Publié par Michel Garroté le 11 novembre 2014

Pie-XII

Michel Garroté réd chef  —  « L’affaire P XII », en fait, la question de savoir si oui ou non ce pape a sauvé des Juifs, a fait récemment l’objet d’une recension de Jean Sévillia dans le Figaro-Magazine. Ma petite idée sur cette affaire se résume en quelques points et elle vaut ce que vaut l’analyse d’un simple catholique laïc.

Premièrement, il faudra attendre que les quatre millions de documents sur le pontificat de Pie XII soient triés, comme cela est prévu, en quinze thèmes, répartis dans quelques milliers de classeurs ; il faudra entre cinq et dix ans pour classer, puis étudier ces documents, avant d’envisager d’instruire une éventuelle béatification de ce pape. C’est mon principal argument et je pense qu’il relève du simple bon sens.

Le nombre de procès en béatifications et en canonisations en cours au Vatican est actuellement énorme. L’hypothétique béatification de Pie XII n’est donc ni urgente, ni prioritaire. Si certains, dans la curie romaine, tentent de faire avancer la cause de Pie XII, alors que l’étude de l’histoire et des archives de la période de Pie XII reste à ce jour incomplète, il nous faut compter sur le discernement spirituel du Pape François.

Parmi les clercs de l’Eglise catholique il y a des hommes de Dieu. Mais il y a aussi – il y a toujours eu, il y aura toujours – des clercs qui manquent de dimension verticale et qui de ce fait confondent le théologique avec le politique. Pour cette sorte de clercs, la béatification de Pie XII serait un moyen de soi-disant prouver que l’Eglise n’a pas été aussi antisémite que certains veulent bien le dire. Ce serait aussi pour eux un moyen – certes indirect – de revenir à la pseudo-théologie de la substitution et du déicide.

Deuxièmement, dans la vaste panoplie des candidats à la béatification et à la canonisation, le Pape François reste libre d’avancer certains dossiers et d’en ralentir d’autres. Vu sous cet angle, ce qui me paraît prioritaire dans les béatifications et les canonisations sur le point d’aboutir, c’est l’édification du peuple chrétien du temps présent. Autrement dit, le bon sens au service du bien commun devrait dicter les choix de la curie romaine en la matière.

Troisièmement, on ne peut pas couper l’histoire passée de l’histoire présente. En clair, on ne peut pas prétendre béatifier Pie XII sans que cela ait une incidence, d’une part, sur les relations judéo-catholiques ; et d’autre part, sur les relations entre le Saint-Siège et l’Etat d’Israël. On ne peut pas agir ainsi, car à l’inverse de tous les autres procès en béatification et en canonisation, le seul qui comporte un aspect historique et politique encore très controversé, c’est précisément le procès en béatification de Pie XII.

Quatrièmement, l’hypothétique béatification de Pie XII dans le court terme, interférerait inévitablement dans les discussions israélo-catholiques sur Israël et plus particulièrement sur la question de Jérusalem. Vous allez me dire : que vient faire Jérusalem dans l’affaire Pie XII ? La problématique est ici politique et non pas théologique. Il se trouve que Jérusalem est en quelque sorte aux Juifs ce que Rome est aux catholiques et ce que la Mecque aux musulmans. A chacun son lieu saint et que les esprits se calment.

Au plan théologique, Jérusalem n’est pas le siège de l’Eglise catholique et ce indépendamment du fait que Jérusalem aurait pu être ou ne pas être le siège de l’Eglise catholique il y a plus de 2000 ans. La réalité, c’est que Saint Pierre a été le premier pape à Rome et non pas à Jérusalem. Or, sur la question du statut de Jérusalem, certains clercs de l’Eglise catholique tendent à mélanger le politique et le théologique. Alors qu’aucun dogme de l’Eglise catholique, ni dans le Pater, ni dans le Credo, ni dans les bulles papales frappées du sceau de l’infaillibilité pontificale, ne prétend que Jérusalem doit devenir le Saint-Siège ou que le Saint Sépulcre doit bénéficier de l’extraterritorialité.

La réalité concrète, c’est que les catholiques peuvent actuellement se rendre librement en pèlerinage à Jérusalem parce que Jérusalem est sous autorité israélienne. Une quelconque autorité internationale – gardes suisses en tenue de combat ou casques bleus – signifierait le début de l’agitation islamique, c’est un euphémisme, et la fin des pèlerinages catholiques paisibles au Saint Sépulcre. Or, dans la réalité présente, je verrais mal les autorités israéliennes se montrer conciliantes sur la question de Jérusalem et sur les biens de l’Eglise en Israël si l’Eglise béatifiait Pie XII.

On peut toujours me rétorquer que ce n’est pas normal. Je me moque de ce qui n’est soi-disant pas normal. Ce qui est normal, quand on est catholique, c’est de mettre en pratique le réalisme chrétien sans confondre le théologique avec le politique. Si l’ouverture de l’Eglise catholique au peuple juif depuis quarante ans est sincère et désintéressée, si elle n’est pas politique, alors il faut la preuve par l’acte. La fin de l’Etat juif signifierait la fin de la chrétienté d’orient ou du peu qu’il en reste. A cet égard, il serait affligeant que l’Eglise catholique, aux seules fins de ne pas déplaire aux musulmans, ne fasse de l’amitié judéo-chrétienne qu’une parenthèse tactique à court terme, en attendant de revenir aux mauvaises vieilles habitudes.

Comme écrit plus haut, « L’affaire P XII », en fait, la question de savoir si oui ou non ce pape a sauvé des Juifs, a fait récemment l’objet d’une recension de Jean Sévillia dans le Figaro-Magazine : C’est en 1963 que la pièce de l’Allemand Rolf Hochhuth, Le Vicaire, a incriminé Pie XII d’être resté indifférent, pendant la guerre, au sort tragique subi par les juifs d’Europe. Depuis cinquante ans, ce procès rétrospectif, repris en 2002 par Amen, le film de Costa-Gavras, se nourrit toujours des mêmes arguments, sans que des éléments nouveaux, historiquement établis, viennent étayer le réquisitoire.

Jean Sévillia : Du côté de l’accusation, donc, rien de neuf. Du côté de la défense, en revanche, le dossier s’étoffe. Chaque année des documents sortent, des témoignages apparaissent et des livres sont publiés qui, sans verser forcément dans l’hagiographie, s’inscrivent en faux contre l’idée que le pape de la Seconde Guerre mondiale aurait failli à sa mission. Tout juste parus, deux ouvrages viennent ainsi en renfort dans une balance que le discours médiatique déséquilibre systématiquement.

Jean Sévillia : Biographe de Mussolini et de Garibaldi, Pierre Milza n’est pas familier de l’histoire de l’Eglise. Mais d’être un spécialiste de l’Italie l’a mené au cas Pie XII. C’est pourquoi il publie une biographie de celui qui fut typiquement un pape romain. Le livre a donc pour mérite d’exposer tout le parcours d’Eugenio Pacelli, de l’enfance heureuse (Pie XII était né en 1876) à la mort dans d’atroces souffrances en 1958 (1).

Jean Sévillia : L’auteur met en lumière l’attachement du prélat à la Ville éternelle, ses goûts d’ascète, son mysticisme. Il montre encore que Pie XII, diplomate de formation, est resté toute sa vie un diplomate, et que sa conduite pendant la guerre doit être jaugée à cette aune. Sur le sujet qui fait polémique, on aurait aimé que l’auteur fût plus incisif, dès lors que les faits sont là.

Jean Sévillia : Historien de l’espionnage, journaliste d’investigation pour la BBC, l’Anglais Gordon Thomas a enquêté sur l’aide apportée par le Vatican aux juifs de Rome après l’occupation de la ville par les nazis en 1943 (2). La moisson de preuves et de témoignages apportée par l’ouvrage est très convaincante. Elle montre que tout remontait au pape. Face au drame, Pie XII a peu parlé, mais il a agi, conclut Jean Sévillia.

(1) Pie XII, de Pierre Milza, Fayard, 476 p., 25 €.

(2) Le Secret de Pie XII. Le réseau secret du Vatican pour sauver les juifs de Rome, de Gordon Thomas, L’Artilleur, 416 p., 24 €. Traduit de l’anglais par Marc Sigala.

Selon Zénit, qui lui avait consacré un article lors de sa parution en anglais l’an dernier, l’ouvrage de Gordon Thomas pourrait rétablir la réputation de Pie XII. Extraits : Gordon Thomas, un auteur britannique protestant, a en effet eu accès à des documents inédits, entre autre du Vatican, et a retrouvé des témoins de premier plan. Le livre pourrait rétablir la réputation de Pie XII, révélant le rôle qu’il a joué pour sauver des vies et s’opposer au nazisme.

Zénit : Il explique en détail comment Pie XII a donné sa bénédiction à la création de refuges dans le Vatican et dans les couvents et les monastères d’Europe. Le pape a notamment supervisé une opération secrète avec des noms de code et de faux documents, où des prêtres ont risqué leur vie pour abriter des juifs, dont certains ont même été faits citoyens du Vatican, conclut Zénit.

Lire la suite « Pie XII : deux nouveaux ouvrages renforcent sa défense »

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