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Publié par Alain Leger le 18 décembre 2014

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Lorsque Le Monde publie un article sur les prénoms les plus populaires, il fait appel à des sociologues, des historiens, et même à un professeur d’économie, Thierry Mayer, qui a étudié la diffusion des prénoms, pour connaître les modes, les tendances, et les raisons qui poussent les parents à choisir tel prénom plutôt qu’un autre.

Mais quand à intervalle régulier ressort que le prénom le plus populaire est Mohamed, la réponse change radicalement : « et alors ? » entend-on. Circulez, il n’y a pas à débattre.

Alors qu’au contraire, il y a à débattre, et abondamment.

Des dizaines de milliers de livres sont vendus chaque année sur les prénoms, leur origine, leur sens. Des milliers de sites internet leurs sont consacrés. Le prénom est porteur d’une vision, d’une projection des parents.

Chaque fois que l’on annonce que le prénom Mohamed est le plus donné, les réactions arrivent toujours dans le même ordre.

La première, signe d’une gêne visible, met en doute la source. L’info est forcément fausse. La statistique faussée, tronquée.

Certains rappelleront que la France a toujours été une terre d’immigration, une terre d’accueil, et que si Mohamed est le prénom le plus donné, cela ne veut strictement rien dire. L’argument arrive toujours comme une mécanique impeccablement huilée.

Puis immédiatement derrière vient la diabolisation : stigmatisation, racisme, extrême droite, identitaire… avec les noms d’oiseau assortis. Si l’information vient de la « fachosphère », elle ne doit pas être étudiée. Il importe peu qu’elle soit vraie ou fausse, elle est populiste, destinée à inciter à la haine et à la division et doit à ce titre être négligée.

Et comme une horloge bien réglée, la remarque suivante est : « et alors ? » pour exprimer qu’en supposant l’information exacte (selon l’INSEE, 46 % des enfants nés en Île-de-France en 2011 avaient au moins un parent immigré), elle n’a aucune signification.

Et pourtant elle en a une.

Nommer son fils Mohamed, ce n’est pas un signe d’adhésion à la culture française, mais d’attachement à sa culture d’origine. C’est l’expression du souhait que l’enfant non plus ne s’intègre pas, ne se mélange pas, ne s’intègre pas dans la société française.

Avec les innombrables récits de jeunes d’origine immigrée qui se plaignent de ne pas trouver de travail lorsque le DRH lit leur nom et prénom à consonance nord africaine, le fait de nommer son fils Mohamed est porteur de sens. C’est lui mettre dès sa naissance des freins à l’embauche au lieu de lui donner les meilleures chances, mais ce peut être aussi, inconsciemment, la construction par anticipation de l’excuse à l’échec et au rejet futur. Un forme de légitimation du droit à la victimisation sociale.

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Sans compter que le terme n’est pas exempt de traces violentes et jihadistes, et il serait imprudent d’ignorer la période troublée où des jeunes natifs rêvent et s’organisent pour partir combattre aux cotés du jeune Etat islamique.

Nommer son fils Mohamed ne suppose pas non plus un amour immodéré pour la France. Et encore moins un encouragement pour son fils. François, Christian… sont aussi loin de Mohamed que la Basilique St Denis du département où elle se trouve maintenant enclavée. Précisément enclavée.

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Nous pourrions dire, à l’inverse, qu’aimer la France en s’appelant Mohamed n’est pas chose facile mais admirable. Les parents qui choisissent ce prénom n’insufflent pas à leur fils la fierté d’être français mais celle d’être musulman. Si l’enfant, une fois adulte, surmonte son prénom et s’intègre, il trainera son prénom derrière lui (ou devant), alors qu’il a une passion sincère pour la chose française. Un boulet de naissance planté là.

Interrogez les gens autour de vous. Je doute qu’ils pensent, avec l’atmosphère de rejet palpable, qu’un petit Mohamed sera, dans le futur, « Français et fier de l’être. » A tort ou à raison n’est pas vraiment une question : la société, son regard est la question.

Et à supposer qu’un Mohamed émerge du communautarisme malgré ses parents. Pourquoi lui imposer, avec ce prénom, la pression psychologique d’une dichotomie identitaire et religieuse aussi forte.

Et si l’on parle religion, si l’on parle repère, modèle, que peut évoquer ce prénom – n’oublions pas que la vie du prophète de l’islam Mohamed est jonchée d’aspérités complexes : mariage d’une fillette, pillages, massacres, sexe, illettrisme … ce n’est pas comme Laurent ou Marcel, des prénoms détachés d’une histoire précise.

Et alors ?

Et alors c’est en Grande Bretagne, et non en Ile de France, que le prénom Mohamed est le plus donné en 2014 (en prenant en compte les orthographes voisines Muhammed, Mohammad…)

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Alain Leger pour Dreuz.info.

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