Publié par Magali Marc le 7 septembre 2015

Migrants

La photo du petit enfant kurde de trois ans, Aylan Kurdi, mort noyé ainsi que son frère et sa mère, a fait le tour du monde. Les médias s’en sont donné à cœur joie pour culpabiliser les Occidentaux – alors qu’il est mort parce que son père, qui voulait se faire offrir des soins dentaires gratuits en Europe, avait envoyé sa famille en éclaireur.

Au Canada, les médias, Radio Canada en tête, en profitent pour diaboliser le premier ministre conservateur, Stephen Harper, actuellement en campagne électorale.

Il ne se passe pas une journée sans que la télévision publique radio-canadienne fasse défiler des «experts» en droit de l’homme, en immigration, en réfugiés, en aide humanitaire et bien sûr les différents chefs de partis actuellement en campagne électorale pour bien enfoncer le clou sur l’idée que le Canada a un devoir de recevoir davantage de réfugiés et ne le fait pas à cause de l’indifférence de Stephen Harper.

Les médias font des gros titres et les rivaux des conservateurs ont reproché au gouvernement de ne pas accueillir suffisamment de réfugiés syriens.

Les libéraux voudraient en voir arriver 25 000, alors que les néo-démocrates se contenteraient, dans un premier temps, des 10 000 demandés par les Nations unies.

Face aux exhortations de ses opposants, M. Harper a répété que le Canada était le pays qui avait fait le plus d’efforts «per capita» pour accepter des réfugiés et que la véritable solution à la crise actuelle passait par des interventions sur le terrain aussi bien humanitaires que militaires.

Thomas Mulcair, le chef du NPD a soutenu qu’ « aucune action militaire n’aurait pu sauver cet enfant syrien (mort) sur la plage» !

Comme si le problème d’Aylan Kurdi se résumait à sa présence sur un bateau !

Il faut bien que nous soyons en campagne électorale pour entendre de pareilles niaiseries pontifiantes.

Mais en fait de niaiseries, les médias ne sont pas en reste.

À Radio Canada, Michel Auger clame : «Où était notre premier ministre ?»

Dans le journal Le Soleil le titre est clair: « Réfugiés: le petit Syrien noyé ne changera pas la stratégie des conservateurs ».

Le Devoir se met de la partie avec sa Une de samedi :

« Le Canada ouvre les bras, mais Harper résiste » (Le Devoir est à côté de la plaque car un sondage montre que les Canadiens sont très divisés sur la question de recevoir davantage de réfugiés).

Stephen Harper est donc placé sur la défensive par ses adversaires politiques et à cause d’une crise humanitaire que les médias viennent seulement de découvrir. Comme s’il n’y avait pas eu d’enfant victime de l’ÉI avant le petit enfant kurde.

Mais qui sont les véritables responsables de la mort d’Aylan Kurdi ?

Responsabilité de l’État Islamique

L’État Islamique est certainement le premier responsable de la situation catastrophique dans la région et de la fuite de milliers de Syriens. La famille du petit Aylan a d’abord fui Damas puis Kobané bombardée sans interruption par l’ÉI.

Responsabilité des riches pays arabo-musulmans

L’État Islamique, comme chacun sait, est armé et partiellement financé par les pays du Golfe et notamment le Qatar. Il a aussi le soutien inavoué de la Turquie d’où transitent les munitions et les combattants djihadistes étrangers : Libyens, Afghans, Algériens…et Français.

Un rapport d’Amnesty international datant de décembre dernier notait que les six pays du Golfe –soit l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Oman, Bahreïn et les Émirats arabes unis– n’avaient proposé aucune place d’accueil aux réfugiés syriens. Une situation incompréhensible quand on voit les efforts des autres pays musulmans de la région, qui ont bien du mal à gérer l’afflux de réfugiés.

La Turquie en a accueilli 1,6 million, le Liban 1,1 million, la Jordanie 620.000, l’Irak 225.000 et l’Égypte 140.000.

L’Émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, interrogé sur le sujet par Asma Hafiz, journaliste de la chaîne BBC Arabic, a rétorqué que son gouvernement a donné beaucoup d’argent aux pays d’accueil pour soutenir leurs opérations humanitaires envers les demandeurs d’asile, et que, d’ailleurs, le Qatar avait « assez d’esclaves comme ça ».

Responsabilité du père d’Aylan

Abdullah Kurdi, le père du petit Aylan, résidait depuis trois ans déjà en Turquie avec sa famille. Leurs vies n’étaient pas en danger.

Bodrum est une station balnéaire turque où ils auraient pu attendre patiemment d’être acceptés par le Canada.

Mais c’est en Allemagne qu’il souhaitait se rendre pour se faire soigner les dents gratuitement et profiter du programme de regroupement familial.

Il n’y a pas de mal à cela. Sauf que mettre sa femme et ses deux fils dans un frêle esquif surchargé pour rallier l’île de Kos qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de Bodrum, sans gilet de sauvetage, alors que lui-même ne sait pas nager, comportait un risque qu’Abdullah Kurdi a décidé de prendre.

La traversée s’est révélée tellement dangereuse que le capitaine a quitté le navire.

D’après Riposte Laïque, entre Bodrum et l’île de Kos, les candidats à l’exil payent plus de 1 000 dollars (900 euros), pour l’un des plus courts passages maritimes entre la Turquie et l’Europe. Les autorités turques affirment avoir porté secours à plus de 42 000 migrants au large de leurs côtes depuis le début de l’année 2015.

Mais de ces réfugiés, il n’y a pas de photo à montrer, donc pas de « Une » journalistique suscitant l’émotion.

Responsabilité d’Erdogan ?

Selon Pascal Bruckner :

«Quand M. Erdogan accuse l’Europe de transformer la Méditerranée en cimetière, nous devrions lui répondre de commencer à balayer devant sa porte. Il est l’un des parrains officiels de Daech. Lui et son armée ont assisté passivement au martyre de Kobané.»

À chacun ses démons, dans le New York Times plutôt que de blâmer le président Obama pour sa mollesse envers l’ÉI, la «Gray Lady» [quolibet pour désigner le New York Times] pratique l’enfumage et choisit de faire porter le chapeau aux Républicains et particulièrement à Donald Trump.

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L’article d’Anne Barnard de samedi, 5 septembre titre :

« L’exode des Syriens souligne l’échec politique de l’Occident » (Exodus of Syrians Highlights Political Failure of the West).

Tandis que l’ineffable chroniqueur, Nicholas Kristof, fait dans la compassion larmoyante avec : «Ces réfugiés qui pourraient être nous » ‘(Refugees Who Could Be Us).

Il faut lire les commentateurs pour voir que leurs lecteurs américains ne sont pas dupes.

Au moins un chroniqueur de la Gray Lady a les yeux en face des trous : Ross Douthat sauve le NYT de l’insignifiance en publiant hier sa chronique :

«Qui a trahi Aylen Kurdi ? » (Who failed Aylen Kurdi ?) dans laquelle il conclut : «Il est aussi raisonnable de se soucier du fait qu’en acceptant des centaines de milliers de réfugiés sur un continent qui a déjà du mal à assimiler [ses immigrants] et en devenant un aimant pour en attirer encore plus, l’Allemagne échoue dans ses obligations envers les siens » (But it’s also reasonable to worry that by accepting hundred of thousands of refugees on a continent already struggling with assimilation, and making itself a magnet for still more, Germany is failing in its obligations to its own.).

Une lectrice canadienne du NYT dit avoir honte de son pays. Encore une victime de l’intox.

Au début de l’année 2015, le ministre canadien de l’Immigration, Chris Alexander, avait annoncé que le gouvernement Harper donnerait la priorité aux réfugiés faisant partie des groupes persécutés, particulièrement les minorités religieuses – ce qui inclut les Chrétiens – et les victimes de viol.

L’opposition en a profité pour accuser les Conservateurs de discriminer contre les Musulmans.

Pendant ce temps les organismes canadiens de parrainage des réfugiés ont reconnu qu’ils en ont déjà plein les bras.

Mais pour ceux-là, on n’a pas de photo.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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