Publié par Magali Marc le 7 juin 2015

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Depuis les élections provinciales d’Alberta en mai dernier qui ont amené la défaite cinglante du premier ministre conservateur, Jim Prentice aux mains de la candidate du NPD (niveau provincial), Mme Rachel Notley, les sondages pan-canadiens ne cessent de montrer qu’il pourrait bien y avoir un effet d’entraînement au niveau fédéral.

Le Nouveau Parti Démocratique (NPD) ne semble plus voué à rester dans l’opposition et pourrait bien former le prochain gouvernement à Ottawa le lendemain des élections fédérales, le 19 octobre prochain.

Au Canada, les partis fédéraux ont leurs pendants au niveau provincial et les succès ou les échecs des uns ont une influence sur les autres.

En Alberta, une élection provinciale a été tenue en mai dernier. Le Parti Conservateur au pouvoir depuis 40 ans a été défait par le NPD. Un autre parti de tendance conservatrice, le Parti Wildrose compose la nouvelle opposition officielle, reléguant les Conservateurs provinciaux au troisième rang.

Le Parti Conservateur canadien (PCC) domine encore en Alberta mais la déroute de son pendant provincial a de quoi lui donner des sueurs froides.

[quote]Il est douteux que Stephen Harper puisse former un gouvernement majoritaire en octobre prochain[/quote]

Même si les sondages les plus récents donnent encore le PCC en tête, au niveau canadien, les partis sont au coude à coude dans les intentions de vote. Il est douteux que Stephen Harper puisse former un gouvernement majoritaire en octobre prochain.

Il reste encore trois mois d’été et un mois de campagne électorale mais Thomas Mulcair peut commencer à se voir en premier ministre du Canada plutôt qu’en chef de l’opposition.

Justin Trudeau, le jeune chef du Parti Libéral du Canada (PLC) n’est pas vraiment dans la course. À moins de faire une campagne électorale du tonnerre (le PLC en a les moyens), le jeune Trudeau ne se retrouvera pas à la barre du pays et même pas chef de l’opposition.

Thomas Mulcair (qui a été ministre de l’environnement dans un gouvernement libéral au Québec) devra donc être pris au sérieux par le PCC qui jusqu’à présent s’est plutôt concentré sur la personnalité de Trudeau, lequel s’est révélé gaffeur et fait maintenant figure de poids léger.

C’est au Québec que le NPD compte le plus d’appuis.

Il n’y aurait guère qu’un éventuel rebond du parti indépendantiste, le Bloc québécois (BQ), pour le contrer.

En effet, le BQ devrait profiter de la popularité du chef du Parti Québécois, Pierre-Karl Péladeau (héritier d’un magnat de la presse au Québec), nouvellement élu à la tête du parti indépendantiste provincial qui aura là l’occasion de démontrer sa capacité à influencer le cours des événements.

En reprenant quelques circonscriptions perdues en 2011, le BQ pourrait ralentir l’avancée du NPD au Québec.

Mulcair s’est montré un chef de l’opposition redoutable lors des débats à la Chambre des Communes. Cependant, dans les coulisses, cet ancien libéral est souvent critiqué par les membres plus à gauche que lui.

Les Néo-démocrates sont les plus à gauche sur l’échiquier canadien. Ils ont l’appui des syndicats et proposent d’accroître les dépenses gouvernementales en matière de santé, d’éducation, d’environnement ; d’investir dans les énergies renouvelables et la création d’emploi ; d’aider les personnes handicapées, les pauvres, les Amérindiens. Bref, ils offrent un programme fait de mesures racoleuses qui passent pour «progressistes» et feraient plaisir à un peu tout le monde.

Bien entendu rien de tout ce beau programme ne serait possible sans une substantielle augmentation d’impôt.

Les plus radicaux parmi eux sont écologistes, pacifistes et pro-palestiniens (comme tout ce qui est à gauche).

Cela explique les positions de Thomas Mulcair contre la loi C51 (voir mon article du 31 mai sur Dreuz-info), en faveur du port du niqab, hijab et tout ce qui est foulard musulman et contre toute intervention militaire du Canada où que ce soit.

Mulcair a reproché à Harper de mener une campagne de peur (du terrorisme) pour réduire les libertés des Canadiens avec sa loi C51, étant bien entendu, selon lui, que la défense des droits et libertés est affaire de gauche.

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Mulcair connaît bien la communauté juive canadienne. Son épouse est une sépharade d’origine franco-turque dont les parents sont des survivants de la Shoah. Dans le passé, il a pris position en faveur d’Israël à plusieurs reprises. Lors du conflit à Gaza à l’été 2014, il a déclaré que «le Hamas est une organisation terroriste» et qu’ Israël «a le droit de protéger ses citoyens contre ses attaques, tout en veillant à la protection des civils». Cette position lui a valu la démission fracassante, en août 2014, d’une députée d’une circonscription de la Rive Sud de Montréal, d’origine tunisienne, Mme Sana Hassainia. Mme Hassainia estimait que Mulcair avait modifié la position traditionnellement pro-palestinienne du parti.

Mulcair ne pourrait sans doute pas maintenir la position de Stephen Harper d’appui inconditionnel envers Israël et d’amitié avec Benyamin Nétanyahou s’il devenait premier ministre. Il n’aurait pas l’appui d’autres membres influents du parti qui n’ont rien dit l’été dernier mais n’en pensent pas moins.

Le site Point de Bascule a souligné que lors d’une visite au centre islamique de Mississauga (Ontario), en mars dernier, Thomas Mulcair a salué la «contribution remarquable des musulmans au Canada» et a fustigé «l’islamophobie» de Stephen Harper qu’il a accusé de cibler la communauté musulmane avec sa loi C51.

Mulcair veut ratisser large et montrer une ouverture d’esprit envers les musulmans pour avoir leurs votes, ce qui pourrait faire la différence dans les quelques circonscriptions sur l’Île de Montréal où ils sont relativement plus nombreux (autour de 10% à 15%) et que le Parti Libéral espère récupérer.

Mais le chef du NPD est tout aussi capable de coiffer la kippa et de se pointer dans une synagogue pour fêter Roch Hachana ou Yom Kippour ou toute autre fête juive ayant lieu avant le 19 octobre !

Les autres chefs politiques en feront autant.

Voici en résumé, un portrait de celui qui pourrait bien être le prochain premier ministre du Canada.

À ce stade-ci, il semble que ni Harper, ni Mulcair ne seraient en mesure de former un gouvernement majoritaire. Bien entendu, il est encore tôt et la campagne électorale pourrait grandement changer la donne.

Harper pourra t-il remonter la pente ? Trudeau rebondira t-il ?

Mystère et boule de gomme.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc pour Dreuz.info.

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