Publié par Manuel Gomez le 30 juillet 2015

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Donnez chaque année un coup de marteau sur la tête d’un clou et, avec de la patience, au bout de quelques décennies il sera totalement enfoncé. Cela fait mon 53 ème coup de marteau, ce 26 juillet 2015, et je doute que ce clou soit encore totalement enfoncé. Le sera-t-il un jour ?

Il m’apparaît nécessaire, pour les générations qui ont suivi et n’ont pas connu, où mal connu, ces évènements tragiques, de faire souvenir de quelle manière ont été accueillis ces Français lors de leur arrivée, contre leur gré et emportés par le vent de l’histoire, dans leur pays, leur patrie, la France.

[quote] »Que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs » (en séance à l’Assemblée Nationale)[/quote]

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26 juillet 1962, le maire de Marseille, le socialiste Gaston Defferre, accorde une interview au quotidien Paris-Presse, l’Intransigeant. Sujet : l’arrivée massive des rapatriés d’Algérie.

Le « bafouilleur marseillais », Gaston Defferre, ne se prive guère :

-Ils fuient. Tant pis ! En tout cas je ne les recevrai pas ici. D’ailleurs nous n’avons pas de place. Rien n’est prêt. Qu’ils aillent se faire pendre où ils voudront ! En aucun cas et aucun prix je ne veux des Pieds-Noirs à Marseille ».

-Il y a 15 000 habitants de trop actuellement à Marseille. C’est le nombre des rapatriés d’Algérie, qui pensent que le Grand Nord commence à Avignon.

Et les enfants ?

– Pas question de les inscrire à l’école, car il n’y a déjà pas assez de place pour les petits Marseillais.

Est-il vrai qu’il règne dans la ville une certaine tension entre Marseillais et pieds-noirs ?

– Oui, c’est vrai. Au début, le Marseillais était ému par l’arrivée de ces pauvres gens, mais bien vite les “pieds-noirs” ont voulu agir comme ils le faisaient en Algérie, quand ils donnaient des coups de pied aux fesses aux Arabes. Alors les Marseillais se sont rebiffés. Mais, vous-même, regardez en ville : toutes les voitures immatriculées en Algérie sont en infraction… Si les “pieds-noirs” veulent nous chatouiller le bout du nez, ils verront comment mes hommes savent se châtaigner… N’oubliez pas que j’ai avec moi une majorité de dockers et de chauffeurs de taxi !

Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés à Marseille ?

– Oui, qu’ils quittent Marseille en vitesse ; qu’ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux. »

Le 26 juin il a été enregistré 169 000 retours vers la métropole. Ce rythme de passagers correspond exactement à celui des départs de juillet 1961. Ce sont donc bien des vacanciers, jusqu’à ce que la preuve du contraire soit apportée. Il n’y a pas d’exode, contrairement à ce que dit la presse.

Gaston Defferre poursuit ses anathèmes sur « Paris Presse » : « Français d’Algérie, allez vous faire réadapter ailleurs. Il faut les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer… Jamais je ne les recevrai dans ma cité. »

Dans le centre de Marseille, une inscritpion sur un grand panneau : « Les Pieds-Noirs à la mer ».

Un sondage IFOP début juillet, indique que 62% des métropolitains refusent toute idée de sacrifice à l’égard des Français d’Algérie. Voici d’ailleurs un rapport découvert lors de l’ouverture des archives :

« Les Français d’Algérie qui débarquent en métropole font l’objet d’une froide indifférence, ou même d’appréhensions. On ne les connaît pas. On ne sait d’où ils viennent ni si ils sont « vraiment » français. Jugés premiers responsables du conflit qui vient de se terminer et qui a couté la vie de trop nombreux soldats métropolitains, ils ne semblent pas « mériter » que l’on porte sur eux le regard compatissant que beaucoup espèrent ».

Alain Peyrefitte : « Ce ne sont pas cent mille qui partiraient. Ce sont cent mille qui resteraient au maximum. »

Réponse de de Gaulle :

« Je crois que vous exagérez les choses. Enfin, nous verrons bien. Vous pouvez dire qu’il y a là une situation préoccupante. Plus du tiers des repliés se sont agglomérés à Marseille. Ils s’y trouvent bien. C’est un port méditerranéen qui ressemble à leurs villes familières et qui leur permet de rester en position d’attente, avant de choisir entre le maintien en métropole et le retour en Algérie. Même quand on les envoie en bateau à Bordeaux ils prennent le train aussitôt pour Marseille, ce qui soulève des problèmes d’ordre public et d’emploi. Il faut prendre des mesures autoritaires pour disséminer cette masse ».

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[quote]Les Pieds Noirs vont inoculer le fascisme en France ! »[/quote]

 

Au Conseil des ministres du 18 juillet 62, Louis Joxe s’exclame : « Les Pieds Noirs vont inoculer le fascisme en France. Dans beaucoup de cas il n’est pas souhaitable qu’ils retournent en Algérie ni qu’ils s’installent en France. Il vaudrait mieux qu’ils aillent en Argentine, au Brésil ou en Australie »

Pompidou, premier ministre, appuie cette idée : « Pourquoi ne pas demander aux Affaires étrangères de proposer des immigrants aux pays d’Amérique du Sud ou à l’Australie ? Ils représenteraient la France et la culture française »

De Gaulle : « Mais non ! Plutôt en Nouvelle Calédonie ! Ou bien en Guyane qui est sous peuplée et où on demande des défricheurs et des pionniers ! »

A l’aéroport d’Orly, la direction interdit aux Pieds-Noirs d’emprunter l’escalier mécanique parce qu’elle estime que leurs valises et leurs ballots volumineux sont une gêne pour les autres voyageurs.

De Gaulle : «Il faut attendre ! Les choses vont se tasser ! Tous ces gaillards, plutôt que d’aller à Lille, ils préfèreront revenir à Oran ou à Alger ! Il est souhaitable qu’ils reviennent en Algérie, et que ceux qui y sont encore y restent ! Il ne faut ni les laisser s’agglomérer à Marseille, ni les laisser s’expatrier ! Où serait notre avantage à provoquer un mouvement d’immigration ? »

Toujours lors d’un Conseil des ministres, le 25 juillet 62, Robert Boulin insiste : « la plupart des repliés à Marseille ne veulent pas travailler. »

De Gaulle lui répond :

« La grande majorité des Européens d’Alger et d’Oran ne vivaient pas vraiment en Algérie !!! Ils vivaient sur la côte, entre eux. Ils se transportent à Marseille pour recommencer. C’est impossible ! Il faut les obliger à se disperser sur l’ensemble du territoire. Leur répartition et leur emploi exigent des mesures d’autorité ! »

Vous le constatez : le maire de Marseille n’était pas un cas isolé.

Pas l’once d’une compassion parmi les responsables politiques français: « L’intérêt de la France a cessé de se confondre avec celui des pieds-noirs », dit froidement De Gaulle, le 4 mai 1962, en Conseil des ministres.

Un autre jour, à Peyrefitte qui lui expose « le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés… »

Le Général répond sèchement : « N’essayez pas de m’apitoyer ! »

Parlant d’Edmond Jouhaud, l’un des généraux putschistes du 13 mai 1958 : « Ce n’est pas un Français, comme vous et moi, c’est un « pied-noir »

Voilà, tout est dit.

Ceux qui ne savaient pas le savent. Quant à ceux qui n’ont jamais voulu le savoir, qu’ils croupissent dans leur ignorance, jusqu’à mon prochain coup de marteau, en 2016.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

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