Publié par Hildegard von Hessen am Rhein le 22 juillet 2015
Wolfgang Schäuble
Wolfgang Schäuble

Heureusement qu’il existe des analystes en Allemagne qui ne perdent pas la boule. Alors que les commentateurs de tous poils, en France, sont à côté de la plaque.

Valls, qui déclare sans rire que Hollande est le héros des négociations sur la Grèce, qu’il a gagné contre l’Allemagne ! Que le contrat signé par Tsipras est un bon contrat ! C’est un pur cauchemar que d’être dans le déni de la politique à ce point.

L’incompétence de nos caciques n’a plus de limites. Hollande n’est plus qu’une marionnette qu’éventuellement les allemands accepteront dans leur scénario pour une autre Europe. Hollande a su faire entendre la voix de la France, peut-on entendre en rengaine sur toutes les chaines et stations de radio, sans oublier les colonnes des journaux … consternant.

MARINE LE PEN REJETTÉE PAR SCHÄUBLE ! Où va-t-on ? Où va la France. MLP ou pas, la France est la France dont MLP est partie intégrante.

Cette analyse ne doit pas exciter la germanophobie. Bien au contraire, elle devrait inciter chaque lecteur à se dire que la France n’est pas vertueuse. Si elle l’avait été, nous ne serions pas dans cette situation. Il faut bien que quelqu’un introduise un peu de raison dans ce bordel. C’est le but de Merkel-Schäuble. Sinon, l’Europe explosera. Nous serons alors les témoins de l’incertitude sur notre continent, dans nos pays, mais aussi dans le monde. Ce qui sera selon moi passionnant car, englués dans le consummérisme, devenus mous comme des chancres, soudain il nous faudra nous réveiller et nous révolter.

C’est dans cet esprit que je me suis donné la peine de vous traduire une remarquable analyse parue le 14 juillet, dans DEUTSCHE WIRTSCHAFTS NACHRICHTEN, un site économique en ligne, toujours d’une grande pertinence.

– Hildegard von Hessen am Rhein

Le plan de Schäuble ; l’Allemagne doit sortir de l’Euro

Traduction et adaptation, Hildegard von Hessen am Rhein

L’humiliation de la Grèce durant le sommet n’était pas un hasard. Elle fait partie d’une stratégie que poursuit Schäuble depuis longtemps. Il estime que l’UE, dans sa forme actuelle n’est pas viable. Son ambition est une union politique étroite. Ceci n’est possible qu’avec des états « élus ». A la fin, devra être constaté qui est germano-compatible et qui ne l’est pas. Le Grexit fait partie du programme. D’autres Etats suivront. La nappe est définitivement déchirée.

Wolfgang Schäuble se voit comme architecte d’une nouvelle Union Européenne. L’humiliation sans précédent de la Grèce n’est que froid calcul : le Grexit est une pierre essentielle à la construction de cette stratégie. C’est avec une dureté extrême qu’elle est mise en œuvre. Les indices pour ce plan sont accablants.

[quote]Sous la direction du duo Schäuble – Merkel, le Bundestag est devenu une organisation sans résistance[/quote]

La séparation avec la Grèce a commencée dès les négociations avec le gouvernement Syriza. Schäuble rejette Syriza. C’est un vieux soldat de parti. Malgré, mais peut-être à cause des humiliations graves que lui a fait subir son parti, Schäuble veut, comme couronnement de sa carrière, prouver que l’on peut arriver à son but avec application, discipline et persévérance. Sous la direction du duo Schäuble – Merkel, le Bundestag est devenu une organisation sans résistance. Les parlementaires font ce que les factions leur disent de faire. Les autres partis sont relégués en parties négligeables. Schäuble est un amateur de grandes coalitions avec une profonde répugnance pour les nouveaux partis. « Son UE » ne doit pas être composée d’associations incontrôlables, hautes en couleurs, dans lesquelles chacun y trouve son bonheur.

Le gouvernement Syriza était pour Schäuble du pain bénit. Il n’était plus contraint, comme avant, de prendre des gants avec ses amis de parti de la Nea Demokratia. L’ancien ministre des finances Varoufakis, livre dans une interview dans le New Statesman quelques détails :

La Troïka ne s’est jamais sérieusement préoccupée de ses propositions. On demandait un plan global, pour ensuite discuter des détails. Avant même d’arriver au sujet de la TVA, on changeait brusquement de sujet. Lorsque les gens de Syriza arrivaient avec une nouvelle proposition, cette dernière était automatiquement rejetée sans argumentations, sans autres contreparties. Si l’on accorde quelque crédit à Varoufakis, les gens de la Troïka ont fait marcher les Grecs dans les règles de l’art. Ils ont agit comme le font les grands groupes avec les entrepreneurs dynamiques de leurs succursales : vous jouez selon nos règles. Lorsque Varoufakis lançait à Schäuble qu’on ne pouvait plus jouer selon les vieilles règles, voilà ce que Schäuble lui a rétorqué : « Nous avons 19 pays dans l’Euro et constamment des élections quelque part. Si nous devons après chaque élection changer les règles, cela deviendra ingérable. Nous avons des accords auxquels il faut se tenir, peut importe qui gouverne et ce qu’il a promis. »

Si les négociations se sont passées comme les décrits Varoufakis, alors il était clair que depuis le début, les sauveurs de l’Euro voulaient pousser la Grèce hors de la zone.

Cela fut confirmé samedi par un programme que Schäuble tira de son chapeau pointu : que les revendications ne sont pas acceptables. C’est bien ainsi qu’elles devaient être. Aucun chef de gouvernement ne peut les approuver. Ambrose Evans-Pritchard, du Telegraph, l’un des meilleurs observateurs de la crise de l’Euro, écrit que Schäuble, même sans y avoir mis les formes, était le seul politicien à venir avec une alternative concrète sur la Grèce : la sortie de l’Euro, une aide humanitaire, le soutien pour une nouvelle Drachme par la BCE – tout ceci sonne très aimable aujourd’hui, en comparaison du nouveau programme que Alexis Tsipras a été obligé de signer à la fin.

On ne pouvait se défendre d’avoir l’impression que Merkel fut surprise de l’accord de Tsipras. Elle bégayait tellement fort à la lecture du deal, qu’on avait l’impression qu’elle aurait aimé annoncer un Grexit.

Il est peut vraisemblable que ce deal tienne.

Si Tsipras consent, la souffrance durera encore trois mois. Au plus tard, en octobre, tout le monde se réunira de nouveau pour constater que rien n’a fonctionné. Schäuble espérait déjà que durant le sommet, Tsipras jetterait l’éponge et choisirait le Grexit.

Cependant, Tsipras est naïf et n’est clairement pas à la hauteur de l’équipe de « durs à cuire » de Schäuble.

[quote]Nous ne voulons plus de vous. Nous allons vous dénigrer jusqu’à ce que vous quittiez la pièce. »[/quote]

Tsipras rêve d’un monde meilleur, ce qui le rend sympathique. Mais en realpolitik, il s’agit de faire passer les intérêts d’abord. La politique est le premier degré de la guerre, avec d’autres moyens. Le Grexit est inévitable, parce que l’Allemagne refusera de continuer dans une structure de la zone Euro en dysfonctionnement perpétuel. Les gens de Tsipras auraient dût comprendre le message qui était pourtant martelé depuis des mois : « Nous ne voulons plus de vous. Nous allons vous dénigrer jusqu’à ce que vous quittiez la pièce. »

Avec une parfaite langue de bois, Merkel désignait « ce peuple fier, que sont les grecs».

Si Merkel-Schäuble avaient vu une chance, aussi petite soit-elle, de garder la Grèce dans l’Euro, ils auraient présenté un autre deal.

A côté de cette insupportable austérité, même si ce n’était qu’en forme de « feuille de vigne », ils auraient pu faire des propositions positives : de l’argent pour les investissements d’autres fonds des Etats Membres de l’UE, de l’aide des banques de l’UE, la BEI et la BERD et autres. Pas un mot dans le dictat de Berlin. Car c’est un dictat.

Schäuble veut voir disparaître la Grèce de l’Euro. S’il avait été intéressé à garder les Grecs, il aurait évoqué le sujet de la protection des dépôts. Car les banques en Grèce n’ouvriront plus jamais de la façon connue par les Grecs. Un point dans ce dictat est que les banques devront être soumises directement à la BCE.

Reuters cite un gouverneur de banque, qui estime que seulement deux à quatre banques survivront.

Les banques enregistrent des dépôts de moins de 100.000 € à hauteur d’environ 100 milliards d’€. Il y aura un « haircut » (une taille claire). Les banques le savent parfaitement. Elles estiment que les dépossessions d’avoir se feront au-dessus de 8000 €. Des grosses pertes sont à prévoir.

[quote]Si vous sortez de l’Euro, vous obtiendrez une réduction de la dette »[/quote]

De l’union bancaire de l’UE, qui fut tant célébrée il y a quelques mois, plus personne ne parle. L’Allemagne ne pourra pas sauver les banques grecques. Cela, Schäuble en est parfaitement conscient. Le contrôle de la circulation des capitaux restera en vigueur de nombreux mois. Cela, Schäuble le sait aussi. Il a fait une autre proposition à Tsipras : « Si vous sortez de l’Euro, vous obtiendrez une réduction de la dette ». La réduction de la dette viendra. Soit, par une sortie volontaire de la Grèce dans les prochains jours ou les prochaines semaines, ou alors au prochain crash en automne.

Avec la sortie de l’Euro de la Grèce, Schäuble veut envoyer un message clair aux autres pays du sud : «Faites ce que vous voulez. Tout le monde sera traité comme la Grèce. Ou vous vous tenez volontairement aux règles, ou alors nous vous-y contraindrons ». Nous pouvons partir du fait que suite à l’exécution de la Grèce et la proposition « généreuse » de la Troïka de transformer son pays en un Euro-Protectorat, ils réfléchiront à deux fois à ce qu’ils faudra faire. S’ils ne le font pas, ils y seront contraints par les eurosceptiques de leurs pays.

Le temps travaille pour Schäuble.

La situation en Italie est dramatique. Les banques n’ont dû leur survie que grâce à Mario Draghi.

En Espagne, toutes les données économiques sont pires qu’annoncées officiellement.

Avec Podemos, c’est un Syriza à l’espagnole qui est en perspective. Schäuble refuse de négocier avec ces partis. Il ne parlera pas davantage avec Marine le Pen. Il va leur mettre le couteau sous la gorge.

En novembre 2011, Schaüble avait déjà déclaré au New York Times ses visions pour l’Europe :

« Ce que nous allons faire en matière de politique fiscale européenne est un pas à courte échéance pour la monnaie. Dans un plus vaste contexte, nous avons bien entendu besoin d’une union politique…
…Il y aura un temps de transition, dans lequel il nous faudra maitriser les marchés…
…Si fin 2012 ou mi 2013 tous les ingrédients sont réunis pour une structure politique renforcée et approfondie, alors je pense que cela fonctionnera. »

Le NYT écrit alors que Schäuble ne considère pas les turbulences des marchés comme un obstacle, mais comme une nécessité. « Nous n’arriverons à l’unité politique, uniquement que si nous traversons une crise. »

Schäuble n’est pas tout-à-fait dans le calendrier. Mais qu’importe une année de plus ou de moins … Schäuble a toujours dit que la zone Euro est une moitié d’union qui ne peut pas fonctionner. C’est un juriste qui sait parfaitement que l’Eurogroupe, avec le temps, ne peut prendre des décisions politiques pour la zone.

[quote]L’Eurogroupe est dominé par l’Allemagne[/quote]

Varoufakis raconte une histoire importante :

Durant un sommet de l’Eurogroupe, on a voulu l’exclure des discussions. Il a bien sûr protesté, en arguant qu’il est impossible de l’exclure car l’Eurogroupe décide unanimement. Suite à son intervention, il y eu du remue-ménage. On appela les juristes pour expertise. Un des officiels aurait déclaré à Varoufakis : « l’Eurogroupe n’a aucune existence légale, ce qui signifie qu’il n’y a pas de règles». Cet état de fait, que Schäuble fit savoir à Varoufakis, était que l’Eurogroupe est dominé par l’Allemagne.

C’est bien la raison pour laquelle Schäuble ne cesse de le dire que l’Eurozone doit avoir son propre Parlement. « J’imagine très bien un Parlement pour l’Eurozone » a-t-il dit en janvier 2014 durant une réunion du PPE à Bruxelles.

« Nous devons améliorer et préserver l’intégration européenne de manière intelligente, en changeant les traités». La déclaration de Schäuble faisait suite à une proposition de la France, qui estimait lier les décisions plus étroitement avec la zone Euro.

C’est tout ce que refuse Schäuble. « Ce serait facile, si l’on créait un parlement pour l’Eurozone».

Il faut trouver plus d’harmonie, lorsqu’il s’agit de règles plus strictes concernant la discipline budgetaire. On partira du principe que Schäuble, dans cette sorte de Parlement, n’aura pas envie de s’écharper avec Syriza, Podemos ou même Beppe Grillo. Il souhaite un Parlement de grande coalition, comme au Bundestag, au sein duquel règne la continuité. Schäuble ne considère pas les institutions politiques comme des lieux dynamiques mais comme des lieux de stabilité.

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Au Bundestag, siègent majoritairement des juristes et des serviteurs des partis. C’est une représentation du peuple au goût de Schäuble.

Dans la crise actuelle, le Bundestag et le Parlement grec sont en confrontation l’un contre l’autre. Schäuble voit un Parlement comme un énorme cabinet d’avocats. Ils suivent la volonté du partenaire. Imaginer qu’au sein d’un Parlement les choses ne puissent se passer selon le règlement intérieur le répugne. L’UE deviendrait alors, dans la pensée de Schäuble, obsolète.

Les Britanniques sont de toutes façons déjà à moitié dehors et dériveront davantage. Leur argument majeur sur les raisons pour lesquelles ils se sentent de plus en plus étrangers dans l’UE concorde exactement avec le changement de Parlement dans l’esprit Schäuble. Ils possèdent la plus vieille tradition parlementaire en Europe et ne peuvent se faire à l’idée de principe que la représentation du peuple de leur propre pays puisse se tenir ailleurs. La position la plus visible de la contribution britannique étant apportée par l’eurosceptique Nigel Farage, payé par le Parlement Européen, mais qui s’est fait un devoir de vouloir se débarrasser de ce Parlement.

Concernant l’immigration, les Britanniques refusent toute solidarité et s’interdisent de payer pour le sauvetage de la Grèce.

Les Italiens, Espagnols, Portugais sont des adversaires de l’austérité. Le contradicteur le plus engagé contre Angela Merkel, durant le sommet, était Matteo Renzi. Cependant, sa témérité n’a tenue que jusqu’à l’arrivée de Merkel dans la pièce. Schäuble n’a aucune confiance dans les Italiens, comme dans les Grecs. Restent, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays Bas, le Luxembourg, la Slovaquie et, si possible la France. Ce qui deviendra problématique si Le Pen arrive au pouvoir. Même la Finlande n’est pas nécessaire. Sa situation économique n’est pas bonne, et les eurosceptiques sont désormais installés au gouvernement. Eux aussi, pourraient se reporter à un referendum. Ca commencera à devenir difficile avec les traités. Nous connaissons le reste à travers la Grèce. Selon les visions de Schäuble, cette nouvelle Eurozone devrait devenir une vraie union politique : Une union de transfert, un budget commun, un seul ministre des finances avec les tous les pouvoirs, une sécurité des fonds communs, une assurance chômage commune et tout un programme d’intégration.

Cela est le plan Schäuble.

Depuis le week end du 14 juillet, nous savons qu’il ne reculera devant aucune cruauté pour imposer son plan.

Trop de choses sont en jeu. L’aventure de cet Euro en voie d’extinction qui va coûter des centaines de milliards aux contribuables allemands. Schäuble connaît les vrais chiffres, et ils sont terribles. Il ne veut pas entrer dans l’histoire comme grand argentier arrivé en femme de ménage de Souabie et terminer en plus grand destructeur de monnaie de tous les temps. C’est la raison pour laquelle la fin s’annonce avec effroi.

Pour Schäuble et Merkel, qui le suivra aussi longtemps que les sondages seront favorables et qu’il sera imprimé dans le marbre qu’il ne peut plus y avoir de marche arrière, ils voient parfaitement qu’une ligne rouge s’est créée dans l’UE contre leur politique.

Le temps fait pression. La démolition de la vieille UE est engagée. Il va y avoir des dommages colatéraux. Mais, selon Schäuble, ils seront moins importants que si l’on continue a se coltiner les Grecs, les Italiens etc …

L’après guerre est terminée. La nappe est définitivement déchirée.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Hildegard von Hessen am Rhein pour Dreuz.info.

Source: deutsche-wirtschafts-nachrichten.de

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