Publié par Jean-Patrick Grumberg le 3 septembre 2014

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« En 2006, ils [le Hamas] ont installé des explosifs sur la route. Ils voulaient me faire sauter. Ils ont également construit un tunnel sous ma maison à Gaza. Voilà un CD où leurs conversations sont enregistrées », a déclaré Abbas lors de sa rencontre avec le Sheikh du Qatar Tamim bin Hamad à Doha le 21 août, selon les minutes de leur rencontre révélées hier mardi 2 septembre dans le journal libanais Al-Akhbar, affilié avec le Hezbollah et le régime Assad.

Le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a publiquement accusé le Hamas d’avoir cherché à le renverser, selon le compte rendu de la rencontre avec le sheikh qatari rapporté mardi, indiquant l’étendue de l’animosité entre le leader palestinien et son rival islamiste.

Les minutes de la réunion dont le quotidien libanais s’est procuré une copie ont été écrites sur le papier à entête officiel du Qatar et ont été signées par le chef du service du Sheikh, Khalid bin Khalifa Al Thani le 23 août. Elles citent Abbas insistant sur les deux “problèmes inextricables” qu’il rencontre : l’impossibilité de négocier avec Israël, et la menace existentielle posée par le Hamas, le protégé du Qatar.

“Depuis la création de l’Autorité palestinienne, ils [le Hamas] ont tenté de la déstabiliser et de la renverser,” explique Abbas au Qatari. “Ils prennent des décisions religieuses qui leur conviennent et se servent de la religion pour leurs intérêts.”

 

‘Ce Mashaal est un menteur’ me dit le roi d’Arabie Saoudite

“[En février 2007] nous nous sommes rendus à la Mecque et avons juré d’adhérer à l’unité nationale. Trois mois plus tard, ils [le Hamas] faisaient un coup d’état contre l’AP [à Gaza]. Jusqu’à aujourd’hui, chaque fois que je parle de Mashaal au roi Abdullah [d’Arabie Saoudite] il me dit ‘ce Mashaal est un menteur’.”

« En 2006, ils [le Hamas] ont installé des explosifs sur la route. Ils voulaient me faire sauter. Ils ont également construit un tunnel sous ma maison à Gaza. Voilà un CD où leurs conversations sont enregistrées » a encore déclaré Abbas. “Vous pouvez les entendre dire : ‘cette mine, c’est pour lui’ [Abbas].”

Abbas explique également avoir été furieux de devoir défendre le Hamas auprès de la communauté internationale en niant l’implication du mouvement terroriste dans le kidnapping et l’assassinat des trois adolescents israéliens en juin, puis d’avoir découvert qu’un officiel du Hamas, Salah al-Arouri revendiquait la responsabilité de l’attaque lors d’une intervention publique en Turquie.

“Le résultat de cette action [le kidnapping et l’assassinat des trois ados], 20 Palestiniens ont été tués et le [jeune palestinien] Muhammad Abu Khdeir a été brulé vivant. Leur objectif [au Hamas] est de détruire la rive ouest et de créer un état d’anarchie pour orchestrer un coup contre nous. Le Hamas veut me rendre fou,” explique encore Abbas au Sheikh Tamim, juste avant que la délégation du Hamas, conduite par son chef politique Khaled Mashaal, entra dans la pièce.

Le président palestinien alla même jusqu’à accuser le Hamas d’avoir fomenté avec Mohammad Dahlan, le haut responsable du Fatah maintenant limogé et qui vit en exil à Dubai, une tentative pour le renverser, en se servant de l’aide financière des Emirats. Le coordinateur entre le Hamas et Dahlan, selon Abbas, était le fils du responsable du Hamas Nizar Rayan.

Pour nous, vous [Fatah] êtes des hérétiques. Nous [Hamas] sommes ceux qui représentons l’islam

“Pourquoi ont-ils coopéré avec Mohammed Dahlan? Hamas a de mauvaises intentions. Je ne peux pas travailler avec eux de cette façon, et je ne veux plus leur servir d’alibi. Mon expérience avec eux me dit qu’on ne peut pas leur faire confiance. Même pendant les négociations [avec Israël au Caire] ils ont dit à la délégation du Fatah : ‘nous voulons un partenariat, mais pour nous, vous êtes des hérétiques. Nous sommes ceux qui représentons l’islam’.”

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Alors qu’ils avouèrent finalement leur implication dans l’enlèvement des jeunes israéliens, la délégation du Hamas nia toute collaboration avec Dahlan contre l’Autorité palestinienne. “Vous croyez encore à cette histoire ? Ce sont vos querelles internes,” a soutenu le responsable politique du Hamas Moussa Abu Marzouk, avant d’être arrêté par Abbas, furieux : “Ne m’interrompez pas, et ne me provoquez pas, Abu Omar.”

Le Sheikh qatari Tamim joua le rôle de médiateur entre les deux palestiniens surchauffés, et proposa à Abbas soit de mettre immédiatement cette histoire de coté, ou de nommer un comité d’enquête indépendant afin de creuser les affirmations « suspectes » des Israéliens. Le Hamas accepta immédiatement la proposition du Qatar, tandis que Abbas la rejeta.

“Je ne peux pas répondre votre excellence car maintenant je suis en colère,” dit Abbas selon les minutes. “Je ne peux pas dire que le sujet est clos. Je veux des réponses. Nous [Hamas et Fatah] nous sommes mis d’accord sur la résistance populaire et sur des élections, et eux [Hamas] sont allés de l’avant et ont commencé une guerre en 2012 avec laquelle nous n’avions rien à voir. Comment ? Pourquoi ?”

Ni le Fatah, ni le Hamas, ont contesté le contenu de la publication des minutes dans Al-Akhbar.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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