Publié par Père Henri Boulad le 24 février 2015

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Le Père Henri Boulad apporte ici en exclusivité pour les lecteurs de Dreuz un texte magnifique de précision et de brièveté sur l’islam qui reflète si bien nos cheminements de pensée. Jean-Patrick Grumberg

Deux scénarios possibles : un affrontement généralisé ou un lent effondrement.

Radical, tenace, coriace, pugnace… et en même temps – oh paradoxe ! – fossilisé, momifié, nécrosé, embaumé… l’islam reste l’islam, obstinément fidèle à ses origines, à ses textes fondateurs, à ses options historiques.

Entre les islams ouverts – soufi, mystique, libéral, modéré, éclairé – et l’islam sunnite orthodoxe officiel, pur et dur, radical et intransigeant, ce dernier l’a toujours emporté, en s’imposant par la force, la menace, la coercition, la violence… envers et contre tout, envers et contre tous.

[quote]Les musulmans modérés sont légion, mais l’islam modéré n’existe pas[/quote]

Les musulmans modérés sont légion, mais l’islam modéré n’existe pas. C’est un vœu pieux, un rêve, une utopie relevant du wishful thinking (vœu pieux). Il représente une projection de ce qu’on voudrait que soit l’islm – et qu’il aurait pu être – si toute tentative de réforme n’avait pas été systématiquement bloquée, à partir du 9° siècle, et si tout effort de réflexion critique (Avicenne, Averroès, Farabi, Al-Kindi…) n’avait pas été étouffée dans l’œuf.

Le mythe d’une Andalousie ouverte et libérale est à revoir à partir de la réalité historique. Les magnifiques propos de certains intellectuels musulmans contemporains, s’efforçant de promouvoir un « islam des lumières », sont fort louables, mais elles n’expriment les positions que d’une infime élite qui ne fait pas le poids face à la masse écrasante des musulmans dévots accrochés à leurs certitudes. Elle ne parvient pas à s’imposer face à un Azhar pétrifié dans son dogmatisme et son intransigeance.

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C’est aujourd’hui pour l’islam « l’heure de vérité ». Deux scénarios sont envisageables : ou bien un affrontement généralisé à la Huntington avec l’occident et le reste du monde… ou bien un effondrement et une implosion, tels qu’annoncés par Hamed Abdel-Samad.

Si tout dialogue avec l’islam a tourné court jusqu’à présent, c’est qu’il a soigneusement évité d’aborder les vraies questions, ou bien qu’il s’est systématiquement heurté à un mur.

Entre l’islam mekkois, considéré comme spirituel et mystique, ouvert et tolérant… et l’islam médinois radical fanatique et conquérant, le choix a été fait il y a plus de mille ans. Et ce choix semble malheureusement irréversible.

Lorsque l’intellectuel soudanais, Cheikh Mahmoud Taha, suggérait il y a plus de vingt ans  un retour à l’islam mekkois des origines, il a été pendu sur la place publique en plein centre de Khartoum.

J’ai l’impression que les jeux sont faits – hélas ! – et que l’islam est dans l’impasse la plus totale. Son apparente vitalité aujourd’hui pourrait bien ne représenter que les derniers soubresauts d’un moribond.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Henri Boulad, sj, Le Caire, 23 février 2015 pour Dreuz.info.

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