mardi, conjuguant leurs efforts, s’occupent de notre bonheur d’être informé de tout.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro.

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