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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 6 juillet 2015

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Confusion indécision et crainte, c’est l’impression qui ressort des dizaines de dépêches et commentaires politiques qui suivent le non (όχι) massif au référendum grec.

61,31% ont dit NON contre 38,69% pour le OUI, avec un taux de participation de 62,5%.

Notons que les sondages de samedi dernier donnaient au oui un léger avantage avec 44,8 %, contre 43,4 % pour le non, et 12% pour les indécis : avec une fiabilité qui rivalise avec le train WaraWara de Bolivie, la réputation des sondeurs et de leurs méthodes de travail prend un coup dur.

Clairement, les médias grecs, détenus par les oligarques, ont tout fait pour effrayer les Grecs et les pousser à voter oui. L’Allemagne, la France et les dirigeants de l’Union européenne également. Et les Grecs ont dit : « même pas peur ».

Le pompon revient au Président du Parlement européen, Martin Schulz, que l’idée d’un référendum populaire dégoûte au plus haut point, et qui a eu le culot d’affirmer que les Grecs se sont trompés, puisqu’ils ont rejeté « des propositions sur lesquelles sont d’accord les 18 autres pays membres de la zone euro ». Sauf que les 18 autres membres de la zone euro n’ayant pas fait de référendum, la comparaison n’a pas de sens – j’espère pour les Européens que le niveau de réflexion de Schulz n’est pas aussi primaire dans ses prises de décisions. Autrement formulé, si un homme éduqué doté de tant de pouvoirs est bête, bonjour les dégâts.

Même s’ils ne peuvent pas comprendre l’enjeu réel du vote, les Grecs n’ont pas cédé à la peur. Et s’ils ont voté contre une austérité forcément douloureuse, rien ne dit que le non n’apportera pas plus de misère encore. Peut-être qu’à tout choisir, les plus économiquement éduqués préfèrent une douleur responsable à une douleur imposée.

Car ils ont cédé au ressentiment. La situation économique – le chômage élevé et la pression fiscale qui pèse sur les ménages qui payent des impôts, n’est pas exactement le problème des organismes bancaires, et elle ne fait que se dégrader depuis 5 ans.

Une fois de plus, les banques, « la finance » sont sur la sellette, alors que la faute revient aux gouvernements grecs successifs – sauf à soutenir qu’ils ne sont pas responsables de leurs décisions économiques, et encore moins de leurs conséquences. Cette pensée à la mode, cette tendance à la déresponsabilité générale, largement partagée par les gens politiquement corrects ET incorrects, m’inspire du dégoût.

Croyez-moi, les idiots utiles, de tous bords politiques, qui ainsi innocentent la Grèce de toute faute et accusent l’Europe – qui n’est certes pas blanche colombe – ne manquent pas.

Le Président de la Bundesbank a indiqué que le risque pour la banque allemande dont les bénéfices sont réinjectés dans l’économie du pays est supérieur à 14.4 milliards d’euros. Mais une lecture un peu plus approfondie montre que 14.4 milliards avaient déjà été provisionnés en perte.

Au moment d’écrire ces lignes, les autres créanciers n’ont pas avancé de chiffres. N’est-ce pas étrange, puisque toute l’histoire n’est qu’une affaire de chiffres ?

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Le ministre grec des Finances Yanis Varoufakis a vivement remercié les Grecs pour ce vote et affirmé que cela le mettait dans une bonne position pour reprendre les négociations avec les créanciers :

« à partir de ce lundi, avec ce très généreux non dont le peuple grec nous a gratifié…. Avec le non qu’il nous a donné … en ignorant la peur qui a été créée à travers les fermetures des banques et des médias ….. Avec ce non, dis-je, nous allons essayer de coopérer avec des partenaires sûrs, et nous allons les inviter un à un pour voir si nous pouvons trouver un terrain d’entente, et nous allons essayer d’être positifs ».

Autrement dit, Varoufakis n’a pas trop d’idée de ce qui va se passer, ni comment ses créditeurs, qu’il croit deviner déstabilisés et sur la défensive vont réagir, mais il mise sur leur faiblesse de caractère et leur lâcheté.

Le Premier ministre Alexis Tsipras a insisté pour affirmer que le NON n’est pas un vote contre l’Europe :

« le Peuple grec n’a pas répondu à la question entre quitter ou rester dans la zone euro. C’est complètement exclu de ce débat. Le peuple grec a donné aujourd’hui une réponse à ce que nous voulons faire de l’Europe, et il a répondu que nous voulons l’Europe de la solidarité et de la démocratie. A partir de ce lundi, la Grèce va revenir à la table de négociation et notre première priorité est de rétablir la stabilité financière du pays’’.

La Russie a fait l’analyse inverse, affirmant que ce vote négatif rapproche un peu plus la Grèce vers une sortie de l’euro…

« On ne peut pas ne pas comprendre [que les Grecs ont fait un] pas vers la sortie de la zone euro », a déclaré le vice-ministre russe de l’Economie, Alexeï Likhatchev. Même analyse du ministre slovaque des Finances Peter Kazimir, qui voit la sortie de la Grèce de la zone euro comme « un scénario raisonnable ».

Je disais confusion ?

Ce lundi, à 16h30, François Hollande, Angela Merkel et d’autres dirigeants européens se réunissent à l’Elysée, et un sommet extraordinaire de la zone euro aura lieu demain mardi 7 juillet à Bruxelles.

Hollande et Rome étaient prêts à reprendre les négociations, même en cas de non.

Varoufakis a peut-être raison : après l’avoir mouillé dans l’attente des résultats du référendum, l’Europe va peut-être baisser son froc. Lui, a été contraint de donner sa démission pour apaiser l’Europe.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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