Publié par Magali Marc le 17 mai 2015

judée-samarie

J’ai voulu réagir rapidement aux reportages mensongers sur la soi-disant «nouvelle» de la reconnaissance d’un État palestinien par le Vatican à l’occasion de la signature d’une entente dont le but premier était d’assurer les droits des Chrétiens vivant sous la gouverne de l’Autorité palestinienne.

Ce faisant, j’ai laissé de côté la réitération par le Vatican de son appui à la solution des deux États, ce qui a fait réagir avec raison certains lecteurs de Dreuz. Cette question mérite une discussion sérieuse.

Depuis quelques temps, la solution à deux États est remise en question notamment par des personnes comme la journaliste, auteure et ancienne conseillère en politique étrangère de Nétanyahou, Caroline Glick, dans son livre paru l’an passé: The Israeli Solution: A One-State Plan for Peace in the Middle East*.

Je n’ai pas lu ce livre mais j’en ai vu des comptes rendus et plus particulièrement les analyses du professeur israélien de science politique, Emmanuel Navon.

Je passe sur les objections que certains ont émises relativement aux thèses de Caroline Glick concernant la question démographique (selon Mme Glick, les données démographiques réelles jouent en faveur d’une confortable majorité juive en cas d’annexion).

Mais le professeur Navon donne plusieurs raisons de prendre au sérieux les thèses de ce livre.

[dropcap]P[/dropcap]remièrement, lorsque Mahmoud Abbas envisage la solution à deux États, il souhaite voir d’un côté, un État juif submergé par des Palestiniens profitant du «droit de retour» qu’il n’a cessé d’exiger, et de l’autre, un État palestinien dans lequel aucun Juif n’aurait le droit d’habiter. De toute évidence, cette version de la solution à deux États causerait la disparition de l’État juif.

C’est parce qu’il voulait la reconnaissance du «droit de retour» des Palestiniens qu’Abbas a refusé l’offre d’Olmert en 2008 et qu’il n’a pas voulu revenir à la tables des négociations l’an passé.

Avec la plus parfaite mauvaise foi, les leaders occidentaux se sont obstinés à blâmer Nétanyahou pour cette impasse.

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On peut s’étonner que la solution à deux États soit toujours préconisée par Obama (encore dernièrement), Kerry, l’UE, Ban Ki Moon, le Vatican et autres «amis» d’Israël.

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs

Malgré l’entêtement d’Abbas, tout le poids des critiques porte sur Nétanyahou, tandis que, selon Emmanuel Navon, les Palestiniens eux :

«… bénéficient d’une complète immunité. Obama n’a jamais exigé d’Abbas qu’il prouve sa sincérité sur la solution à deux Etats, et n’a jamais menacé de réévaluer sa politique envers l’Autorité palestinienne.
Et ce, malgré l’alliance d’Abbas avec le Hamas ; malgré l’absence d’élections au sein de l’Autorité palestinienne depuis 2006 ; malgré le refus d’Abbas de répondre à l’offre de paix de l’ancien Premier ministre Ehoud Olmert en 2008 ; à celle de Hillary Clinton en 2011, puis à celle de John Kerry l’an dernier ; malgré l’accusation de génocide d’Abbas contre Israël à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies ; malgré l’incitation antisémite dans les médias de l’Autorité palestinienne ; malgré les déclarations répétées d’Abbas selon lesquelles aucun Juif ne sera toléré dans l’État palestinien ; et malgré l’insistance d’Abbas qu’il peut renoncer à son propre « droit au retour » à Safed mais pas à celui de 5 millions de Palestiniens en Israël.»

[dropcap]D[/dropcap]euxièmement, Navon trouve ridicule de préconiser la création d’un 23ème État arabe «démocratique» pour avoir la paix au Moyen Orient, alors que les 22 États arabes existants sont des semblants de démocratie, ou bien des dictatures islamiques en conflit les unes contre les autres.

Un sondage récent montre un glissement de l’opinion publique israélienne vers le scepticisme envers la solution à deux États. Aucune personnalité politique israélienne, à ma connaissance, n’a repris les idées de Caroline Glick sur l’annexion pure et simple de la Judée et de la Samarie avec citoyenneté israélienne pour les Arabes palestiniens. Je serais donc bien en peine de faire une quelconque prédiction sur l’avenir de cette thèse.

Benyamin Nétanyahou avait dit avant son élection qu’aucun État palestinien ne serait établi sous sa gouverne et cette déclaration avait été comprise comme un rejet de la solution à deux États.

Mais après sa réélection, lors d’une interview à la chaîne américaine NBC, Nétanyahou a expliqué clairement sa position:

«Je ne veux pas d’une solution d’un État. Je veux une solution pacifique et durable, de deux États. Mais pour cela, les circonstances doivent changer».

À moins d’adopter les thèses de son ancienne conseillère en politique étrangère, Nétanyahou se verra contraint de revenir à la table des négociations avec Abbas (qui menace encore de traîner Israël devant la Cour pénale internationale pour «crimes de guerre»).

Ce qui permet un certain répit au premier ministre israélien, c’est la situation de la Syrie et la guerre de conquête menée par l’État Islamique qui donnent du fil à retordre aux leaders occidentaux.

Personne ne peut prétendre que le conflit israélo-palestinien est le problème le plus urgent à régler au Moyen Orient.

Sur la question de l’annexion de la Judée et de la Samarie par Israël, Navon conclut:

«Si Ben-Gourion avait écouté les statisticiens et les démographes en 1947, il n’y aurait jamais eu d’État juif. Contrairement à ce que ces statisticiens et ces démographes affirment aujourd’hui, l’annexion de la Judée et de la Samarie ne remettra pas en cause le caractère juif et démocratique de l’État d’Israël –à condition cependant que le gouvernement fasse de l’Aliya occidentale sa priorité. Comme le dit Ben-Gourion après avoir déclaré l’Indépendance: ‘Un gouvernement juif qui ne donne pas la priorité à l’Aliya et à la conquête de la terre trahirait sa responsabilité suprême et compromettrait la grande réalisation historique de notre génération.’

[dropcap]P[/dropcap]our revenir au Vatican : il semble que quelqu’un a décidé de changer la mention «OLP» par «État palestinien» dans l’entente conclue avec les représentants de l’Autorité palestinienne. On sait que le Pape François ne rédige pas lui-même ce genre de texte.

Aux dernières nouvelles, François aurait qualifié Abbas «d’ange de la paix». Alors ou bien il fait preuve d’une naïveté renversante ou bien il fait ce que les Anglais appellent du wishful thinking, ou bien ses propos ont été déformés.

Néanmoins, le Saint-Père a insisté sur le fait que les négociations de paix avec Israël doivent reprendre, ce qui indique qu’il ne croit pas à l’existence de facto de l’État palestinien.

Par contre, c’est toujours la solution à deux États qui est préconisée, aucune originalité du Vatican de ce côté-là.

Comme c’est à Abbas que le Pape François parlait quand il disait que les négociations de paix doivent reprendre, on peut estimer que c’est sur lui qu’il mettait la pression.

Le wishful thinking était peut-être du forward thinking, mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc pour Dreuz.info.

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