Publié par Magali Marc le 28 juin 2015

Comme s’y attendaient Gérald Steinberg et Anne Herzberg, les éditeurs du texte que NGO Monitor nous donnait il y a deux semaines (voir mon article sur Dreuz du 14 juin dernier), ainsi que toute l’équipe de Dreuz, les auteurs du Rapport de la Commission d’enquête (CE) du Conseil des Droits de l’Homme (CDH) ont concocté un rapport biaisé qui accuse Israël et ménage le Hamas.

Cette fois, les auteurs ont été plus habiles que ceux qui ont écrit le Rapport Goldstone en 2009 : les allégations contre Israël sont enrobées de références au droit international, et les groupes armés palestiniens pourraient bien avoir commis des crimes de guerre. Les grands médias et leurs lecteurs distraits n’y verront que du feu.

Publié le 22 juin dernier, ce Rapport est étalé sur 346 pages. Les auteurs ont interviewé 280 victimes et témoins et reçu 500 témoignages écrits.

Ils parlent continuellement de Gaza Occupée (Occupied Gaza).

Ils s’en expliquent en disant qu’il n’est pas nécessaire de maintenir des troupes d’occupation pour être reconnu comme un occupant, selon le droit international, alors que la Cour européenne des Droits de l’homme, lors de deux procès importants, vient d’affirmer le contraire (voir l’article de Jean Patrick Grumberg du 19 juin).

Étant donné qu’Israël maintient un contrôle naval et aérien de Gaza, ainsi qu’un contrôle de ceux qui vont et viennent, et que les Israéliens ont la capacité d’envoyer des troupes assez rapidement dans Gaza pour «faire sentir leur autorité», les auteurs se pensent fondés de se référer à Gaza comme à un «territoire occupé» par Israël.

Pour justifier encore davantage cette expression, ils citent le Tribunal militaire de Nuremberg selon lequel l’Allemagne nazie ayant maintenu son contrôle sur la Grèce et sur la Yougoslavie jusqu’à l’évacuation de 1944 et cela en dépit de la présence de partisans qui contrôlaient à certains moments, certaines sections de ces pays, l’Armée allemande était donc une force occupante de ces deux pays.

À ce compte là, le Canada est occupé par les États-Unis, puisque leur armée n’aurait qu’à traverser la frontière pour l’envahir et lui faire «sentir leur autorité», ainsi et surtout que tous les pays voisins de la Russie, de la Chine, de la Corée du nord, de l’Iran …

Le «blocus» d’Israël est présenté comme ayant étouffé l’activité économique de Gaza et imposé de graves restrictions aux habitants de Gaza, comme si c’était là sa raison d’être, et comme si le Hamas n’avait pas détruit la totalité des installations agricoles laissées par Israël lorsqu’il s’est retiré en 2005.

Le blocus, également exercé par l’Égypte, n’est mentionné que pour souligner que là encore, par un tour de magie inexpliqué, c’est Israël qui contrôle la situation car les droits de passage sont accordés seulement à ceux qui détiennent des passeports délivrés par Israël.

Malgré les pertes de vie occasionnées par les conflits dans la Bande de Gaza, les Gazaouis sont décrits comme ayant fait preuve d’un « admirable esprit de résistance », tandis que les Palestiniens vivant en Cisjordanie ou à Jérusalem Est auraient eux été « victimes de violences et de violations de leurs droits par les colons israéliens ».

Comme on s’en doute, cette façon de voir la relation israélo-palestinienne donne aux auteurs pleine licence d’exonérer le Hamas de toute responsabilité, autant dans la gestion au jour le jour de Gaza que dans les événements qui ont marqué le conflit lors de l’Opération Bordure Protectrice. Le rapport n’a pas non plus prévu de se demander pourquoi le Hamas n’a pas respecté les cessez-le-feu ce qui aurait protégé la vie des habitants, ou fermé les écoles de Gaza, comme en Israël.

Il n’est question dans le Rapport que de groupes armés palestiniens (Palestinian armed groups) parmi lesquels les auteurs ont finalement identifié les Brigades Al-Quassam sans jamais remarquer aucun lien qu’elles entretiendraient avec le Hamas.

[quote]Il n’est jamais question de la responsabilité ou de la stratégie du Hamas, et encore moins des objectifs compris dans sa Charte.[/quote]

Le Hamas est rarement mentionné dans le Rapport, et seulement au début, quand des sources israéliennes sont citées ainsi que dans les notes en bas de page reliées à ces citations. Il n’est jamais question de la responsabilité ou de la stratégie du Hamas, et encore moins des objectifs compris dans sa Charte.

La Commission d’Enquête Schabbas-Davis n’a pas eu la coopération d’Israël mais elle se félicite d’avoir eu la pleine et entière collaboration de l’État de Palestine (?). Étrange «État» qui ne délivre pas de passeport et n’a ni monnaie ni histoire  …

Les grands principes

Selon le principe de distinction, il appartient aux belligérants de distinguer les civils des militaires et donc de cibler seulement ces derniers.

Les principes de proportionnalité et de précaution obligent les belligérants à éviter des pertes civiles excessives au regard de l’avantage militaire anticipé et de minimiser les pertes civiles en vérifiant que les cibles visées sont bien des cibles militaires.

Une fois posés ces principes, le Rapport s’emploie à démontrer qu’Israël – signataire des quatre Conventions de Genève – a plus de responsabilités dans le conflit que les groupes armés palestiniens.

Les systèmes de guidage défectueux des lance-roquettes des Brigades Al-Quassam faisaient en sorte que leurs tirs n’étaient pas aussi efficaces que les répliques israéliennes.

On présume que le nombre réduit de victimes israéliennes limiterait la responsabilité des Brigades pour ce qui est des crimes de guerre.

Les tunnels creusés (on ne sait par qui) pour permettre aux «groupes armés» de s’en prendre à des civils israéliens ne sont responsables que d’avoir « causé de l’anxiété » à ces derniers.

D’ailleurs, les auteurs ne se sentent pas en mesure de déterminer avec certitude (cannot conclusively determine) quelles étaient au juste les intentions des Palestiniens qui ont creusé ces tunnels.

Ils estiment que durant la période examinée par eux, les tunnels n’ont servi que contre des positions de l’armée israélienne dans les limites de la Ligne Verte. Par conséquent, les tunnels n’ont servi que contre des cibles militaires légitimes.

Les Israéliens, eux, n’ont pas le bénéfice du doute.

Les auteurs reprennent l’argumentation des ONG droit-de-l’hommistes (présentes aussi dans le Rapport Goldstone) à l’effet que le blocus israélien de Gaza constitue une punition collective envers les Palestiniens sans jamais mentionner les raisons de ce blocus.

Le Rapport fait état de pas moins de 6 000 frappes aériennes israéliennes dans le but de détruire des maisons dans Gaza et de tuer les civils qui s’y trouvaient.

Les «témoins» palestiniens sont pour la plupart des survivants, demeurés anonymes «par mesure de protection» – on ne sait pas contre quoi ou qui. Ils ont laissé leurs familles dans ces maisons (alors qu’eux se mettaient à l’abri ?) et racontent à la CE via Skype, qu’ils ont trouvé leurs maisons anéanties et les corps de leurs femmes et enfants sous les décombres.

Ils n’avaient reçu aucun avertissement de l’armée israélienne, aucun pamphlet et aucune «frappe sur le toit» ne les avait prévenus.

Ces «témoins» insistent sur le fait qu’il n’y avait aucune milice, aucun groupe armé chez eux ou près de chez eux (alors qu’ils ne s’y trouvaient pas puisqu’ils ont survécu …).

L’armée israélienne aurait donc bombardé des cibles civiles sans retirer aucun avantage militaire, ce qui est contraire au principe de proportionnalité.

Par contre, au paragraphe 92, les auteurs estiment que :

«…les groupes armés palestiniens ont tenté d’avertir les civils en Israël des attaques qui pourraient les toucher. Par exemple, selon les informations fournies par le ministère des Affaires étrangères de l’Etat de Palestine (sic), le 12 Juillet 2014 un groupe armé à Gaza annoncé en arabe et en hébreu qu’il allait mener une attaque sur Tel Aviv et spécifié le moment où l’attaque devait avoir lieu.

À une autre occasion, selon les rapports des médias, les Brigades Al Quassam ont émis un avertissement aux compagnies aériennes de ne pas voler vers l’aéroport Ben Gourion car celui-ci est le site d’une base militaire.

Le 20 Août 2014, les Brigades Al Quassam, ont averti une fois de plus les compagnies aériennes internationales de ne pas voler vers Tel Aviv, au moyen d’un communiqué de presse publié en anglais, à partir du lendemain matin.

Les résidents des communautés situées dans le voisinage de la bande de Gaza ont été enjoints d’éviter de retourner chez eux ou de rester dans leurs abris.»

Plutôt que de voir ces avertissements comme autant de menaces visant à bloquer le trafic aérien vers Israël, lui causant ainsi de sérieuses pertes économiques, les auteurs du Rapport préfèrent imaginer que les Brigades Al-Quassam ont tenté d’épargner les civils israéliens de Tel Aviv !

Comme l’avait prévu NGO Monitor, au paragraphe 673 (vers la fin), pour donner une impression d’équilibre, les auteurs se disent «sérieusement préoccupés par le fait que des «groupes armés» auraient lancé aveuglément des missiles vers Israël, ciblant ainsi des civils israéliens et violant le droit international humanitaire. Ajoutant à cela, les exécutions sommaires de Palestiniens accusés de collaboration avec l’ennemi, les auteurs concluent que de tels actes pourraient constituer des crimes de guerre.

Le Rapport se termine sur un prêchi-prêcha envers tous les partis au conflit, les enjoignant de respecter le droit international.

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Conclusion: ce n’est pas en lisant le Rapport de cette Commission d’Enquête qu’on risque de comprendre ce qui s’est passé l’été dernier à Gaza.

Pour cela, il faudrait lire le rapport du gouvernement israélien : The 2014 Gaza Conflict, 7 July- 26 August 2014, Factual and Legal Aspects ou bien celui du Jerusalem Center for Public Affairs : The Gaza War 2014, The War Israel did not want and the disaster it averted.

Encore faut-il savoir que ces textes existent, car les grands médias occidentaux n’en ont pas parlé. Sans doute ces études sont à considérer comme de la propagande israélienne, tandis qu’un Rapport de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU est à prendre comme vérité d’évangile.

Peut-être que les gens n’ont pas envie de comprendre ce qui s’est passé.

Certains par paresse, d’autres parce qu’ils préfèrent camper sur leurs positions pro-palestiniennes et continuer de croire que les Palestiniens sont des victimes dépossédées sans pouvoir et sans responsabilité.

Dans mon entourage, des collègues qui suivent de loin la situation du Moyen Orient me disent que les Israéliens sont les plus forts, ou bien qu’ils ont pour eux les puissants lobbys juifs aux États Unis. Comme si les lobbys juifs à Washington pouvaient protéger les Israéliens à Sderot ou Tel Aviv …

Encore heureux que les Israéliens soient les plus forts !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc pour Dreuz.info.

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