Publié par Michel Garroté le 17 novembre 2014

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Michel Garroté réd chef  —  Le politologue français Dominique Reynié a enquêté sur les nouveaux visages de l’antisémitisme. Pour lui, le Front national ne s’est toujours pas normalisé. La parole antisémite s’est libérée. Et les opinions au sein de la société française ? Il y a eu deux fois plus d’actes antisémites entre 2004 et 2014 qu’entre 1994 et 2004. Le « think tank » Fondapol, dirigé par le professeur de Sciences Po Paris Dominique Reynié, a mené l’enquête avec l’institut de sondage Ifop. Dominique Reynié tire la sonnette d’alarme : « Le préjugé antisémite amène, d’une manière générale, le développement des opinions racistes. C’est très lié. La préférence pour un système autoritaire, pour la fermeture, pour le rétablissement de la peine de mort est un système de valeurs qui féconde l’antisémitisme et le racisme. Et qui s’oppose à des systèmes ouverts libéraux et démocratiques ».

LA TRIBUNE DE GENEVE

Quels sont les nouveaux visages de l’antisémitisme que met en évidence votre enquête ?

Il y a d’autres points d’incandescence dans notre double enquête. Qui nous permet de confirmer ou infirmer certaines hypothèses. Ils se situent autour du Front national (FN) et de Marine le Pen, du monde musulman en France, du Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon et du Web.

Que dit votre enquête sur les électeurs du FN ?

Il met fin à l’idée que ce parti s’est normalisé. Les résultats sont aux antipodes de ce que l’on raconte. Ce parti mobilise de manière significative des électeurs qui refusent d’inclure dans le corps de la nation des gens issus d’une autre communauté. Ils sont ceux qui disent le plus fortement qu’un Français juif n’est pas un Français comme les autres. Ils ont le même rejet envers les musulmans.

Et le monde musulman ?

Nous avons investigué le niveau d’antisémitisme au sein d’une population française qui se définit comme issue d’une famille musulmane. On remarque que le niveau des préjugés antisémites augmente en fonction du degré de pratique religieuse.

Et avec un groupe de catholiques pratiquants ?

Nous l’avons aussi testé. Et l’antisémitisme chez les catholiques est légèrement plus élevé que la moyenne.

Pourquoi et quel résultat pour les électeurs du Front de Gauche ?

Il y a toujours eu des formes d’antisémitisme à l’extrême gauche. Cela ne se vérifie pas chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Son discours d’universalisme républicain n’attire pas à lui cet électorat et, quelque part, cela le condamne à ne pas compter. On le constate en Europe, les partis qui ont un discours de contestation sociale font des scores entre 5% et 15%. Ceux qui y ajoutent le carburant de la détestation ou du refus de l’immigration gagnent des points et montent à des niveaux entre 15% et 25%.

Et le Web, quel rôle joue-t-il ?

Il y en a deux. On constate que le Web institutionnel – sites de journaux, etc. – propage des idées qui sont en phase avec le reste de la société. Leurs utilisateurs ne se démarquent pas particulièrement. Par contre, chez les utilisateurs des sites de partage de vidéos, de blogs et de forums, les préjugés antisémites augmentent fortement. C’est un lieu idéal à l’activisme. On l’a vu notamment dans tout ce qui a touché à l’affaire Dieudonné.

LE MONDE

Comment mesurer l’antisémitisme ?

Pour mesurer l’antisémitisme exprimé par les sondés, les enquêteurs ont construit un indicateur à partir de six propositions reprenant les préjugés les plus répandus. Les répondants étaient invités à dire s’ils étaient d’accord avec chacun d’eux. Figure entre parenthèses le pourcentage d’interviewés d’accord avec chaque proposition. La pluralité des questions permet d’évaluer l’intensité de l’antisémitisme exprimé. Les personnes d’accord avec les six propositions sont considérées comme plus virulentes que celles qui n’en approuvent qu’une ou deux. D’autres questions plus quotidiennes permettent d’affiner ou de nuancer.

Y a-t-il une propension à l’antisémitisme plus élevée chez les musulmans ?

Seuls 17% des personnes issues de famille musulmane ne partagent aucun de ces préjugés contre les juifs, contre 53% dans la population globale. « Les musulmans sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les juifs », note Dominique Reynié, et cela d’autant plus qu’ils se déclarent pratiquants. Mais en réponse à plusieurs questions, ils témoignent d’opinions moins hostiles aux juifs que les proches du Front national. Ils sont 85% à affirmer que le fait d’apprendre qu’une personne qu’ils connaissent est juive ne leur fait « rien de particulier ». Ils approuvent largement l’idée qu’il est important d’enseigner la Shoah pour prévenir une nouvelle tragédie et sont nettement plus nombreux que les électeurs du FN à considérer qu’un Français juif est aussi français qu’un autre. 68% des musulmans (56% de l’échantillon global) pensent qu’il y a du racisme anti-musulman et 31% (contre 36%) qu’il y a du racisme anti-juif.

Antisémitisme, antisionisme

« Les questions sur le sionisme n’évoquent rien pour une part importante des répondants » dans l’échantillon général (entre 42% et 47%), note Dominique Reynié. Si, pour 46% (51% des musulmans), ce terme recouvre « le droit des juifs d’avoir leur propre Etat », 37% (66% des musulmans) considèrent que c’est « une idéologie qui sert à Israël à justifier sa politique d’occupation et de colonisation des territoires palestiniens », 25% (57% des musulmans) pensent qu’il s’agit d’une « organisation internationale qui vise à influencer le monde et la société au profit des juifs » et 23% (46% des musulmans) qu’il s’agit « d’une idéologie raciste ».

(Note de Michel Garroté – 37% des Français considèrent que le sionisme est « une idéologie qui sert à Israël à justifier sa politique d’occupation et de colonisation des territoires palestiniens », 25% pensent que le sionisme est une « organisation internationale qui vise à influencer le monde et la société au profit des juifs » et 23% pensent que le sionisme est « une idéologie raciste ». Autrement dit, à un titre ou un autre, à des degrés peut-être divers, 85% des Français ont une vision typiquement antisémite du sionisme et ne connaissent rien à sa véritable histoire et à son véritable contenu. Mes félicitations aux médias français qui depuis les années 1960 portent une lourde responsabilité dans cette vision antisémite du sionisme).

Quels sont les facteurs favorisant l’antisémitisme et le racisme ?

D’une manière générale, note M. Reynié, « le fait de se déclarer proche d’un parti politique, quel qu’il soit, est un facteur favorisant les préjugés contre les juifs ». 63% des personnes qui ne se considèrent proches d’aucun parti ne partagent aucun des préjugés proposés, contre 53% seulement des autres. Parmi les personnes politisées, la plus forte proportion qui rejette les propositions antisémites se trouve chez les Verts (62%), la plus faible au Front national (25%). On retrouve le même phénomène lorsque l’on demande si telle ou telle catégorie de personnes est « trop nombreuse » en France : les Maghrébins (51% de oui en moyenne), les musulmans (51%), les étrangers en général (40%), les noirs d’Afrique (36%), les Asiatiques (20%) et les juifs (16%).

C’est chez les proches du Front national et, presque dans la même mesure, de Marine Le Pen, que « l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes ». Plus d’un sur deux trouvent qu’il y a trop de juifs dans les médias et l’économie et éviterait d’élire un président juif, et 22% préfère éviter « un voisin juif ». Pour deux sur trois, un Français musulman « n’est pas aussi français qu’un autre ».

Pour Dominique Reynié, l’enquête manifeste que l’opinion antisémite « résulte d’un jeu de représentations et d’opinions politiques articulées entre elles. L’antisémitisme s’inscrit dans un monde de défiance dominé par une culture autoritaire, hostile aux immigrés, autant qu’aux différences sous toutes les formes qu’elles peuvent prendre ». L’enquête montre une société traversée par de fortes tensions « qui pourraient traduire la montée de logiques communautaristes » et qui se manifestent par le fait qu’entre un tiers et la moitié des sondés estiment qu’il y a « beaucoup de » racisme anti-musulman (56%), anti-juif (36%), anti-noir (35%) et anti-blanc (33%).

Reproduction autorisée avec mention M. Garroté réd chef www.dreuz.info

http://www.tdg.ch/monde/europe/monde/europe/Au-FN-un-Francais-juif-n-est-pas-un-Francais-comme-les-autres/story/11148663

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/14/selon-une-enquete-l-antisemitisme-s-etend_4524020_3224.html

   

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