Publié par Magali Marc le 21 juin 2015

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Jacques Parizeau, ancien premier ministre du Québec et surtout ministre des finances sous René Lévesque, est décédé le 1er juin dernier. Ses adversaires autant que ses amis lui ont rendu un vibrant hommage. Respecté de tous, M. Parizeau a eu droit à des funérailles d’État.

Toujours tiré à quatre épingles et un tantinet arrogant, Jacques Parizeau avec ses allures de grand bourgeois n’avait pas le charisme d’un René Lévesque, ni les dons d’orateur d’un Lucien Bouchard.

Il avait quitté le gouvernement de René Lévesque en 1984 lorsque ce dernier avait décidé, après la défaite référendaire de 1980, d’appuyer le renouvellement du fédéralisme que proposait le nouveau premier ministre canadien Brian Mulroney.

Homme de conviction, sa foi indépendantiste était passée avant sa loyauté et son amitié pour René Lévesque pour lequel cette démission avait été un réel coup dur.

L’artisan de la modernisation économique et de l’émergence d’un capitalisme québécois

En tant que conseiller économique dans les années 60 puis comme ministre des finances dans les années 70, Jacques Parizeau a été l’artisan de la modernisation économique du Québec.

Les Québécois lui doivent (ainsi qu’à d’autres tel André Marier) la nationalisation des compagnies d’électricité et la création de la Caisse de Dépôt et Placement.

Parizeau a contribué à l’émergence d’un capitalisme québécois francophone en instaurant le Régime d’épargne-actions et le Fonds de solidarité de la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ).

Lorsque j’ai vu sur Internet le débat récent entre Ériz Zemmour et Michel Onfray (devant un auditoire niçois), j’ai entendu Zemmour dire que la France est un pays capitaliste sans capitaux. J’ai ainsi réalisé que c’est largement grâce à Jacques Parizeau que le Québec est bien placé pour investir dans des entreprises québécoises plutôt que de permettre qu’elles soient entièrement cédées à des intérêts étrangers.

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Grâce à la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec (CDPQ), le Québec conserve des parts dans les compagnies lorsqu’elles sont vendues ce qui permet de maintenir les sièges sociaux et les emplois au Québec (ex: le Cirque du Soleil).

La CPDQ peut aussi renflouer une entreprise en perte de vitesse telle que Bombardier dont les rendements s’amenuisaient en 2014 mais qui vient maintenant de s’allier avec le géant de l’industrie militaire Lockheed pour décrocher un important contrat de l’armée américaine.

La CDPQ peut aussi s’associer à d’autres investisseurs comme Goldman Sachs pour acheter une entreprise ou investir dans un projet d’agrandissement d’un aéroport (à Québec) ou se mettre en partenariat avec une importante firme de construction d’autoroutes à péage mexicaine (Empresas ICA).

Grâce au visionnaire Jacques Parizeau, les entreprises québécoises appuyées par la CDPQ ne craignent pas d’être en compétition ou de s’associer avec des géants internationaux.

Le but de Jacques Parizeau était de passer par la gestion économique pour favoriser l’émergence d’un État québécois capable de réaliser l’indépendance du Québec.

Comme il a refusé de pratiquer la politique du pire et que le Québec a pu évoluer économiquement en demeurant dans la fédération canadienne, l’indépendantiste forcené qu’était Parizeau a échoué là où l’économiste visionnaire avait réussi.

C’est ainsi que confiants dans leurs capacités de gestion économique, les Québécois n’éprouvent pas le besoin de se séparer du Canada.

L’échec du référendum de 1995 dont les résultats étaient très serrés, a été le coup de grâce de la carrière politique de Jacques Parizeau.

Il en était resté amer et critiquait souvent ses successeurs à la tête du Parti Québécois pour leur manque de conviction, ce qui lui a valu l’appellation peu flatteuse de «belle-mère» du parti.

Pour ses détracteurs, il a beaucoup été question lors de ses funérailles des paroles malheureuses qu’il a eues le soir de cette défaite référendaire, l’attribuant à «l’argent» et au «vote ethnique».

D’aucuns ont voulu faire passer l’ancien premier ministre pour un raciste, mais ce serait faire fi du fait que sa première femme (décédée en 1990), Alicia Poznanska était une juive polonaise survivante de la Shoah dont les parents avaient péri à Bergen Belsen.

Pour mémoire, René Lévesque, attaché aux forces américaines en 1945 à titre de correspondant de guerre pour les troupes du général Patton, avait participé aux campagnes militaires de France, d’Allemagne et d’Autriche. C’est en compagnie d’une unité américaine que Lévesque a découvert le camp de concentration de Dachau, fin avril 1945. Il resta profondément bouleversé d’avoir vu les visages hagards des prisonniers accueillant les libérateurs.

Ayant suivi de tels leaders, les souverainistes québécois ne méritent donc pas d’être taxés de racisme ou d’antisémitisme.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc pour Dreuz.info.

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