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Publié par Frank Khalifa le 9 décembre 2014

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Le champ de bataille des démocrates épris de liberté ressemble tristement à la retraite de Waterloo – mais sans le panache de Cambronne.

J’aurais pu intituler cet article « mais qu’est ce que tu bois Guigou dis-donc ? » en souvenir du très regretté et équilibré Jean-Chrysostome Dolto, dit Carlos, chanteur au répertoire ensoleillé avec un zest de grivoiserie à la française.

Mais, l’heure n’est plus au Big Bisous. L’actualité nationale s’est invitée dans l’actualité internationale de la manière la plus dramatique et indécente possible pour des parlementaires qui se disent démocrates et qui, faute de s’attaquer aux vrais problèmes socioéconomiques qui angoissent au quotidien la vie des citoyens, ont fait le choix culotté de décider pour les autres.

Et il s’agit vraiment ici d’un problème de culotte.

Pas celle de l’ex-première dame de France qui a permis d’abaisser en quelques jours le taux d’analphabétisme européen, ni celle historique des sans-culottes qui ont disséminé l’idée de liberté à travers les âges et les frontières, mais bien celle de ces parlementaires qui ont montré par leur vote de mardi 2 décembre qu’ils n’en avaient pas. Je parle de courage et de décence bien évidemment.

L’Etat d’Israël venait tout juste d’enterrer ses quatre rabbins en prière et ce policier israélien druze musulman qui a succombé à ses blessures.

Quel signal ont envoyé ces parlementaires aux fossoyeurs de la démocratie ? Quid des affaires d’argent touchant aux plus hautes sphères du pouvoir politique ? Quid de l’antisémitisme en France ? Quid des atrocités commis sur les civils syriens ? Quid du génocide des Yésidis ? Quid de nos citoyens européens et américains décapités ? La liste est bien trop longue pour en faire l’exposé exhaustif ici.

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[quote]Du carnage de Jérusalem au viol de Créteil, la même haine du juif[/quote]

L’indécence est poussée à son paroxysme quand un ministre, peu prolixe en matière d’antisémitisme, profite d’une affaire américaine interne pour justifier sans vergogne le racisme anti-noir, ou quand un politique socialiste, met en doute, sur un ton féodal (sic !), l’allégeance nationale d’un Meyer Habib trop embourbé dans son émotion pour intimer à son interlocuteur l’ordre de fermer sa grande gueule de menteur, notamment sur le soi-disant Apartheid d’Israël vis-à-vis des palestiniens.

La gauche française serait-elle devenue révisionniste pour des intérêts bassement électoralistes.

C’est ici, le point de retournement de la défaite de la loi au profit de la victoire des droits. L’heure n’est pas à la panique et à la fuite, encouragée davantage par des affairistes que par des idéologues, mais à l’affrontement courageux pour qu’au moins l’histoire désigne dans quelques années ceux qui étaient les héros et ceux qui étaient les salauds.

Ces salauds entendent dans leurs campagnes mugir ces féroces soldats mais font la sourde oreille : un vieux truc de commercial qui prétexte une difficulté d’écoute, faute d’un réseau téléphonique satisfaisant, pour ne pas écouter vos doléances. La sécularisation, dans son empathie djihadiste et dans sa dérive romantique, a paradoxalement conduit la société à l’opposé de ses objectifs, à savoir une défaite de la loi et une victoire des droits. La loi vient nécessairement du plus haut, c’est à dire du nomos ou du Sinaï.

[quote]La loi vient du plus bas, c’est à dire de l’opinion[/quote]

L’instance de la souveraineté est nécessairement plus haute que l’ensemble des citoyens. Mais la pagaille séculière d’aujourd’hui, basée sur la culture de l’instantanéité et sur la sainte ignorance ou au contraire sur le laïcisme débile qui consiste à interdire la culture de la crèche de Noël dans un pays de tradition judéo-chrétienne, démontre que la loi vient du plus bas, c’est à dire de l’opinion.

Les politiques peu scrupuleux de vérités historiques, parce qu’eux-mêmes totalement ignorants en la matière, se sont engouffrés dans cette faille des Lumières. Victoire du logos sur le nomos, c’est-à-dire du discours politique sur la loi, du quidam sur le « tous ». Victoire du Veau d’or et brisure de Tables de la Loi.

Place aux droits et mort des devoirs. Les hommes sont totalement libres y compris de creuser leur dernière demeure. L’ordre public n’est plus ce concept intangible sur le plan juridico-ontologique mais un fog né d’un ensemble d’impératifs relatifs parce qu’hypocritement « mutifacial », signe du désordre auquel est en proie nos démocraties.

Aurons-nous le temps de former nos bataillons ?

Claude Joseph Rouget de Lisle fut cet officier du Génie français et poète incompris à la fortune malheureuse. Ses cendres déposées aux Invalides depuis le 14 juillet 1915 doivent rougir d’indignation devant le spectacle affligeant de nos démocraties en faillite.

 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Frank Khalifa pour Dreuz.info.

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