Publié par Michel Garroté le 5 décembre 2014

Jérusalem-1

Michel Garroté réd chef  —  En Europe en général, et en France en particulier, les hauts dignitaires mahométans et les hauts dignitaires socialistes auraient – me dit-on – conclu une alliance, pour mettre fin à la société libre de culture judéo-chrétienne. Ainsi, j’ai lu – récemment encore – qu’il faut soutenir le monde arabo-musulman, contre Israël, afin de préserver le calme dans nos banlieues, en Europe et notamment en France.

Paris, capitale islamo-compatible

Cette prose capitularde émane de dignitaires socialistes qui s’autoproclament experts en relations internationales. C’est curieux. J’ai accompli mes études en science po à l’Université de Genève ; je les ai accomplies à l’Institut Universitaire de Hautes Etudes Internationales qui coopère avec l’ONU, avec la Fletcher School of Law and Diplomacy et avec la Tufts University ; et j’ai accompli mes études au Latein Amerika Institut de la Freie Universität Berlin.

Je n’ai cependant pas souvenir, que dans les cours de géopolitique et de relations internationales, on nous ait enseigné que l’objectif de la politique étrangère, consiste à préserver le calme dans nos banlieues.

Du reste, s’il suffit de rompre le calme dans nos banlieues, pour infléchir notre politique étrangère, cela veut dire qu’en incendiant des voitures et mêmes des bibliothèques, les Juifs français et les catholiques français obtiendraient, en échange d’une accalmie, d’excellentes relations entre d’une part la France ; et d’autre part, l’Etat d’Israël et l’Etat du Vatican.

Or, quelque chose me dit que les violences, si elles provenaient de Juifs et de Chrétiens, ce qui n’est pas le cas, n’auraient pas droit à la même bienveillance, que les violences, violences au demeurant bien réelles, perpétrées par d’autres.

D’ailleurs, sans nous livrer le moins du monde à quelque violence que ce soit, nous, les Juifs et les Chrétiens, non seulement nous ne faisons l’objet d’aucune bienveillance, comme d’autres en font l’objet en dépit de leurs violences. Mais nous faisons au contraire l’objet de malveillance. De malveillance et de calomnie. De calomnie et de persécution.

La dhimmitude des ecclésiastiques catholiques en Israël

Les ecclésiastiques catholiques en Israël, notamment le Patriarcat latin de Jérusalem et la Custode en Terre Sainte, ont, hélas, une fâcheuse tendance à ne pratiquement jamais critiquer les musulmans, les arabes et les palestiniens ; et une fâcheuse tendance à critiquer souvent, de façon à la fois floue et incompréhensible, l’Etat d’Israël. Les chrétiens d’Israël et les centaines de milliers de pèlerins qui visitent Jérusalem et la Terre Sainte peuvent vivre en Israël et effectuer des pèlerinages, notamment sur les lieux saints de Jérusalem, grâce à l’Etat d’Israël et grâce aux forces de défense d’Israël.

Si la vie des chrétiens d’Israël et les pèlerinages des chrétiens à Jérusalem ainsi qu’en Terre Sainte dépendaient du Fatah et du Hamas, alors, la vie des chrétiens serait un enfer et les pèlerinages seraient irréalisables. L’Etat d’Israël a ouvert une porte supplémentaire dans l’enceinte de la vieille ville de Jérusalem, afin que les chrétiens puissent se rendre directement sur leurs lieux saints, essentiellement le Saint-Sépulcre, sans passer par les quartiers arabo-musulmans, où ils se faisaient régulièrement injurier et caillasser. Le patriarcat de l’Eglise copte orthodoxe a déménagé dans un quartier juif de Jérusalem, car il ne lui était plus possible de vivre en paix et en sécurité dans le secteur arabo-musulman. L’on aurait presque envie d’inviter le Patriarcat latin de Jérusalem et la Custode en Terre Sainte à déménager du côté de Ramallah ou de Gaza.

Catholiques Amis d’Israël

Je me souviens avoir lu dans Un écho d’Israël, un document qui mentionnait le penseur catholique philosémite, judéophile Jacques Maritain. Un écho d’Israël écrivait : « Aucun chrétien n’a jamais trouvé, comme Jacques Maritain, les mots propres à toucher la sensibilité d’Israël. L’ayant pas mal fréquenté, Karl Stern était bien placé pour en parler : aucun membre de l’Eglise, dit-il, ne semblait avoir jamais compris avec autant de pénétration le problème juif. Il s’exprimait avec une imprécision particulière, procédant par touches légères plutôt que par affirmations, et cependant tout ce qu’il disait donnait une impression de substance et de clarté. J’éprouvais dès la première minute le sentiment d’un contact direct et personnel étrangement agréable et qui était le résultat de beaucoup de charité et d’humilité ».

Le document paru dans Un écho d’Israël ajoutait : « Une clairvoyance innée l’avait induit à voir dans le nazisme une hystérie collective aux tendances délétères. Dès le moment où l’ombre du mancenillier à la sève empoisonnée commença à s’étendre, il redouta que le peuple élu ne devînt la première victime de sa présence maléfique. Si sublime que soit chez Jacques Maritain la dénonciation des crimes du racisme, l’évocation de sa pensée serait incomplète si l’on omettait de rappeler ce qu’il écrivait au sujet de l’Etat d’Israël, quelques années après sa fondation. A la fin d’un ouvrage où il récapitulait ses vues sur l’antisémitisme, il s’interrogeait sur la possibilité de réconcilier le sens nodal du Judaïsme avec la réalité d’un Etat cerné d’ennemis implacables et cyniques ».

Pour ce qui me concerne, il y a bel et bien, dans le monde catholique, un courant favorable au sionisme avec une argumentation positive. La dimension théologique est présente, dans ce courant favorable au sionisme, par le fait que le peuple juif est le peuple de l’alliance pour lequel les promesses subsistent. Le philosophe catholique judéophile Jacques Maritain cité plus haut, a œuvré durant de longues années à travers la lutte contre l’antisémitisme, contre la judéophobie et contre l’israélophobie. Jacques Maritain fut Ambassadeur de France au Vatican et usa de sa position pour faire avancer le dossier juif dans l’Eglise catholique. Il était un sioniste convaincu. Il est le père spirituel d’un courant favorable au sionisme et à l’Etat d’Israël dans le catholicisme, courant actif en particulier dans l’Amitié judéo-chrétienne (dreuz.info a fondé en 2010 l’Alliance Judéo-Chrétienne pour Israël : http://alljci.blogspot.com/).

Dans les extraits adaptés d’un autre document que je mentionne ci-après, document publié dans la revue Sens N° 8, pp. 419-440, Yves Chevalier nous présentait, lui-aussi, le catholique sioniste Jacques Maritain. Je résume ci-après – sous une forme synthétique et adaptée – quelques passages de ce document.

Yves Chevalier : Maritain n’a jamais été antisémite. Dans le texte fameux de sa conférence devant les participants à une ‘Semaine des écrivains catholiques’, Jacques Maritain, à l’époque nationale-socialiste, prend soin d’insister, à plusieurs reprises, sur le fait que la tâche de l’écrivain catholique est d’éclairer l’opinion publique ; et de lui apprendre à raisonner sans haine. Les passions populaires et les pogroms n’ont jamais résolu aucune question bien au contraire. Il ne faudrait pas que la question juive serve de dérivatif au mécontentement et aux déceptions de l’heure présente de telle manière que le Juif apparaisse dans une sorte de mythologie simpliste comme la cause des maux.

Yves Chevalier : Plus la question juive devient politiquement aiguë, plus il est nécessaire que la manière dont nous traitons de cette question soit proportionnée au drame divin qu’elle évoque. Maritain précise que l’antisémitisme c’est la peur, le mépris, la haine du peuple juif et la volonté de soumettre le peuple juif à des mesures de discrimination. Il y a bien des formes et des degrés d’antisémitisme. Sans parler des formes monstrueuses que nous avons à présent sous les yeux, l’antisémitisme peut prendre la forme d’un certain orgueil et préjugé hautain, nationaliste ou aristocratique ; ou de simple désir de se débarrasser de concurrents gênants ; ou d’un tic de vanité mondaine.

(Précision de Michel Garroté : Jacques Maritain déclare cela à l’époque nationale-socialiste ; mais vu les discours sur Israël tenus aujourd’hui, l’on peut déclarer en 2014 exactement la même chose que Jacques Maritain à son époque ; du reste, il n’y pas qu’en terre d’islam que le discours sur Israël et sur les Juifs est identique au discours sur les Juifs à l’époque nationale-socialiste ; il en va également ainsi en France avec les commentaires postés sur Internet, mais les politiciens et les journalistes feignent de l’ignorer et préfèrent dénoncer « l’islamophobie » ; en 2014, la dimension violente et conquérante de l’islam pose un problème évident pour tout le monde ; et pour détourner l’attention, on relance la question juive comme un dérivatif aux mécontentements du temps présent de manière que le Juif apparaisse à nouveau comme la cause des maux).

Yves Chevalier : Aucune forme d’antisémitisme n’est innocente, en réalité. En chacune un germe est caché, plus ou moins inerte ou actif, de cette maladie spirituelle qui, aujourd’hui, éclate à travers le monde en une phobie fabulatrice et homicide. Jacques Maritain écrit encore qu’il est difficile de n’être pas frappé de l’extraordinaire bassesse des grands thèmes de la propagande antisémite. Les hommes qui dénoncent la conspiration mondiale juive et le meurtre rituel semblent nés pour attester qu’il est impossible de haïr les Juifs en restant intelligent. Maritain écrit aussi que l’émancipation des Juifs, réalisée par la Révolution française, est un fait que les peuples civilisés, pour autant qu’ils veuillent rester tels, doivent tenir pour acquis.

Yves Chevalier : Pour Jacques Maritain, lorsque l’antisémitisme se répand parmi ceux qui se disent les disciples de Jésus-Christ, cet antisémitisme apparaît comme un phénomène pathologique qui révèle une altération de la conscience chrétienne quand elle devient incapable de prendre ses propres responsabilités dans l’histoire et de rester existentiellement fidèle aux hautes exigences de la vérité chrétienne. Alors, au lieu de reconnaître, dans les épreuves et les épouvantes de l’histoire, la visitation de Dieu ; et au lieu d’entreprendre les tâches de justice et de charité requises par cela même, la conscience chrétienne se rabat sur des fantômes de substitution concernant une race entière. L’antisémitisme reste, pour Jacques Maritain, la négation même du Message du Christ, ce qui explique que, puisque spirituellement le chrétien est un sémite, il ne peut concevoir un chrétien antisémite.

Yves Chevalier : Jacques Maritain épousera une Juive, Raïssa, et, il écrira : « Je voudrais être Juif par adoption, puisque aussi bien, j’ai été introduit par le baptême dans la dignité des enfants d’Israël. Je suis des vôtres, oui, Juif par amour, je ne dis pas seulement spirituellement sémite, comme l’est tout chrétien, mais ethniquement Juif, lié dans ma chair et ma sensibilité aux tribus d’Israël et à leur destinée ici-bas ».

Yves Chevalier : Jacques Maritain écrira également qu’il y a une relation suprahumaine d’Israël au monde, comme il y a une relation suprahumaine de l’Église au monde. Aux yeux d’un Chrétien qui se souvient que les promesses de Dieu sont sans repentance, Israël continue sa mission sacrée. Israël, comme l’Église, est dans le monde et n’est pas du monde. Ce face à face entre Israël et le monde – et le conflit qui y est inscrit – expliquent l’antisémitisme. Mais le double face à face commun entre Église – Israël et le monde interdit au Chrétien d’être antisémite, concluait Yves Chevalier.

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