Publié par Sidney Touati le 5 avril 2015

On s’interroge sur la nature exacte de la cause du crash de l’avion de Germanwings entrainant la mort de 149 personnes.

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La plupart des commentateurs hésite à se prononcer sur cet acte qui sort de l’ordinaire. On se pose des questions : folie, suicide, acte terroriste… ?

La thèse du suicide semble évidente, pourtant elle n’est pas soutenable. Se suicider c’est mettre fin à ses jours, pas être animé par la volonté d’entraîner dans la mort un maximum de personnes. La théorie de l’acte spontané provoqué par une crise de panique soudaine ne peut être retenue dans la mesure où il est prouvé que le pilote a longuement préparé son acte.

[quote style= »boxed » float= »left »]Un acte fondé sur la volonté de commettre un crime de masse, dont les fondamentaux nous échappent[/quote]

Nous sommes ici face à autre chose, un phénomène d’une toute autre ampleur, d’où l’intense émotion qu’il suscite, bien supérieure à celle induite par les accidents d’avion classiques. Nous sommes face à un acte fondé sur la volonté de commettre un crime de masse, dont les fondamentaux nous échappent.

En clair, nous ne pouvons inscrire ce crime ni dans le schéma du suicide individuel ou altruiste ; ni dans le schéma du terrorisme islamiste ; ni du crime crapuleux ; ni des serial killers.

Manifestement, nous ne savons pas qualifier ce type d’assassinat + suicide dont la motivation ne semble être ni religieuse ni politique.

Dans le geste de celui que l’on présente comme un déséquilibré, nous retrouvons les ingrédients du suicide terroriste. Mais n’ayant jusqu’à présent établi aucune liaison avec un mouvement politique ou religieux quelconque, notamment avec la mouvance du fanatisme islamiste qui vient spontanément à l’esprit, les enquêteurs écartent ce qualificatif.

Les interprètes officiels procèdent de manière contradictoire

Lorsque le crime est revendiqué par les islamistes, lorsqu’il n’y a aucun doute sur les motivations ayant inspiré les assassins, comme dans le cas des évènements qui se sont produits récemment en Belgique, en France ou en Tunisie, on parle d’actes terroristes.

Même si on « gomme » islamiste.

On supprime ainsi la motivation du crime. Le but de ce travestissement est connu : éviter l’amalgame entre bons (majorité) et mauvais musulmans (toute petite minorité).

Lorsqu’il n’y a pas « islamiste » – comme dans le cas du copilote allemand – mais cependant acte terroriste, on « gomme » terroriste, donc on gomme l’acte lui-même.

Dans les deux approches, la réalité est travestie.

D’un côté, la motivation est occultée, de l’autre c’est l’acte qui est nié. C’est ce phénomène de double négation du réel qu’il nous faut interroger ; en premier lieu répondre à la question : y a-t-il une relation entre les deux termes de la négation ? Négation de la motivation de l’acte terroriste d’inspiration islamiste ; négation de l’acte lui-même lorsque la motivation nous échappe. Une relation de cause à effet existe-t-elle entre ces deux négations ?

La négation de la motivation de l’acte terroriste lorsqu’elle a pour source l’Islam

Nous savons comment et pourquoi nos dirigeants occultent la motivation islamiste des actes terroristes. Même lorsqu’ils sont contraints de l’accepter, ce qui est relativement rare, ils s’empressent d’ajouter « cela n’a rien à voir avec l’islam ». Dans le même temps, ils affirment la chose et son contraire.

Lorsque les anarchistes, au début du XXème siècle, commettaient des actes terroristes, la propagande gouvernementale avait pour objectif de disqualifier leurs auteurs et leur cause en insistant sur l’horreur du crime.

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Dès lors que ces actes devenaient contre-productifs pour la défense de la cause socialiste ou anarchiste, leurs auteurs y ont mis un terme.

Rien de tel pour ce qui est de la lutte contre le terrorisme islamiste.

La propagande officielle vise à protéger l’Islam, à éviter que cette religion et ses adaptes ne soient stigmatisés. Conséquence immédiate : les terroristes n’ont aucune raison de cesser leur action dès lors que leur but, ce pourquoi ils se battent – le triomphe de l’Islam – est miraculeusement épargné par leurs ennemis.

Mais le gommage de la motivation religieuse des actes de terrorisme a une autre conséquence, celle-là autrement plus redoutable. C’est ce que nous enseigne l’acte commis par le pilote allemand.

Les conséquences de la négation de la motivation de l’acte terroriste

A la suite des évènements de janvier 2015 survenus en France, ou ceux qui se sont produits en Tunisie, nous avons remarqué qu’hommes politiques et grands médias condamnaient le « terrorisme ».

En refusant de dire de quel terrorisme il s’agit, nos dirigeants font du terrorisme non pas un moyen au service d’une cause, mais une fin en soi, une sorte de catégorie nouvelle propre à l’art de la guerre, de la révolte individuelle radicale, ou du mal-être sociétal.

Etre terroriste acquiert ainsi, indépendamment de toute inspiration religieuse, idéologique, doctrinaire, un statut sui generis.

On est terroriste comme on est soldat ou chef d’Etat ou citoyen. Le statut de terroriste devient ainsi détachable des finalités poursuivies, des motivations particulières qui l’ont inspirées. Nos dirigeants le proclament haut et fort, partout : ils luttent contre le « Terrorisme ».

Le message que délivrent les dirigeants occidentaux est clair : le terrorisme est universel, n’importe qui peut en devenir adepte. Il n’est absolument pas propre à l’Islam. L’Islam n’en est que la victime. Outre le rabaissement de l’Islam que cette vision induit (religion passive, incapable de lutter contre cette force qui la dénaturerait) le terrorisme est ainsi en quelque sorte laïcisé, universalisé. Il n’est plus attaché à la défense d’une cause particulière. Il est un absolu ; un être « en soi » ; il devient quelque chose de sacré, transcendant. Même les religions sont dominées par lui.

Nos dirigeants contribuent à forger une nouvelle forme de criminalité, indépendante des motivations premières. En dissociant l’acte terroriste de l’islamisme qui en est la source (1), ils font du terrorisme individuel une forme universelle du crime dans lequel n’importe qui peut s’engouffrer.

Les démocraties occidentales ne font que répéter l’erreur commise hier par de nombreuses sociétés musulmanes qui ont, sans le vouloir bien-sûr, valorisé le suicide terroriste lorsqu’il avait pour cible les Juifs ou l’Occident, l’offrant comme modèle de conduite politico-guerrière à leur jeunesse, laquelle a bien reçu le message, en faisant du terrorisme une arme utilisée tous azimuts, et notamment contre leur propre Etat.

Naissance d’une nouvelle forme de criminalité planétaire

Depuis l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac, nous savons que tuer un personnage célèbre rend célèbre. Pour certains mégalomanes délirants, le crime ouvre la porte de la gloire et de l’histoire et fait sortir de l’anonymat.

Incontestablement, avec les attaques du 11 septembre 2001, les islamistes ont inauguré une nouvelle ère : celle du suicide terroriste de masse. Pour protéger l’Islam et les musulmans, les dirigeants occidentaux en ont fait un acte détachable de sa motivation initiale. Le terrorisme de masse, émancipé de l’islamisme, devient universel. Il est la voix royale pour atteindre immédiatement le cœur des Etats et frapper ses dirigeants.

L’acte commis par le pilote allemand montre qu’il n’est point besoin d’être islamiste pour commettre ce genre d’assassinat de masse. Il suffit d’être mal dans sa peau, d’avoir des problèmes psychologiques profonds.

Si cette interprétation est exacte, alors nos sociétés sont menacées par un nouveau danger ; outre la menace du terrorisme islamiste, il faut ajouter cette menace diffuse contre laquelle nous n’avons quasiment aucun moyen de lutte : le terrorisme laïc individuel, propagé par le terrorisme islamiste, et malgré eux, par les politiques et les grands médias.

Les sociétés musulmanes ont été les premières victimes de la contagion du terrorisme islamique qu’elles se sont refusées à nommer, à combattre, et dont certaines faisaient même l’apologie. Elles parlaient de « résistants », de « héros », de « martyrs ». Jamais de fanatiques islamiques (2).

En raison de cette énorme erreur, (il faudrait dire faute) une grande partie du monde musulman dont les Etats ont été détruits, est aujourd’hui menacée de sombrer dans le chaos.

Si nos dirigeants ne corrigent pas rapidement leur attitude de déni, s’ils persistent à parler de « terrorisme » sans préciser à chaque fois de quel terrorisme il s’agit, alors il se pourrait que nos sociétés démocratiques connaissent un sort semblable à celui que connait actuellement une grande partie du monde arabo-musulman.

L’exemple du terrorisme islamiste, vidé de son contenu, aseptisé, modélisé, universalisé, propagé par nos dirigeants et par les médias, a donné naissance à un monstre  dont le pilote allemand risque d’être le premier d’une longue lignée : le terrorisme laïc individuel ou terrorisme individuel universel.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Sidney Touati pour Dreuz.info.

(1) Ils n’agissent pas ainsi avec les autres formes de terrorisme qu’il s’agisse du terrorisme Basque, Irlandais, Corse…

(2) La plupart des médias occidentaux, français notamment, parlaient de « résistants » pour qualifier les terroristes lorsque les Israéliens étaient leur cible.

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