Publié par Magali Marc le 19 avril 2015

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Au sujet des massacres et décapitations des Palestiniens à Yarmouk, les réactions faibles et tardives d’Abbas et de l’OLP ne sont pas faciles à décrypter.

La position des Palestiniens sur l’échiquier des alliances entre Saoudiens et Frères Musulmans (alliés du Hamas) d’une part, et de l’Iran, de la Syrie, du Hezbollah et de l’État Islamique d’autre part, est aussi difficile à débrouiller.

J’ai lu attentivement la dernière chronique qu’Hélios d’Alexandrie de Poste de Veille consacre à la situation au Moyen Orient ainsi que des textes de Khaled Abu Toameh du Gatestone Institute et de The Economist.

Voici ce que j’en retiens:

[dropcap]1- [/dropcap]Les Arabes palestiniens du «camp de réfugiés» (en fait un quartier en banlieue de Damas) de Yarmouk étaient protégés par Assad qui les a lâchés, estimant être trahi par eux puisqu’ils soutiennent majoritairement le Hamas et donc les Frères Musulmans, ses ennemis jurés.

Assad a donc froidement laissé les djihadistes de l’État Islamique entrer dans Yarmouk et massacrer les Palestiniens, n’ayant aucune envie de sacrifier ses soldats pour les protéger.

De plus, Assad achète le pétrole produit en Syrie par l’État islamique, car il en a besoin pour s’alimenter en électricité ! Assad et l’Éi sont donc parfaitement capables de coopérer tant qu’ils y trouvent leur intérêt.

[dropcap]2- [/dropcap]Les réactions tardives d’Abbas et de l’OLP à l’égard de cette situation s’expliquent peut-être par le fait qu’ils n’avaient pas prévu ce «revirement» d’Assad. Mais Abbas a d’autant moins envie d’intervenir que le torchon brûle entre lui et le Hamas depuis qu’il n’est plus question de réconciliation…

[dropcap]3- [/dropcap]Parlant du Hamas, le glissement vers l’Éi de centaines de ses membres se fait de plus en plus évident.

Mais se fait jour aussi la division au sein du Hamas même, déclaré organisation terroriste par l’Égypte.

Comment expliquer que les attaques dirigées contre les Palestiniens de Yarmouk, viennent à la fois de l’Éi et de l’armée syrienne ? Certes, on sait que le Hamas, qui soutenait Assad, a décidé de se ranger dans le camp des rebelles. Mais c’était avant que l’Éi ne s’en mêle ! Il semble que la position de faiblesse actuelle du Hamas fait de cette organisation à la fois une victime et un complice.

[dropcap]4- [/dropcap]Les gros problèmes du Hamas viennent aussi du côté de l’Égypte car, selon Khaled Abu Toameh (13 avril Gatestone Insitute), le président Abdel Fattah al-Sissi a presqu’entièrement mis fin à la contrebande d’armes vers Gaza.

[quote]Quiconque creuse un tunnel le long de la frontière égyptienne est passible de la prison à vie[/quote]

Depuis le début de l’année, les Égyptiens, (tardivement) plus efficaces que les Israéliens, ont découvert et détruit 240 tunnels destinés à la contrebande en provenance d’Égypte. De plus, al-Sissi a signé une nouvelle loi selon laquelle quiconque creuse un tunnel le long de la frontière égyptienne est passible de la prison à vie.

Comme les prix des fusils et des balles ont monté en flèche dans la Bande de Gaza, le Hamas ne sera guère pressé de se lancer dans une autre confrontation avec Israël.

Quand on ne peut pas agir, on parle, alors le Hamas parle maintenant de faire de la Bande de Gaza un État palestinien à part, tout en continuant la lutte contre l’État sioniste. Cela signifie t-il que la «solution à deux États» deviendrait une solution à trois États?

[dropcap]5- [/dropcap]Les Frères Musulmans ont vécu une sorte de réconciliation avec l’Arabie saoudite. En effet, le décès du roi Abdullah et l’arrivée de son successeur Salman ont changé la donne.

Un article dans The Economist souligne que le roi Salman a bien accueilli Rashid Ghannouchi, allié des Frères Musulmans en Tunisie, lors des funérailles du roi Abdullah. En février, le ministre des Affaires étrangères saoudien, Saud ben Faisal, a même dit : «Nous n’avons pas de problème avec les Frères Musulmans. Notre problème c’est un petit groupe qui leur est affilié.»

[dropcap]6- [/dropcap]Le jeu des alliances se complique d’autant plus que pour les Saoudiens, c’est l’Iran chiite et non les Frères Musulmans, de toute façon affaiblis, qui est vu comme l’ennemi de l’unité sunnite. Ainsi, au Yémen, souligne The Economist, l’Arabie saoudite a formé une alliance sunnite comprenant la Turquie et le Qatar (alliés des Frères) ainsi que l’Égypte et les Émirats Unis (ennemis des Frères).

[quote]Les Sunnites et les Chiites sont comme deux scorpions dans un bocal[/quote]

[dropcap]7- [/dropcap]Comme aucun de ces pays qui s’affrontent par djihadistes interposés ne sont de belles et reluisantes démocraties, nous assistons à une confrontation à mort entre deux versions de l’Islam. En somme, les Sunnites et les Chiites sont comme deux scorpions dans un bocal.

En soutenant l’un ou l’autre camp, l’Occident n’a pas grand chose à gagner, si ce n’est du pétrole pas cher, car l’Arabie saoudite peut se permettre d’inonder le marché grâce à ses immenses réserves monétaires. La baisse du prix du pétrole qui en résulte permet de ralentir l’économie iranienne déjà affaiblie par les sanctions.

[dropcap]8- [/dropcap]Le Hezbollah subit les conséquences du serrage de ceinture iranien dont les revenus pétroliers ont baissé. Son énorme réseau de financement d’écoles et d’hôpitaux qui lui permet de conserver l’appui de sa base chiite dépend des largesses de l’Iran. Or l’Iran, occupé comme il l’est à sauver le régime syrien et à lutter contre l’État Islamique en Irak, doit détourner ses ressources (en baisse) au détriment du Hezbollah.

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Le plus drôle, c’est que le camp sunnite et le camp chiite prônent la même idéologie.

Hélios d’Alexandrie explique:

«Dans les faits, l’islamisme, qu’on désigne également par islam politique ou intégrisme islamique, est un fascisme, il en possède toutes les caractéristiques :

[unordered_list style= »green-dot »]

  • Une idéologie bien structurée qui a «réponse à tout», qui exempte ou plutôt interdit à ses adeptes de réfléchir et de questionner, et qui exige une obéissance aveugle.
  • La paranoïa, l’islam est «menacé» par l’Occident à l’extérieur et par les «ennemis de l’islam» à l’intérieur.
  • La domination de la oumma (la collectivité des croyants) sur l’individu, lequel ne peut exister en dehors d’elle.
  • Le suprématisme religieux des musulmans (équivalent au suprématisme racial) qui les autorisent à discriminer, persécuter et dominer les non-musulmans, ces derniers étant assujettis, corps et biens à la oumma.
  • La violence, laquelle est dirigée contre tous ceux qui font obstacle à la domination de l’islam.
  • L’intolérance et la haine de tout ce qui n’est pas islamique et en particulier les juifs et les chrétiens.
  • Le principe de responsabilité collective des non-musulmans, laquelle autorise les croyants offensés à user de violence contre eux, même s’ils ne sont aucunement impliqués dans l’offense ou le préjudice.
  • L’esprit de conquête et le projet d’étendre sa domination sur le monde entier.

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Et, last but not least, la place primordiale accordée au chef, le calife ou l’ayatollah suprême, lequel concentre tous les pouvoirs entre ses mains et exerce son autorité sur tous les sujets.»

Ils ont tout pour s’entendre comme larrons en foire, mais voilà tous les vizirs veulent être calife à la place du calife!

Hélios ajoute :

«Il est étonnant que les occidentaux qui ont subi tant de souffrances et de destructions à cause du fascisme, avant et durant la deuxième guerre mondiale, se montrent à ce point aveugles ou inconscients face au fascisme islamique. Il est tout aussi étonnant de voir la gauche, supposément ennemie jurée du fascisme, se lover amoureusement dans ses bras. Cette idylle en apparence contre nature s’explique par l’existence de sentiments communs, dont la haine du christianisme et de la civilisation occidentale.» (Source: Poste de Veille)

Je suis d’accord: les leaders occidentaux gauchistes tels Obama et Hollande qui soutiennent les Islamistes et veulent combattre l’«islamophobie» ne savent pas de quel côté leur pain est beurré.

Clairement, Abbas ne fait pas le poids face à de puissants joueurs qui s’entretuent en défendant âprement leur part de pouvoir. S’il savait sur quel pied danser, Abbas inviterait au bal des négociations Binyamin Netanyahou afin de donner une vraie chance aux Palestiniens de tirer leur épingle du jeu.

En attendant, les arabes palestiniens de Gaza, de Ramallah et de Yarmouk demeurent ce qu’ils ont toujours été : des pions sur un dangereux échiquier.

Et comme d’habitude, ils sont mal barrés.

Vite une flotille!

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc pour Dreuz.info.

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